Occitanie : Le livre qui a su capter l’âme du Canal du Midi

Ecrit par Gwenaëlle Guerlavais (à gauche avec une écharpe), le livre a été présenté lors d'Escale à Sète, lors du week-end pascal. Au centre qui tiennent le livre, Philippe Terranche, directeur des Editions Privat, le directeur général de Voies Navigables de France, Thierry Guimbaud. Aux côtés des "gens de l’eau" portraitisés dans le livre : Serge Ribes (chaudronnier), François Bousquet (éclusier), Annie Spark (minoterie), Sam, Robert Mornet, etc. Devant l’Hermione. Photo DR.

« Chef d’oeuvre du génie créateur humain », selon l’Unesco, le Canal du Midi, oeuvre impérissable,  fait l’objet d’un très beau livre écrit par la journaliste Gwenaëlle Guerlavais, disponible dès le 19 avril en librairies. Traduit en espagnol et en anglais, l’ouvrage exhaustif, présenté il y a quelques jours à Escale à Sète, sonde la belle âme de cette artère fluviale reliant Toulouse à Sète.

Professionnelle, directe et humble : journaliste dans l’âme, l’Héraultaise Gwenaëlle Guerlavais dit : « Vu le nombre de livres écrits sur la Canal du Midi, je me suis demandé : « Que vais-je apporter de neuf avec un nouveau bouquin ? » Beaucoup ! La jeune femme complète : « Eh bien, ce que je sais faire ! » Aller sur le « terrain ! « , comme on dit dans le jargon journalistique, rencontrer les acteurs de ce monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Lisez ses portraits… ! Ceux de Samuel Vanier, l’archiviste du canal qui connaît par coeur d’abondantes collections d’ouvrages d’art et de dossiers d’époque patientant sur 800 mètres de linéaires ; Miette Camboulive, marinière à vie, issue d’une lignée de bateliers depuis 1703, surnommés les « gitans de l’eau » ; Michel Adgé, ex-prof de physique-chimie, qui, pris de passion pour le Canal, lui a consacré une thèse en sept volumes et 2 000 pages ! Et bien d’autres.

Photo : Olivier SCHLAMA

Edité aux éditions Privat, Canal du Midi L’Eau Et les Siècles (35,50 euros dont 4 euros par exemplaire sont reversés pour la replantation des arbres du Canal) – c’est le nom du beau livre écrit par Gwenaëlle Guerlavais et illustré par les photographies d’Arnaud Späni en librairie le 19 avril -, est de la belle ouvrage qui vient en aide à un bel ouvrage. Un monument artificiel mais sans artifice qui semble modelé par la nature.

C’est l’observation du chemin naturel de l’eau qui va où va la pente qui a soufflé à Pierre-Paul Riquet l’idée colossale et désarmante de simplicité de son grand oeuvre… »

Le préfet de région, Pascal Mailhos

L’idée de relier l’Atlantique à la Méditerranée remonte à l’Antiquité. Elle a été reprise par Charlemagne pour se concrétiser par le Roi Soleil, Louis XIV : sa première raison d’être était le trafic de marchandises sans avoir besoin de contourner l’Espagne via le détroit de Gibraltar, un périple maritime de 3 000 km exposant les marchands aux pirates. Le Canal du Midi est achevé en 1667 par Pierre-Paul Riquet. C’est aujourd’hui un canal à vocation quasi-exclusivement touristique – 50 000 pénichettes le parcourent, notamment l’été – même si le frêt, en circuits courts, pourrait sans doute s’y établir de nouveau. « Un trait d’union de génie, qualifie le préfet de région, Pascal Mailhos. C’est l’observation du chemin naturel de l’eau qui va où va la pente qui a soufflé à Pierre-Paul Riquet l’idée colossale et désarmante de simplicité de son grand oeuvre… »

Sait-on que 60 % de l’eau qui transite par le canal des Deux-Mers, comme on l’appelle aussi, sert à l’irrigation, notamment pour l’agriculture, au premier chef les plaines céréalières du Lauragais et les vignes du Minervois ? »

Guenaëlle Guerlavais qui a écrit Canal du Midi L’Eau Et les Siècles

Propriété de l’Etat, géré par voies navigables de France (VNF), le canal s’étire sur 240 km entre Toulouse et l’étang de Thau, à Sète (Hérault). « Sait-on que 60 % de l’eau qui transite par le canal des Deux-Mers, comme on l’appelle aussi, sert à l’irrigation, notamment pour l’agriculture, au premier chef les plaines céréalières du Lauragais et les vignes du Minervois ? » Sait-on que ce trait d’union entre Toulouse et Sète est d’une formidable modernité, à l’heure de la nouvelle région Occitanie, bordé de 63 écluses dont certaines uniques au monde comme l’écluse ronde d’Agde ou le magnifique port du Sommail. Sait-on que l’idée de génie présidant à sa création a été d’être ouvrage collecteur des petits rû et ruisseaux descendant de la Montagne Noire ? Ce canal « nourrissier » est parcouru de lacs magiques, comme celui de Saint-Ferréol ou de la Ganguise, dans l’Aude.

« Le tunnel du Malpas, c’est le premier tunnel fluvial au monde. Riquet a d’abord essuyé un refus du roi ; mais le temps que la réponse lui arrive, dix jours, il l’a construit quand même »...

Gwenaëlle Guerlavais

On se rend compte à travers les pages que son concept est audacieux à tous points de vue : prémonitoire facteur d’unification d’une région grande comme un pays de l’UE, à l’image de l’Irlande ; pari technologique insensé pour l’époque (« Parfois, ses concepteurs ne savaient pas ce que la pression hydraulique allait avoir comme conséquences ! On en était qu’aux balbutiements de cette science », s’étonne Gwénaëlle Gerlavais). Autre exemple d’audace, politique, celle-là, le tunnel du Malpas a été creusé en 1679 pour y faire passer le Canal du Midi, sous la colline d’Ensérune, dans l’Hérault, « c’est le premier tunnel fluvial au monde. Riquet a d’abord essuyé un refus du roi ; le temps que la réponse arrive, dix jours, il l’a construit »… C’est le même Riquet qui conçu le port de Sète, en 1666, il y a plus de 350 ans…

« Ce monument a été mis en avant dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. Il aura sans doute demain une carte à jouer dans le cadre de l’agriculture, en circuits courts. Sans parler du tourisme, en développant les chemins de randonnée, les balades à vélo, etc. »

Un très bel ouvrage qui sonde l’âme du Canal du Midi qui, bien qu’artificiel, semble avoir été modelé par la nature. Photo : Olivier SCHLAMA

Aujourd’hui, le Canal du Midi est à la croisée des chemins. Ces magiques voûtes  d’arbres sont décimées par un champignon incurable et invisible, le chancre coloré ; la replantation est pharamineuse (220 millions d’euros) mais le nouveau pouvoir régional a pris conscience de son pouvoir d’attraction et veut le développer. « Ce monument a été mis en avant dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, souligne Gwenaëlle Guerlavais. Il aura sans doute demain une carte à jouer dans le cadre de l’agriculture en circuits courts. Sans parler du tourisme, en développant les chemins de randonnée, les balades à vélo, etc. » Tout cela demande un vrai travail en profondeur pour mieux indiquer l’existence des nombreux bijoux que récèle le canal comme le port du Sommail, par exemple. Qui abrite, entre mille, une librairie unique au monde, le Trouve-tout du livre avec 52 000 références ! Une cathédrale du livre nichée dans un hameau un peu trop caché. Le Canal du Midi est un vivier vivant. Et une ligne de vies.

Olivier SCHLAMA