Aigoual : Sauvé, l’Observatoire devient vigie du changement climatique

Photo : Météosite Mont Aigoual.

Reconnu comme station d’importance, en mai 2017, par l’Organisation météorologique mondiale, inscrit au Monuments historiques depuis octobre 2019, l’Observatoire météo du Mont Aigoual s’offrira aux regards de millions de téléspectateurs du Tour de France, le 2 juillet 2020. La dernière station météo de montagne, qui a bien failli disparaître et où sont menés de lourds travaux, amorce une nouvelle vie : devenir une référence sur la sensibilisation au changement climatique.

Le 2 juillet prochain, la Grande boucle s’engagera dans une inédite petite boucle de 191 km reliant le Teil au sommet de l’Aigoual, la montagne dominant Gard et Hérault. Ce jour-là, même si une mer de nuages pourra toujours s’offrir en première intention, tout le monde saluera cette nouvelle version de ce site qui offre un panorama exceptionnel sur 360 degrés. Sur les Alpes. Les Pyrénées. La Lozère. La Méditerranée. Et qui a bien failli disparaître, comme Dis-Leur vous l’a expliqué.

Le passage du Tour de France sera un coup de projecteur unique pour sa seconde naissance. Une arrivée que « nous avons pu décrocher grâce au projet de transformation de l’observatoire météo en centre d’interprétation du changement climatique, le premier du genre dans l’Hexagone », indique Martin Delord, conseiller départemental du Gard de ce magnifique canton. Le premier coup de projecteur aura été donné par le préfet du Gard qui organise en avril une journée pour lancer le mécénat d’entreprises. « Les plus grandes société du Gard ont été sensibilisées et sont a priori favorables pour donner chacune de 4 000 euros à 12 000 euros », confie Martin Delord. En août 2019, un premier appel au mécénat avait été lancé auprès des particuliers par la Fondation pour le patrimoine pour demander aux particuliers d’effectuer des dons.

Nous fondons quand même beaucoup d’espoir sur la campagne de mécénat… »

Thomas Vidal, maire de Valleraugue.
Ph : Météosite Mt Aigoual.

Mais, pour l’instant, celui-ci fait maigre recette : à peine plus de 8 000 euros quand il faut que la petite communauté de communes Causses Aigoual Cévennes Terres Solidaires de 5 600 habitants doit sortir quelque 600 000 euros… Et encore les 2,9 millions nécessaires pour transformer le site ont été réunis par la Région Occitanie, le département du Gard ou encore l’État. « Nous fondons quand même beaucoup d’espoir sur la campagne de mécénat, note Thomas Vidal, maire de Valleraugue, la commune où est implantée l’observatoire, et président de la communauté de communes. Ces fonds collectés iront à la sauvegarde du bâti, à l’aménagement et à la création du centre d’interprétation. »

Le climat et l’eau, le climat et l’alimentation, l’agriculture, la forêt, les migrations climatiques

Photo : Météosite Mont Aigoual.

Ce projet, qui verra le jour en mai 2021, est unique en France. « L’idée, c’est qu’il puisse être au moins en partie ouvert pour le Tour de France », confie encore Martin Delors. « Les travaux ont bien commencé mais, vu les conditions météo, ils ont dû être stoppés. On espère qu’ils reprendront le plus vite possible. » Il y aura une agora extérieure pour les conférences et surtout une exposition permanente qui sera réactualisée quand ce sera nécessaire. « Nous avons pour cela créé un conseil scientifique pour la concevoir avec une scientifique du Giec, l’ex-directeur de la cité de l’Espace à Toulouse, un représentant du BRGM, etc. Ce comité continuera à exister une fois le centre ouvert. Il s’occupera aussi à prévoir des expos temporaires sur le climat et l’eau, le climat et la ressource en eau ; le climat et la forêt (celle de l’Aigoual fait partie des 12 forêts à avoir le label de forêt d’exception sur un millier de ce type existant en France) ; sur le climat et l’agriculture ; l’alimentation, les migrations climatiques… », précise Martin Delors, conseiller départemental du Gard.

Le but : 100 000 visiteurs à terme

Le but de ce site installé depuis 1894 est la dernière station de montagne habitée de l’Hexagone, ressemblant à un manoir de granit est de recevoir à terme 100 000 visiteurs contre 70 000 actuellement. « Il y aura toujours deux agents de Météo France mais seulement les huit mois d’ouverture, a priori de mai à novembre. Les quatre mois restants, pour veiller aux équipements, en déneiger certains ou dégager des pluviomètres, on fera appel à des équipes d’intervention. Nous en avons un peu partout dans le Sud : à Montpellier, Perpignan, Nîmes, Aix-en-Provcnce… » détaille Frédéric Atger, le directeur inter-régional de Météo France Sud-Est.

Et de revenir sur ce laboratoire de sensibilisation au changement climatique : « Pas mal de lieux existent mais celui-ci est unique parce qu’il offre un site permanent et aussi des espaces d’animations avec des ateliers proposés au public et des conférences. Avec des thématiques incitant le public à la réflexion. Posé à 1567 mètres d’altitude, au coeur d’un environnement extrême – la raison d’être de ce lieu unique – qui mesure des phénomènes météo surpuissants.

Labellisé réserve de ciel étoilé

Du côté du mont Aigoual, dans les Cévennes, la voie lactée dans la direction du Sagittaire, au centre de notre galaxie. Photo : DR

A l’origine, en 1894, cette forteresse mesure les données forestières, agricoles et météorologiques de son environnement. La boutique réalise 200 000 euros de chiffre d’affaires. « Depuis la Méditerranée, en passant par la Lozère et le Gard, le site du Mont Aigoual est un phare pour l’Occitanie et un marqueur fort de l’identité de ce territoire. Il est aussi un atout, à la fois culturel, touristique et scientifique. Et grâce au projet de requalification qui est mené, le Mont Aigoual pourra devenir demain une référence en matière d’interprétation sur les changements climatiques et un site touristique majeur », souligne le Cévenol Ferdinand Jaoul, conseiller régional. « C’est un site touristique récemment labellisé Réserve internationale de ciel étoilé qui rejoint 12 seuls autres sites au monde dont celui du Pic du Midi, lui aussi en Occitanie. » C’est un site intégré à la politique touristique portée par la Région. « Ce Grand site Occitanie Cévennes fait venir 200 000 visiteurs en moyenne par an, dont 70 000 pour l’exposition du météosite. »

Cette station bénéficie d’un investissement constant de la Région pour faire de ce site un atout touristique, notamment au travers du projet Pôle Nature quatre saisons porté par la Communauté de communes Causses Aigoual Cévennes Terres Solidaires et où de 2012 à 2015, 400 000 € y ont été investis par la Région pour aménager le pôle Prat Peyrot/sommet Aigoual Montagne mythique (avec des sentiers, cyclotourisme…) et la transformation de la station de ski de Prat-Peyrot pour une montée en gamme espérée.

Les relevés de l’Aigoual confirment ceux de nos autre stations. Globalement on observe une hausse moyenne globale de l’ordre de 1 degré. »

Frédéric Atger, directeur Météo France Sud-Est
Ph : Météosite Mt Aigoual.

Enfin, l’Occitanie a la chance de disposer des deux derniers observatoires scientifiques de France, deux observatoires historiques, l’une astronomique à l’ouest (1873), l’autre météorologique à l’est (1894), qui participent au rayonnement scientifique de la région. La station de l’Aigoual baigne dans un environnement extrême qui en fait une vigie du changement climatique : des vents surpuissants peuvent parcourir ses crêtes à plus de 300 km/h ; les pluies peuvent y être cataclysmiques ; le brouillard étouffant et la neige peut vous couper du monde.

Ses relevés météo (envoyés à Nîmes puis envoyés au siège de Météo France, à Toulouse) sont réputés précis et utiles en ces temps de réchauffement : ils s’y additionnent depuis plus d’un siècle et offrent une vraie tendance statistique. Ce que confirme Frédéric Atger, directeur Météo France Sud-Est : « Les relevés de l’Aigoual confirment ceux de nos autre stations. Globalement on observe une hausse moyenne globale de l’ordre de 1 degré. »Cette station météo était à deux doigts de fermer, contraintes budgétaires obligent. Vigie du réchauffement climatique, elle embrasse désormais une autre vocation propice à la réflexion sur l’avenir de la planète qui se fera, ici, forcément avec beaucoup d’acuité.

Olivier SCHLAMA

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