Ne pas muséifier un territoire aux importants atouts naturels tout en y menant des projets de développement : c’est le défi de ce 9e parc naturel régional d’Occitanie.
C’est une véritable mise en lumière de tout un territoire. Le nouveau parc naturel régional du Comminges Barousse Pyrénées, entre Haute-Garonne (une première pour ce département) et Hautes-Pyrénées, est le 9e du genre en Occitanie. Frontalier de celui des Pyrénées-Ariégeoises, il relie les montagnes de Luchon en passant par Saint-Béat, le long de la Garonne, les coteaux du Comminges, Martres-Tolosane… Le Parc naturel régional du Comminges, pour l’instant présidé par Carole Delga, précède le 10e de la région, à venir, situé, lui, dans le Gers. C’est ausi le 60e de l’Hexagone.
Pas mal de forêts et de vieilles forêts

Plus de la moitié de ce parc naturel, ce sont des forêts, l’autre moitié est globalement un territoire agricole, comprenant des estives. “Dans le périmètre, nous avons pas mal de vieilles forêts”, celles qui sont les plus utiles, surtout comme puits de carbone luttant contre le réchauffement climatique. “Elles sont à protéger et à connaître dans le cadre de ce PNR” qui a pris comme blason le fameux brandon.
Labellisés par l’Unesco au titre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, les brandons sont issus d’une tradition. Ce sont de gros troncs de bois, coupés et travaillés sur place, pour allumer les traditionnels feux païens de la Saint-Jean, au solstice d’été, pour chasser les mauvais esprits. C’est au coeur des traditions pyrénéennes. Sauf quand canicule et sécheresse sévissent et qu’ils sont interdits…
“Nous travaillons avec une association sur ce patrimoine”, explique Bérengère Blin David-Mougel. Préfiguratrice du Syndicat mixte du PNR et qui fut directrice-adjointe du parc amazonien de Guyane pendant six ans, commingeoise par sa mère. “Il y a un an quand je suis arrivée, on a rencontré toutes les collectivités, les socio-professionnels. Les gens sur place sont contents de la concrétisation de ce projet.”
“Immense fierté pour notre territoire et l’Occitanie”

Ce nouveau parc naturel régional s’étend sur 170 000 hectares, abritent quelque 50 000 habitants répartis dans 185 des 195 communes. Martres-Tolosanes, Saint-Gaudens, Montréjeau, entre autres, sont des villes-portes de ce PNR. “La création officielle du Parc naturel régional Comminges Barousse Pyrénées est une immense fierté pour notre territoire et pour l’Occitanie, déclare Carole Delga. Cette reconnaissance est le fruit de nombreuses années d’engagement collectif.” Attendu depuis des décennies, il servira à la mise en valeur d’un territoire rural habité qui dispose d’une riche faune et flore, de culture et d’un patrimoine bâti singulier. A préserver et à transmettre.
Ours brun, desman, calotriton, grand tétras…

Ce n’est pas un sanctuaire. Rien n’y est muséifié ni figé. C’est un label qui met en lumière ce territoire et ses qualités paysagères, faunistiques, floristiques et patrimoniales. “Sur ce territoire, il y a une variété de paysage très importante”, décrit Bérangère Blin David-Mougel, préfiguratrice du syndicat mixte qui va gérer ce PNR. Un équilibre qui n’est pas aisé de trouver. Même si c’est l’ADN des parcs régionaux.
Au niveau faune, parmi les espèces remarquables, on peut citer l’incontournable ours brun des Pyrénées. Mais aussi les grands rapaces diurnes et nocturnes. Le desman des Pyrénées. Ou encore le calotriton, espèce vernaculaire. Ou en core le Grand tétras. On observe également un tourisme fort sur le brame du cerf. Mais il y a bien évidemment toute une biodiversité existante.
“Des réflexions sur des aménagements sur des “points chauds, comme certaines zones de baignades”

Parmi les axes de travail à valider prochainement par les instances de ce PNR, on peut citer l’aménagement des “portes d’entrée” du parc, certains étant aussi grands sites. Bérengère Blin David-Mougel dit : “On a déjà commencé à travailler avec une commune, dans le Val d’Astau, qui a mis à disposition un local pour une médiation, pour la période, de juin à septembre, la plus touristique, où un médiateur va passer les grands messages : expliquer ce qu’il y a à expliquer avec des supports, maquettes…” Et aussi d’arriver à proposer des solutions “dès l’an prochain, pour juguler en certains endroits, la fréquentation. Nous ne réglementons pas. En revanche, nous menons des réflexions sur des aménagements sur des “points chauds”, comme certaines zones de baignades”.
“Un circuit qui valorise ces patrimoines bâtis”

Ce territoire possède les “châteaux oubliés du Comminges et de la Barouste”. C’est ce que l’on appelle des châtellenies : des étendues de pays comportants châteaux et fiefs ; une ancienne seigneurie, quoi. “On a sur ce territoire tout un patrimoine de châteaux et de tours, bâtis et parfois écroulés, précise Bérengère Blin David-Mougel.
“Il y a cette idée de pouvoir travailler avec les offices du tourisme, et les intercos pour mettre en place un circuit qui valorise ces patrimoines bâtis, en lien avec les communes concernées. On a aussi une idée folle : réaliser des reconstruction 3D ! On peut faire beaucoup de chose mais on ne va pas tout faire sur ce territoire. Surtout, ce sont des actions à la carte : les sujets d’intérêt et les problématiques à traiter vont différer d’un secteur à l’autre. Cela peut être une interrogation à un endroit d’une commune envahie de panneaux publicitaires qui ne sait pas comment les réguler.”
“Il s’agira par exemple d’aménager, de réaliser une communication, à réfléchir aux points de stationnement”
Ce label est, précise-t-elle, une “vraie reconnaissance de ces atouts et de tout ce qui peut être vulnérable, où l’on va être extrêmement soumis aux impacts du changement climatique. Les habitants le vivent tous les jours ; ne serait-ce qu’à travers les rivières dont les niveaux d’eau sont bas. Il y a aussi la fréquentation de ces villages qui augmente, etc.” Ce PNR c’est aussi une interface qui relie collectivités et intercommunalités en mettant en oeuvre concrètement des projets.

Au-delà des missions traditionnelles des Parcs naturels régionaux (1), “ce qui est important avec celui-là c’est que l’on peut mettre en place une approche d’expérimentation : si on veut tester des choses avec des élus de collectivités ou des habitants via des associations, on peut le faire. Je pense notamment à des sujets qui se posent pour plusieurs communes, pas forcément sur l’intégralité d’une intercommunalité. On peut travailler à l’échelle que l’on veut, celui de la commune, aussi. S’il y a une problématique d’identification de points d’eau, le long d’une rivière, par exemple, qui n’étaient pas connue avant, on peut y travailler. Il s’agira par exemple d’aménager, de réaliser une communication, à réfléchir aux points de stationnement, etc.”
Le parc naturel peut aussi se saisir d’une réflexion sur le tracé de sentiers, mais entre des communes, par exemple, en complément de ce qui existe, en synergie. Pour parfaire cette mise en lumière du territoire.
Olivier SCHLAMA
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(1) Sa création doit permettre la mise en œuvre de cinq missions précises : protéger, gérer et valoriser les patrimoines, naturel culturels et paysagers ; contribuer à l’aménagement du territoire ; accompagner le développement économique, social et culturel ; accueillir, sensibiliser et informer les publics et mettre en œuvre des actions expérimentales, innovantes et exemplaires.


