Pour fêter les 30 ans de la réintroduction réussie de l’ours dans le massif, l’association Pays de l’Ours a inauguré une statue de bronze à Arbas (Haute-Garonne) ce samedi. Soulevant un tollé parmi les anti-ours qui, mobilisés, ont été maintenus à distance par les gendarmes.
Il y a 30 ans, le 19 mai 1996, l’ourse Ziva foulait la première fois les Pyrénées. Que reste-t-il de cette pionnière qui a relancé la population de plantigrades dans les Pyrénées ? Une statue de bronze élevée à Arbas (Haute-Garonne), qui a été inaugurée ce samedi 23 mai, fêtant l’anniversaire de cette première réintroduction dans les Pyrénées, ravivant les tensions toujours vives entre pro et anti-ours dans les Pyrénées. Et la “colère” de la Coordination rurale et de l’association Asap, entre autres.
“Une portée qui a marqué l’histoire”

“Il y a 30 ans une ourse slovène de 6 ans et 104 kg été lâchée à Melles, en Haute-Garonne. Son nom : Ziva, qui signifie “Vivante” en slovène”, explique Pays de l’Ours-Adet, association favorable à la réintroduction de davantage de plantigrades.
À l’époque, on essayait de lutter contre l’extinction de l’espèce dans les Pyrénées. “Ziva n’a eu qu’une seule portée dans les Pyrénées, née en 1997. Mais cette portée a marqué l’histoire : c’est le premier cas de multipaternité documenté en France chez l’ours brun. Parmi ses oursons se trouvait Néré, aujourd’hui doyen des ours pyrénéens a 29 ans. Il est surtout le seul mâle, en dehors de Pyros, dont la lignée a survécu jusqu’à aujourd’hui. Avec Cannelle, dernière femelle de souche pyrénéenne, Néré a donné naissance à Cannellito. Živa est donc aussi sa grand-mère. Au total, Ziva compte aujourd’hui 11 descendants vivants dans les Pyrénées.”
“Les gendarmes avaient barricadé l’entrée de la place”
“L’inauguration s’est bien déroulée”, selon Sabine Matraire, présidente de l’association Pays de l’Ours. “Il y avait des opposants, mais peu nombreux, autour d’une vingtaine. Ils voulaient venir mais les gendarmes avaient barricadé l’entrée de la place, confie-t-elle. Au moment de l’inauguration, ils ont voulu venir mais ils en ont été empêchés. De notre côté, nous étions beaucoup plus nombreux, quelque 300 personnes ; il y avait des stands d’associations, d’artisans locaux… Il y avait une très bonne ambiance. Cela nous a fait très plaisir. Cela faisait longtemps qu’à cause des opposants, nous avions du mal à tous se retrouver. Cela a été une super journée.”
La statue en bronze payée par un mécène et réalisée par un artiste renommé, Michel Bassompière

La statue en bronze a été payée par un mécène, prénommé Bertrand. “Cela fait plusieurs années que nous pensons à cette statue. En 2025, a eu lieu l’inauguration d’une statue beaucoup plus modeste, en fer forgé. On en a parlé à l’AG qui a eu lieu en Ariège. On a évoqué le fait que nous avions un projet plus ambitieux mais que nous n’en avions pas les moyens. A la fin de l’AG, un adhérent est venu nous voir ; nous a questionnés ; on lui a montré les statues d’un artiste renommé, Michel Bassompierre, sculpteur animalier ; même l’Elysée a fait un communiqué lors de son décès il y a un mois. Et il a adhéré de suite au projet qu’il a financé.”
“Un acte d’une indécence profonde”
“Une infamie” ; une “indécence”… C’est “trinquer sur trente ans de malheur : l’indécence d’une fête” : la veille, l’Aspap dénonçait la célébration des 30 ans du premier lâcher d’ours slovènes organisée par l’Adet-Pays de l’Ours à Arbas (…) “C’est un acte d’une indécence profonde envers tous ceux qui en subissent les conséquences depuis 30 ans. 130 ours sont issus de ces lâchers, dont 80 % vivent en Ariège et notamment en Couserans, imposant des risques et des dommages permanents partout où ils s’installent. Face à cette provocation, des éleveurs et montagnards de toutes les vallées des Pyrénées ont prévu d’aller faire résonner leurs cloches à l’entrée d’Arbas, portant la voix de la montagne trahie.”
“Colère et incompréhension du monde agricole”

L’association a fait les comptes : “Plus de 10 000 animaux tués, des familles brisées. Il y a 30 ans, en talons et costume-cravate, des gens qui n’avaient jamais gardé un troupeau ont vendu la peau d’une montagne qui ne leur appartenait pas. Contre la volonté des montagnards et des élus. Depuis plus de 10 000 brebis et autres animaux ont été tués par les ours, un couloir de la mort de dix kilomètres si on alignait leur dépouille sur la route d’Arbas ! La vraie statue appartient aux éleveurs et aux bergers”…
“Colère et incompréhension du monde agricole face à l’inauguration d’une statue d’ours à Arbas, réagissent la Coordination rurale de Haute-Garonne, de l’Ariège et de l’Aude. Face au mépris subi depuis plus de 30 ans, le monde agricole et rural doit se faire entendre !”, exprimant “leur colère et leur profonde incompréhension (…) cette inauguration résonne comme une véritable provocation (…) Malgré ces alertes constantes, la parole de la majorité des Pyrénéens reste ignorée au profit d’une minorité idéologique soutenue par des associations pro-ours largement financées par de l’argent public”.
“Derrière l’image touristique ou symbolique de l’ours, il y a une réalité : celle de la prédation”

Les Jeunes agriculteurs d’Occitanie y sont aussi allés de leur déclaration. “Derrière l’image touristique ou symbolique de l’ours, il y a une réalité : celle de la prédation. Attaques sur les troupeaux, pertes animales, stress permanent, nuits de surveillance, estives fragilisées et abandonnées, épuisement moral et psychologique des éleveurs et bergers, perte de biodiversité avec l’arrêt du pastoralisme dans les massifs…
“Le pastoralisme est essentiel à nos montagnes…”
“L’ours dans les Pyrénées représente une population croissante et non contrôlée avec des attaques croissantes de plus en plus proches des cabanes (constat de l’OFB), des mesures de protection qui nuisent à la tranquillité de nos troupeaux et ajoutent des astreintes à nos éleveurs. Une réintroduction somme toute coûteuse tant pour les pouvoirs publics que pour les éleveurs. Le pastoralisme est pourtant essentiel à nos montagnes. Il entretient les paysages, participe à la prévention des incendies et fait vivre des territoires entiers. Mais aujourd’hui, de nombreux éleveurs ont le sentiment de ne plus être entendus. Alors même que le gouvernement affirme vouloir faire de la souveraineté alimentaire et du renouvellement des générations agricoles une priorité nationale, l’inauguration d’une statue célébrant l’ours est vécue par de nombreux éleveurs comme un profond manque de considération et un acte méprisant”…
L’Office français de la biodiversité (OFB) constate que “depuis le lancement du programme de renforcement en 1996, la population d’ours brun dans les Pyrénées a connu une croissance numérique indéniable, passant de seulement 5 individus en 1995″ à plus d’une centaine aujourd’hui. Mais souligne également que ” l’érosion génétique reste sévère et constitue une alerte pour la viabilité future de l’espèce.” Pour l’Aspap (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine d’Ariège-Pyrénées) “ce problème n’est pas une surprise : il était structurellement prévisible dès l’origine du programme.”
Olivier SCHLAMA
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