53 M€ pour le coeur de ville : Lunel décroche la lune !

Rue de la Libération, à Lunel. Photo : DR.

Grâce à des aides éloquentes, la commune de Petite Camargue va développer un projet d’envergure en investissant 53 M€ dans son centre ancien dégradé et paupérisé. Et s’ouvrir vers l’avenir. La campagne de communication volontairement provocatrice a été baptisée : « Rouvrons les maisons closes ! » en référence aux marchands de sommeil que le maire veut bouter hors de Lunel.

Les Pescalunes, pêcheurs de lune littéralement, l’ont vraiment décrochée. Les 16 500 habitants historiquement coupés en deux par la nationale 113 qui partage certes les quartiers, les coeurs, les idées et les vies depuis trop longtemps sera moins coupante. Promis. Pour cela il faudra attendre un peu pour concrétiser ce projet à 60 M€, dont il manque encore 12 M€. dans le tour de table.

Cela donc viendra après un premier projet tout aussi colossal pour une commune de cette taille. Historique, même : 53 M€ sur dix ans (qui comprend 6 M€ du programme Action coeur de ville). La ville de Lunel met, elle, 9 M€ au pot et peut-être « le double ensuite » ! Pour remodeler le centre-ville, l’oxygéner, le rendre plus agréable, refaire aussi voiries, espaces publics et éclairage, l’Etat, la Région, département, etc., se sont associés et ont généré cette manne. Le nom de code de l’opération ? Rouvrons les maisons closes. Décapant ! Mais derrière le slogan provoquant, il s’agit d’un projet tout à fait sérieux.

« L’objectif est de réhabiliter au moins 170 logements et refaire une centaine de façades »

Attention, pas question d’un béton « cache-misère comme dans beaucoup d’autres centres-villes paupérisés », souligne-t-on dans l’entourage du nouveau maire, Pierre Soujol. Lunel « ose », comme l’affiche le slogan décomplexé de la nouvelle majorité. « L’objectif est de réhabiliter au moins 170 logements et refaire une centaine de façades. » Sans oublier deux îlots du centre-ville. L’idée, c’est aussi de bouter les marchands de sommeil hors de Lunel, clairement. Certains travaux ont même déjà commencé. Lunel s’engage dans un vrai travail de remodelage de son tissu urbain sur le « long terme ». Pour, au passage, trouver sa place jadis naturelle entre Montpellier et Nîmes. Dans quelques années, il sera alors temps d’engager d’autres travaux d’évergétiste, de connecter les arènes avec la place de la Calende, au pôle multimodal…

Lunel veut tourner la page de cette époque qui lui colle comme un chewing gum trop remâché

Le maire Pierre Soujol et le préfet. DR.

La ville, où le chanteur Julien Doré, arrière-arrière-petit-neveu du peintre Gustave Doré, a passé sa jeunesse, n’est plus tétanisée par son image de « Molenbeek française », d’où étaient partis une vingtaine de jeunes, en 2014 pour faire le djihad en Syrie et en Irak. Sept d’entre-eux y sont morts. La déflagration avait été mondiale : même le New York Times avait cité la petite cité héraultaise en Une. Lunel veut tourner la page de cette époque qui lui colle comme un chewing gum trop remâché. Et pour cela, elle emploie les grands moyens. L’opération centre-ville a été baptisée : Rouvrons les maisons closes ! Dans cette ville moyenne où la pauvreté atteint 20 % de la population, la campagne de communication est très offensive, volontairement « provocatrice. C’est ce qu’il fallait dans un climat lourd avec cette crise sanitaire ». De quoi créer un électrochoc, est-il espéré.

Combattre les marchands se sommeil. Même avec des moyens coercitifs, s’il le faut, pour lutter contre des bailleurs sans scrupules »

Pierre Soujol, maire de Lunel

Le dossier l’annonce : « Sans artères fluides, sans réhabilitation de l’habitat dégradé et insalubre, sans la réouverture de commerces… en un mot sans l’ouverture de toutes ces « maisons closes », le cœur se meurt. Avec mon équipe, nous ne pouvons nous résoudre à cela. Au-delà du trait d’humour, c’est une volonté politique qui anime notre équipe municipale. »

« Nous avons mobilisé toutes les énergies et abouti à un projet qui va transformer Lunel », certifie le maire, Pierre Soujol. Sur la forme, d’abord. Cette campagne-choc « nous a permis d’attirer l’attention des médias, des Lunellois et même des investisseurs. Nous avons la chance de bénéficier aujourd’hui d’un certain nombre de dispositifs d’Etat des aides régionales, départementales, etc. mettant à notre disposition une manne financière très importante, 53 M€ qui peuvent être en grande partie injectés sur le coeur de ville. Pour métamorphoser le coeur de ville, d’où le nom de Métamorphose 2030 que nous lui avons donné. Car il faudra bien une dizaine d’année pour voir des signes évidents de changement. »

Il ajoute : « Il s’agit d’entrer de plain pied dans ces problèmes, notamment de combattre les marchands se sommeil. Même avec des moyens coercitifs, s’il le faut, pour lutter contre des bailleurs sans scrupules. Nous mettrons les moyens nécessaires pour qu’il n’y ait de trous dan sla raquette, comme on dit ; pour qu’ils n’y échappe pas. On paiera s’il le faut et on se fera rembourser. On ira au bout de ce projet. » Les propriétaires auront les moyens de réhabiliter leur logement, précise-t-on en mairie qui a fait le calcul : « Quelqu’un qui veut réhabiliter totalement un logement pour 80 000 €, une fois toutes les aides déduites, il ne paiera finalement que 30 000 €. De quoi proposer ensuite des « logements décents à des familles » et que celles-ci « ne soient plus entassées à plusieurs dans un même appartement ».

Un concours d’architectes avec peut-être un grand nom

La ville de Lunel va pour ce grand projet lancer un concours d’architecte, « peut-être avec un grand nom de la profession ». Là aussi pour doper l’image de la commune et tourner définitivement la page. « Et que ce coeur de ville soit un trait d’union et renforcer cette centralité permettra aussi à Lunel de renforcer son positionnement entre Montpellier et Nîmes », précise Pierre Soujol. Je vais rencontrer prochainement le maire de Montpellier pour voir quelles passerelles nous pouvons tisser ensemble.

Une dizaine d’investisseurs

Une dizaine d’investisseurs, gros et plus modestes, seraient prêts, en outre, à tenter le pari de Lunel. Il faut dire que la commune montre la voie en injectant 9 M€ « mais sans doute bien plus. » Nous avons aussi besoin de crèches, de complexes sportifs… Nous avons un pôle santé privé-public important, des collèges, lycées, etc. Nous avons déjà un potentiel énorme. Mais il restait ce coeur de ville pour exploiter tout ce potentiel. Ce que j’aimerais faire c’est un peu comme à Bordeaux, avec la notion de « Métropole coopérative ».

Coopération envisagée avec Montpellier

Une vraie coopération est envisagée. Nous ne sommes pas dans la métropole mais nous pouvons travailler sur des intérêts communs. Montpellier a des entreprises et ne sait pas où les mettre ; nous avons un foncier que nous avons chez nous. Montpellier a des étudiants ; on peut avoir une antenne universitaire sur Lunel et y créer du logement étudiant. Autour de la gare, nous avons des terrains, qui tôt ou tard, seront occupés. À nous d’anticiper sur 2030. Mais cela ne peut se faire qu’avec la métropole. » 

« Mes collègues maires nous regardent avec intérêt »

« Qu’en pensent mes collègues maires ? Ils nous regardent avec intérêt parce qu’ils savent que Lunel a un fort potentiel. Elle est très bien située et tout le monde sait que nous avons un fort challenge à relever nous-mêmes. C’est un travail d’ampleur qui sera long. On n’a jamais eu autant de moyens pour le faire. Et ce n’est pas fini. Au-delà de ces 53 M€, le maire prévoir de signer un contrat bourg centre avec la Région, notamment, et beaucoup d’investisseurs nous appellent. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à aujourd’hui. Cela va être intéressant de travailler avec eux. Nous nous avons notre vision du centre-ville. »

Et de développer : « Nous aimerions créer, par exemple, une résidence sénior ou intergénérationnelle, de manière à ce que ces populations qui vieillissent puissent retrouver l’ambiance d’un coeur de ville avec des commerces de proximité, tous les services administratifs sur place. Il y a tout à faire. Ce sera le travail du cabinet d’architecte choisi. On ne se prive pas de prendre pour cela une pointure nationale ou internationale. »

Olivier SCHLAMA

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