Comment assurer la pérennité du vignoble à l’horizon 2050 ? C’est le débat ouvedrt par l’association Terra Vitis (*) qui soutient ses adhérents pour des actions visant à trouver le meilleur équilibre possible entre le respect de l’environnement, de la société et la durabilité économique de leurs exploitations viticoles. Comment faire face aux défis d’un modèle en pleine mutation ?
Le ministère de l’Agriculture a renoncé à publier les traditionnelles prévisions de vendanges de début août, tant les incertitudes sont grandes en raison de la canicule, de la sécheresse et des aléas climatiques. Habituellement publiées autour du 7 août, les premières estimations sont reportées au 8 septembre quand les services de l’Etat auront “plus de recul sur l’état du potentiel de récolte.”
Cependant, la vendange 2026 commencera sans doute encore plus tôt que prévu en Ocxcitanie. C’est le cas par exemple chez Les Vignerons du Narbonnais (à Ouveillan, près de Narbonne) où les vendanges ont débuté dès le 4 août, avec une bonne semaine d’avance sur le calendrier habituel.
Lire les explications de Jean-Marc Touzard (directeur de recherche à l’Inrae de Montpellier) sur le site Hérault Tribune
Mais cette problématique n’est pas la seule à laquelle sont confrontés les viticulteurs qui se trouvent aujourd’hui face à trois défis majeurs : réduire leur impact et s’adapter à un monde qui change, faire face à la baisse de la consommation et préparer la transmission des exploitations.
Climat : réduire son impact et adapter ses pratiques
Comme le soulignent Les Vignerons du Narbonnais, “notre travail n’a de sens que s’il protège nos sols, nos paysages et l’avenir de nos familles…” Une démarche globale promue notamment par Bruno Dura, responsable de la cave narbonnaise et vice-président de Terra Vitis, qui accompagne ses adhérents sur les divers fronts.
A commencer par l’éco-conception. le conditionnement représente en effet 40 à 50% de l’empreinte carbone totale d’un domaine viticole et parmi ce coût environnemental, la bouteille en verre représente à elle seule 80 % ! Depuis la signature (2023) du Bottle Weight Accord, le poids moyen des bouteilles de vin tranquille (300 millions de bouteilles du réseau) est passé de 550 à 460 g, soit près de 28 500 tonnes de CO2 économisées. Et Terra Vitis s’engage cette année dans une démarche similaire sur les vins effervescents.

Baisse de la consommation : se renouveler pour durer
Autre défi existentiel à relever, la baisse de la consommation. La consommation mondiale de vin a atteint en 2024 son niveau le plus bas depuis 1961 : 214 millions d’hectolitres (OIV). En France, -3,6 % en un an, dans la continuité d’une tendance
engagée depuis 2017. Face à cette réalité, Terra Vitis encourage ses adhérents à faire évoluer leur modèle et le réseau est précisément là pour ça : partager les expériences de ceux qui ont osé se transformer, pour inspirer les autres.
C’est dans cet esprit que Jérôme Choblet a lancé une gamme de vins en canettes au Domaine des Herbauges, un format plus léger en empreinte carbone, qui séduit de nouveaux circuits de distribution et une clientèle plus jeune. Il a aussi développé des
cuvées faiblement alcoolisées, en réponse à une demande croissante. Ces choix illustrent une dynamique plus large que Terra Vitis préconise : diversifier son offre pour pérenniser son modèle économique. L’œnotourisme en est un autre levier.
Face au défi de la transmission : anticiper
Troisième défi, moins visible mais tout aussi décisif : dans moins de dix ans, 50 % des viticulteurs français auront plus de 60 ans et plus de la moitié n’ont pas de repreneur identifié. C’est toute la pérennité économique, sociale et culturelle du vignoble qui est en jeu. Une problématique qui touche plus généralement l’ensemble du monde agricole (lire plus bas)
Depuis 2025, Terra Vitis est devenue la première certification viticole à avoir
intégré la préparation de la transmission dans son cahier des charges. Pour accompagner cette réflexion, Terra Vitis a publié un livret pratique “10 conseils pour une transmission réussie”, construit à partir de témoignages de vignerons cédants et repreneurs de toutes les régions de France.
Face à ces défis multiples, on constate une fois encore à quel point le monde agricole a besoin d’être soutenu et accompagné. D’où la nécessité de pouivoir bénéficier d’un réseau tel que Terra Vitis.
Petite satisfaction à court terme, lueur d’espoir pour ces vendanges 2026, la situation sanitaire et qualitative est “plutôt optimale” et “prometteuse” car il y a eu peu de maladies.
Philippe MOURET
(*) L’association Terra Vitis porte aujourd’hui l’une des principales certifications de la filière viticole et la seule, à l’échelle nationale, de viticulture responsable qui respecte les grands principes du développement durable et soit reconnue par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Au travers de la certification et de son cahier des charges précis, les adhérents Terra Vitis “s’engagent jour après jour pour une viticulture durable et responsable. Chacune de leurs actions vise à trouver le meilleur équilibre possible entre le respect de l’environnement, de la société et de la durabilité économique de leurs exploitations viticoles.”
Aide à l’installation et la transmission des exploitations en Occitanie
Le vendredi 3 juillet dernier, les élus régionaux ont voté une nouvelle aide de 1,3 M€ destinée au monde agricole pour répondre à l’enjeu majeur du renouvellement des générations et favoriser l’installation en agriculture ainsi que la transmission en Occitanie.
Forte d’une agriculture qui mobilise plus de 165 000 emplois sur le territoire, la Région mène, depuis 2016, une politique en faveur de l’agriculture et des nombreux défis que la profession doit relever.
Face au vieillissement de la population agricole et aux difficultés rencontrées par de nombreux agriculteurs pour assurer la reprise de leur exploitation, la Région a renforcé son soutien pour faciliter l’installation de nouveaux agriculteurs et le renouvellement des générations à travers sa stratégie régionale 2023-2027, mobilisant plus de 38 M€ sur cette période. Plus de 2 000 agriculteurs se sont installés en Occitanie en 2023, plaçant ainsi la région au premier rang en nombre d’installations.
“Alors que le nombre d’exploitations agricoles diminue et que la population agricole vieillit, le rôle de la Région est d’accompagner et d’apporter des solutions concrètes pour favoriser l’installation et la transmission des exploitations en Occitanie. Au-delà de notre engagement pour un modèle agricole plus juste, plus durable et plus résilient, nous avons fait du renouvellement des générations une priorité avec la stratégie régionale déployée depuis 2023″ souligne Carole Delga, présidente de la Région Occitanie.
Elle poursuit : “La Région intervient le plus en amont possible de la transmission pour préparer les transmissions, afin de préserver l’emploi, notre souveraineté alimentaire et la vitalité de nos territoires. Nous accompagnons à la fois les agriculteurs qui peinent à trouver un repreneur et celles et ceux qui souhaitent s’installer mais se heurtent encore à de nombreux obstacles.”
Un dispositif d’accompagnement adapté aux situations
Le dispositif d’accompagnement permet aux agriculteurs de bénéficier de conseil à la création agricole et d’un suivi post-installation par des structures labellisées (chambres d’agriculture et associations pour le développement de l’emploi agricole et rural départementales). À l’occasion de cette Commission permanente, la Région Occitanie mobilise 1 M€ permettant de financer plus de 3300 journées de conseil dans l’année pour accompagner les jeunes ou nouveaux agriculteurs dans l’émergence ou la mise en œuvre de leur projet d’installation ou encore pour un conseil post-installation.
La partie qui cible plus spécifiquement les cédants n’ayant pas encore de repreneur, offre aux agriculteurs deux possibilités : la réalisation d’un état des lieux sur l’exploitation et d’un plan d’actions pour résoudre les fragilités et/ou la mise en place d’un diagnostic et d’un suivi pré-transmission par des structures labellisées. À l’occasion de cette Commission permanente, 1000 journées de conseil auprès des cédants qui n’ont pas encore identifié de repreneur seront financées par l’octroi d’une aide régionale de 300 000 €.