Toulouse : Au 100e Singe, on réinvente le lieu de travail

C'est un lieu unique qui n'existe pas ailleurs en Occitanie. Au 100e Singe, en lien avec Terre de Liens notamment, on trouve tout un écosystème pour faire éclore et épanouir un projet en agro-écologie. Mais ces nouveaux paysans voisineront avec auto-entrepreneurs, et autres indépendants. Le but est aussi de décloisonner le travail et de lui donner du sens. Photo : DR.

Mi-ferme, mi-espace de bureaux : le 100e Singe, à la périphérie de la Ville Rose, est un concept baroque, un ornithorynque, si l’on reste dans la métaphore animale, qui veut mettre du lien social au travail en faisant cohabiter et échanger l’agriculture et le tertiaire. Des travailleurs indépendants, télétravailleurs, auto-entrepreneurs et des néo-agriculteurs. Le collectif, qui a de nombreux soutiens, a lancé une opération de financement participatif qui démarre bien.

C’est un laboratoire qui veut réinventer le lieu de travail, celui forcément qui, davantage bienveillant et épanouissant, sera généralisé demain, est-il espéré. Rien de moins. Rien de mieux qu’un lieu pilote, logé dans un corps de ferme du XVIIIe siècle de 400 m2 et sept hectares de champs aux portes de Toulouse, dans le Lauragais, à Belberaud (Haute-Garonne), sachant que la moitié des actifs vivent en périphérie urbaine. Le concept a été baptisé le 100e Singe, du nom d’une théorie en vogue, expliquant que, pour qu’un changement intervienne dans la société, il suffit qu’un petit nombre d’adeptes aient une attitude différente de la majorité. Par mimétisme, explique encore cette théorie popularisée par un certain Lyall Watson, originaire d’Afrique du Sud, qui fut ethnologue. La référence à cette théorie de changement de paradigme est parlante. Et c’est une première dans la région qui nécessite un budget de 250 000 euros. Le lieu pourrait ouvrir d’ici l’été 2018, permettant de créer sept emplois directs et trente indirects. Des partenaires soutiennent déjà le projet et le collectif a lancé une opération de crowdfunding qui a bien démarré (1).

Amandine Largeaud : « Nous ne proposons pas de réinventer le travail mais d’accueillir dans de bonnes conditions ceux qui le réinventent »

Le slogan pourrait être : vous réinventez le travail, on invente le lieu. Capable de marier dans un même élan néo-ruraux et indépendants, intervenant dans le tertiaire qui, tous ensemble, veulent (re)donner un sens à leur vie. Et à leur vie au travail. Quelque 80 % des salariés, estiment dans une étude (Steelcase) que leur travail est dénué de sens. Et un tiers des reprises agricoles est le fait d’urbains en reconversion, selon la MSA (Mutuelle sociale agricole). Une ambition d’évergétiste anime l’équipe du 100e Singe, à la hauteur du modèle actuel du travail qui génère tant de souffrance. Le même type d’organisation existe déjà dans les Landes, dans la Haute-Vienne ou en Alsace mais c’est la première du genre en Occitanie.

Amandine Largeaud, la porteuse du projet, élaboré durant deux ans et lancé par un collectif de onze personnes auquel elle appartient, explique que ce lieu partagé comportera un espace de coworking, une micro-ferme maraichère bio destinée à être exploitée par des néo-paysans venus de la ville voisine et des parcelles de 5 000 m2 pour tester des projets agricoles : « Nous ne proposons pas de réinventer le travail mais d’accueillir dans de bonnes conditions ceux qui le réinventent », formule-t-elle. Ce bel espace au coeur de la nature propice à de bonnes conditions de travail, est un « lieu-pilote, à quelques kilomètres de Toulouse, à sa périphérie urbaine, car notre public est fait d’urbains en quête de sens », précise Amandine Largeaud, l’une des futures sept salariés du 100e Singe qui a déjà monté des projets au Burkina Faso.

« Pour envisager ensuite des possibilités de s’implanter, de trouver une terre et d’y accéder »

Marier travaux dans les champs pour les uns ; s’épanouir dans des bureaux ou des ateliers à la campagne pour d’autres. « Certains dans les deux catégories pratiqueront même la double activité », promet Amandie Largeaud. Ce n’est donc pas un syncrétisme d’estaminet. C’est un vrai décloisonnement offrant trente postes en bureaux et dix places pour néo-agriculteurs.  « Nous leur offrons un écosystème pour bien tester leur idée pendant trois ans et ensuite de pouvoir s’implanter durablement. » C’est aussi une façon d’installer une dynamique entre les travailleurs du tertiaire et ceux qui travaillent la terre : ils  voisineront et pourront, même, interagir. « La micro-ferme maraichère d’un hectare permettra de faire pousser des fruits et légumes, bien sûr, mais, surtout, elle, permettra d’expérimenter comment produire de la quantité sur une petite surface. Ce sera aussi un support d’animation sur le reste de l’exploitation. »

Des parcelles de 5000 m2 seront donc, également, mises à disposition de néo-paysans, ces urbains lassés de leur travail certes bien rémunérés mais vides de sens. « Le 100e Singe se rémunèrera en faisant payer l’accès à l’eau, aux outils, aux serres, etc. » Sur le modèle d’une couveuse d’entreprises traditionnelles. « Attention, les candidats à notre structure devront, pour y candidater, avoir déjà une idée de projet, avoir été formé », précise Amandine Largeaud.

Au 100e Singe, en lien avec Terre de Liens notamment, on trouve tout un écosystème pour faire éclore et épanouir un projet. « Nous avons des partenaires comme le conseil départemental, les mairies, etc. pour envisager des possibilités ensuite de s’implanter, de trouver une terre et d’y accéder », précise Amandine Largeaud. Sans cet environnement sécurisé, impossible de se voir accepté un financement. Une table d’hôte complètera le dispositif. C’est même la véritable porte d’entrée de la structure pour accueillir du public et participer « du lien social ».

Olivier SCHLAMA

  • Pour lancer le projet 100e Singe, le collectif a lancé une opération de financement participatif sur la plate-forme Ulule. « Le premier palier se situe à 30 000 euros », confie Amandine Largeaud.
  • Le 100e Singe est référencé par le ministère de la Transition écologique dans ses carnets de veille stratégique.
  • Le commissariat général à l’égalité du territoire l’a intégré dans les innovations en tertiaire péri-urbain.