Déserts médicaux : la Haute-Garonne prépare son remède

les villes sont également touchées par le manque de médecins. photo Designed by Pressfoto / Freepik

Mardi 24 octobre, le Capitole de Toulouse a accueilli tous les acteurs sociaux et de santé concernés, pour la signature d’une convention destinée à lutter contre la désertification médicale, présente à la fois en milieu rural et dans les villes de la région. L’ensemble du territoire est donc concerné par ce phénomène. Ce partenariat a vocation à réunir toutes les compétences et tous les moyens nécessaires face à un objectif commun.

Le maire de Toulouse (et président de Toulouse Métropole) Jean-Luc Moudenc s’est emparé du sujet. Devant faire face à la conjonction de deux phénomènes, la désertification médicale et une démographie dynamique constante, il souligne que ce partenariat visera à « favoriser l’installation de nouveaux professionnels de santé vers les zones sous dotées et celles en passe de le devenir. Nos engagements sont multiples : identifier les besoins dans les quartiers, accompagner la mise en œuvre de projets de santé, favoriser l’accompagnement des professionnels de santé, contribuer à identifier les sites et locaux disponibles et, enfin, rapprocher les différents acteurs du secteur. »

« En 2015, le CDOM31 (Conseil de l’Ordre des médecins de Haute-Garonne, NDLR) a fait le constat du vieillissement préoccupant du corps médical sur l’agglomération toulousaine et du non renouvellement des générations. C’est dans cet objectif qu’un travail de terrain a été initié pour donner aux médecins les moyens de sécuriser et de pérenniser leur exercice en se regroupant entre eux et avec d’autres professionnels de santé. Concrètement une dizaine de réunions se sont déroulées pour la plupart à la Maison des Professionnels de Santé, pour trouver, quartier par quartier, des solutions techniques dans l’intérêt de la population. Le CDOM31 continuera cette démarche sur Toulouse, sur la couronne toulousaine et le reste du département, mais reste préoccupé par la démographie catastrophique des médecins toutes spécialités confondues pour les 10 ans à venir » déclare pour sa part le docteur Jean Thévenot, Président du Conseil de l’Ordre des Médecins de la Haute-Garonne.

Le Docteur Maurice Bensoussan, Président de l’Union Régionale des Professionnels de Santé Médecins Libéraux d’Occitanie, se réjouit quant à lui de cette initiative et précise que « s’il convient d’améliorer sans délai les incitations pour maintenir une offre de soins libérale en France (…) il ne faut plus opposer médecine libérale et service de santé publique. Il faut absolument passer de la cohabitation à la coopération. »

Une opinion que ne renie pas Stéphane Oustric, Professeur de l’Unité de formation et de recherche de Médecine de Toulouse, qui se dit « préoccupé par le manque d’installation de jeunes confrères spécialistes de médecine générale sur le territoire de la Métropole toulousaine «  et soutient « une stratégie collaborative commune de facilitation à l’installation médicale » avec un objectif clair : « Permettre à chaque citoyen d’avoir un accès à des soins de premier recours de qualité et en proximité. » Pour cela le Département universitaire de médecine générale a mis en place un plus grand nombre de terrain de stage chez les médecins généralistes, maitres de stage universitaire, sur Toulouse et son territoire métropolitain, « seule action reconnue aujourd’hui comme susceptible d’inverser la tendance. C’est un travail qui commence et que nous devrons entretenir pendant au moins 10 ans », poursuit-il.

L’Ariège a lancé une opération séduction

Cette démarche n’est pas sans rappeler l’opération séduction mise en place par le département de l’Ariège en direction des jeunes médecins. Le Conseil départemental a lancé une campagne de communication 100%dédiée aux jeunes médecins généralistes. Et après une rencontre organisée début octobre au CHU Rangueil de Toulouse, les internes ayant décidé de faire leur internat sur le territoire ariégeois seront reçus à Foix, à l’Hôtel du département, à la fin du mois.  Au-delà d’une découverte et d’une valorisation du département et de ses richesses, l’objectif de ces rendez-vous est aussi de présenter les différents « coups de pouce » apportés aux médecins généralistes dans le cas d’installation en Ariège : aide au logement, participation à la construction de bâtiments médicaux, etc.

Le contact humain, élément essentiel… Photo Designed by Pressfoto / Freepik

« La Ministre des Solidarités et de la Santé vient de réaffirmer la priorité nationale qui est de garantir un égal accès aux soins dans les territoires (plan présenté le 13 octobre et pas toujours apprécié, lire plus bas, NDLR). En Occitanie, cet enjeu concerne les zones rurales mais également les grandes métropoles comme celle de Toulouse » (même Paris a perdu 20% de généralistes au-cours des dix dernières années, NDLR) insiste Monique Cavalier, directrice de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie. L’ARS a d’ailleurs mis en place une initiative originale en Occitanie en autorisant (après accord de l’Ordre des médecins) des étudiants de 3ème cycle des études médicales à exercer comme adjoint d’un médecin du territoire. Quatre territoires de la région ont déjà bénéficié d’une telle autorisation : le quartier prioritaire de Narbonne Saint‐Jean Saint‐Pierre (Aude), le secteur de Saint‐Laurent‐de‐la‐Cabrerisse (Aude); ainsi que ceux de Carmaux (Tarn) et de Saint‐Gaudens (Haute‐Garonne).

Environ 2,5 millions de Français vivaient dans un désert médical en 2015. Certains organismes avancent le chiffre de plus de 4 millions aujourd’hui… Pas forcément convaincu par les annonces du gouvernement, (qui maintiendra notamment les aides à l’installation  : 50 000 euros sur trois ans par médecin et le développement des maisons de santé bien qu’elles ne constituent pas toujours une réponse efficace), le président de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon soulignait récemment :  « Les déserts médicaux ne sont pas une fatalité. Mettre en place des offres de télémédecine ne changera pas la donne ni le sentiment réel d’abandon. Une régulation téléphonique ou une vidéo peuvent contribuer à rassurer le patient, mais les gens ont besoin de voir un médecin et les médecins ont besoin de voir et de toucher les patients. Des solutions simples existent… », dit-il, en insistant par ailleurs sur « le rôle primordial » des élus locaux face à ce sujet essentiel.

Philippe MOURET

Les signataires de l’accord cadre, mardi au Capitole : Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole, Monique Cavalier, Directrice de l’Agence Régionale de Santé Occitanie (ARS), Docteur Jean Thévenot, Conseil de l’Ordre des Médecins de la Haute-Garonne, Docteur Maurice Bensoussan, Union Régionale des Professionnels de santé Médecins libéraux Occitanie (URPS ML Occitanie), Professeur Stéphane Oustric de l’Unité de formation et de recherche de Médecine de Toulouse, Michel Davila, Directeur de la Caisse Primaires d’Assurance Maladie (CPAM), et Franck Biasotto, Président de Toulouse Métropole Habitat