Le grand chapiteau commun qui fête nos langues régionales est de retour avec plus de 100 événements et 150 artistes en Occitanie. Conseiller régional, Benjamin Assié et Carole Delga rappellent que l’Occitanie y célèbre toute sa richesse, sa diversité et ses traditions. Un festival populaire, convivial et familial.
Concerts, théâtres, contes, ateliers, balades, expositions… C’est, comme chaque année, le grand feu d’artifices d’événements festifs autour des cultures catalanes et occitanes, elle dure deux mois, jusqu’au 5 juillet. Le lancement, c’était ce jeudi. “Ce qui a de remarquable ? C’est que ça continue !, formule Benjamin Assié, conseiller régional. Parce que c’est une opération qui est beaucoup fondée sur la mobilisation du terrain. S’il n’y a pas des associations, des bénévoles, des artistes, des communes qui décident de se retrousser les manches, il n’y aurait pas de Total Festum. Et cette mobilisation ne faiblit pas. Il y a toujours une centaine d’événements à chaque édition. Cela prouve que ça répond à quelque chose qui au départ était de l’ordre du festival et qui devient presque une tradition.”
Il y a de nombreux événements et au moins une curiosité, à Brousses-et-Villaret (Aude), dans le Cabardès, le 13 juin, où pour la première fois, des artistes ont monté un marathon de langue occitane : 15 heures ininterrompues de prises de paroles, chants, etc. ! Trésorière de l’association, Valérie Ferrer explique : “Notre chargée de production, qui a également chanté dans le groupe La Mal coiffée, a eu cette idée. On voulait être dans le Guiness Book des Records mais c’est trop cher !” Au programme : balade avec discussions – en occitan – sur la botanique ; visite d’un moulin ; cours de cuisine ; chorale et même repas !Tout le monde peut y assister. “Nous serons une cinquantaine de bénévoles ; une vingtaine d’artistes… On espère arriver jusqu’au feu de la Saint-Jean dans la nuit du 13 au 14 juin…”
“C’est un moment rassembleur, de partage de convivialité”

Est-ce finalement des semaines très attendues parce que la place de l’occitan et du catalan dans le quotidien n’est pas très ostensible ? “Peut-être. C’est, en tout cas, vécu comme un moment rassembleur, de partage de convivialité. La célébration de la différence et ça ce n’est pas tous les jours ! C’est presque un projet de société qui a derrière Total Festum. Qui dit ce que l’on souhaite ensemble pour l’avenir de notre région : un respect de la tradition, une transmission de l’histoire, de l’identité. Mais avec avec l’idée que ça se renouvèle, que ça doit être partagé.” Comme sur Dis-Leur ! où vous pouvez retrouver nos chroniques occitanes ICI.
“Que cette culture vive dans le coeur des gens”
Y aura-t-il un jour, pour concrétiser ces bonnes dispositions, un centre culturel occitan de référence…? “Ce matin, j’étais au conservatoire occitan de Toulouse ; il y a le Cirdoc que je préside ; on commence à avoir autour de la culture occitane des établissements, y compris brillants. Ce qu’il y a d’important c’est que sur l’ensemble du territoire que les gens puissent vraiment vivre la culture occitane. Tous ces opérateurs-là, souvent mis en place avec le soutien fort de la Région Occitanie, ont pour mission que cette culture vive dans le coeur des gens. Total Festum complète bien nos politiques visibles par tout le monde ; il y a tout un travail réalisé par la Région avec l’Education nationale pour développer l’enseignement, par exemple. C’est un travail de fond dont on verra les résultats au bout d’une génération. Avec Total Festum, ça rend cette culture concrète pour que tout le monde se l’approprie.”
On a l’habitude de dire loin des yeux, loin du coeur… L’occitan n’est pas très visible dans l’espace public… “C’était l’un des points de départ justement de Total Festum : avoir une manifestation très visible. La solution classique cela aurait été de faire un gros événement ; là, le choix est plus intelligent avec une centaine de manifestations qui essaiment. Et cela touche beaucoup plus de monde ; ça se compte en une centaine de milliers de participants.”
“Tout le monde a un avis sur la langue et il est positif”
De quoi ne plus se sentir, tout habitant qui a cette culture occitane, un étranger du dedans… ? “On peut avoir ce sentiment. C’est le syndrome du dernier des Mohicans et qui est toujours pour moi à rejeter. L’occitanité n’est pas d’appartenir à une minorité, c’est porter un héritage, des valeurs, une conception du monde. Et elle n’est pas si minoritaire que ça. Il y aurait un côté ethnique ; l’occitanité comme la catalanité ont en commun de ne s’être définies comme une ethnie mais comme un carrefour, une zone de partage très ouverte depuis 40 000 à 50 000 ans.”
Il ajoute : “On est quand même dans un contexte plus global où les expressions sont à contre-courant de tout ont du mal à être très visibles. Mais cela ne veut pas dire que ça n’existe pas. Quand on discute, on s’aperçoit que le sujet de la langue, des cultures occitane et catalane, eh bien, tout le monde a un avis là dessus. Il est très largement positif. Ce qui n’était pas le cas il y a dix ou vingt ans.” Sans oublier que les nouveaux arrivants sont les premiers à défendre notre culture. “Il y a moins de préjugés, dit-il. C’est d’abord vécu comme un trésor, une richesse. Il y a de la curiosité. Et, enfin, il y a la volonté de vouloir pleinement devenir habitant d’Occitanie.”
“Des projets collectifs, de transmission intergénérationnelle en lien avec l’environnement”

Est-ce que lui, l’homme politique, l’homme public affirmé qui défend cette culture qu’entrevoit-il de faire pour sa promotion dans la commune, Bize-Minervois (Aude), où il vient d’être élu maire ? “Ce n’est pas facile, répond Benjamin Assié. Par quel bout doit-on le prendre ? Dans ma commune, j’ai la chance d’avoir une calendreta. Comment à partir de là quelque chose qui est partagé avec les familles ? Cela passe par des projets collectifs, de transmission intergénérationnelle. Le lien avec l’environnement est important. Qui parle catalan ou occitan, par sa toponymie, l’usage des végétaux, la relation aux animaux, à la faune… C’est une bonne porte d’entrée. On peut porter un projet bilangue sur ce sujet. Et aussi parce que la préservation de la biodiversité et la préservation de la diversité culturelle, c’est le même combat et les mêmes enjeux : tous deux sont attaqués par le même phénomène de mondialisation. Je me rappelle d’une conférencière à l’Unesco qui disait dans un documentaire que les zones qui ont la plus grande diversité linguistiques, ce sont celles qui ont aussi celle qui ont la plus grande biodiversité.” On préserve ainsi nature et culture.
“Nos identités et notre singularité”
“Chaque année avec Total Festum, l’Occitanie célèbre toute sa richesse, sa diversité et ses traditions. Populaire, convivial et familial, ce festival rappelle que nos langues et nos cultures ne sont pas des vestiges du passé, mais portent en elles nos identités et notre singularité. Avec une ambition : préserver nos langues régionales, les faire vivre et faire rayonner l’âme de l’Occitanie”, a déclaré la présidente de Région, Carole Delga.
Comme chaque édition depuis 2022, l’affiche du festival a été réalisée par des artistes d’Occitanie. Cette année, c’est le duo d’artistes Les Crafties qui a posé son regard sur les langues et cultures régionales. Le duo sétois a choisi de représenter des silhouettes en mouvement, qui insufflent une énergie collective et racontent la joie de se retrouver au rythme de la musique, ainsi que des formes organiques et spontanées, qui traduisent l’authenticité et l’âme de Total Festum. Le tout porté par une palette solaire et chaleureuse, qui capte le regard et donne envie de plonger dans une expérience festive, conviviale et vivante.
Olivier SCHLAMA
Parlem una cultura viva : 30 mesures pour soutenir les langues régionales

Lancé en 2023 par la Région Occitanie pour renforcer la valorisation et la promotion du catalan et de l’occitan, le plan régional de soutien aux langues et cultures catalanes et occitanes s’appuie sur 30 actions concrètes qui visent notamment à développer la présence des langues régionales dans la société (signalétique des lycées, SNCF et bâtiments régionaux, espace numérique, communication, PNR) ; renforcer la place des langues et des cultures régionales dans l’enseignement (convention Région -Éducation Nationale, ouverture de sections bilingues) ; encourager les outils numériques d’apprentissage (projets éducatifs et outils pédagogiques).
Mais aussi à accompagner les projets des communes ; poursuivre le soutien aux opérateurs régionaux (réaménagement du Cirdoc pour l’accueil des scolaires, nouvelles conventions avec l’Office public de la langue occitane et l’Office public de la langue catalane pour développer l’enseignement de la maternelle au lycée, etc.) À ce jour, plus de 93% des mesures prévues dans le cadre de ce plan sont déjà réalisées ou engagées dans différents domaines (enseignement, formation, attractivité du territoire, recherche, innovation, etc.).