Écoles : Les Elco, ces classes où s’apprend l’arabe hors des cours classiques

Les Elco, c'est l'un des dispositifs nationaux les plus anciens : "Il date de 1977 et vise à permettre aux enfants de populations d'immigrés de rester en contact avec leur langue maternelle." Petit à petit, il s'est étendu à d'autres populations non autochtones ou venues sur le territoire français également pour des raisons politiques ou personnelles. Photo d'illustration : Dominique QUET.

Étonnant. Les Elco c’est un vieux dispositif, très discret, piloté par l’Éducation nationale et plusieurs pays partenaires liés par des accords internationaux. Sa philosophie : en dehors des heures de cours classiques, on enseigne plusieurs langues étrangères, dont majoritairement l’arabe, à quelque 85 000 enfants en France, du CE1 au CM2, dont 3 435 sont concernés dans l’académie dont 2 000 dans l’Hérault. Le principe : favoriser leur intégration tout en maintenant le lien avec leur langue maternelle enseignée par des professeurs étrangers « dûment diplômés ». Et éviter ainsi les dérives. L’ancien directeur de cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, explique pourquoi, selon lui, le dispositif « n’est pas satisfaisant ».

« Attention, nous veillons scrupuleusement à la qualité des cours ; à ce que ces professeurs soient dûment diplômés ; qu’ils aient des visites de contrôle ; qu’ils soient bien formés et, à défaut, qu’ils nous soient signalés… » prévient Brigitte Mirande, inspectrice d’académie chargée dans l’Hérault des Elco, pour Enseignement des langues et des cultures d’origine.

Les Elco, c’est l’un des dispositifs nationaux les plus anciens : « Il date de 1977 et vise à permettre aux enfants de populations d’immigrés de rester en contact avec leur langue maternelle. » Petit à petit, il s’est étendu à d’autres populations non autochtones ou venues sur le territoire français également pour des raisons politiques ou personnelles. Il est co-piloté par l’Éducation nationale et les pays signataires de conventions (Maroc, Algérie et Turquie en ce qui concerne le département de l’Hérault) qui paient les salaires des professeurs qui enseignent dans les écoles de la République, en dehors des cours traditionnels, conformément à une directive européenne. Et comme on semble le redécouvrir : c’est au primaire que tout se joue. Y compris l’enseignement des langues.

Le principe qui fonde ces enseignements Elco, à l’origine, est que la maîtrise de la langue maternelle est un préalable nécessaire à la réussite d’une langue seconde, comme l’explique le ministère de l’Education nationale. « Il s’agit également de structurer la langue parlée dans le milieu familial, favoriser l’épanouissement des jeunes issus de cultures différentes et valoriser la diversité des langues à l’école. » Et, aujourd’hui, accessoirement, s’assurer, autant que faire se peut qu’il y a ait le moins de dérives possibles. Dans une atmosphère post-attentat, c’est, disent ses promoteurs, un gage que l’enseignement qui y sera distillé sera laïque. Il peut y avoir çà et là des réticences de certains parents dont certains ont même parfois lancé des pétitions. « Je n’en ai pas eu connaissance cette année », confie à ce sujet Brigitte Mirande.

Il y a entre 120 et 130 cours deux fois par semaine dans l’Hérault et ils sont assurés par quelque 20 intervenants, dont la plupart sont engagés dans ce dispositif depuis plusieurs années. »

Brigitte Mirande, inspectrice d’académie chargée des Elco dans l’Hérault

« Dans le département de l’Hérault, reprend l’inspectrice d’académie, nous proposons deux langues : l’arabe (avec des professeurs marocains et algériens) et le turc », précise-t-elle. Environ deux mille élèves, du CE1 au CM2,  dans ce département suivent des cours dans leur langue maternelle – l’arabe en majorité -, dispensés deux fois par semaine, la plupart du temps. Souvent, c’est le mercredi quand les autres écoliers sont de repos. « C’est difficile de dire combien d’écoles sont concernées, précise Brigitte Mirande. Parfois il y a plusieurs cours dans une même école. Ce que l’on sait c’est qu’il y a entre 120 et 130 cours deux fois par semaine dans l’Hérault et ils sont assurés par quelque 20 intervenants, dont la plupart sont engagés dans ce dispositif depuis plusieurs années. »

« Tous les élèves peuvent suivre des cours d’Elco, quelle que soit leur nationalité. Les cours respectent le principe de laïcité et toute la réglementation de l’enseignement en France.

Elisabeth Aubois, directrice académique adjointe des services académiques du Gard et référente sur le sujet pour l’académie de Montpellier

Pour Elisabeth Aubois, directrice académique adjointe des services académiques du Gard et référente sur le sujet pour l’académie de Montpellier, « des accords binationaux sont signés avec l’Algérie, la Croatie, l’Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie. Les professeurs sont mandatés par les pays d’origine. Les cours commencent à partir du CE1. A partir de le rentrée 2017, l’Espagne ne met plus à disposition de professeurs, les cours d’espagnol sont assurés par des professeurs français dans le cadre ordinaire de l’enseignement des langues vivantes à l’école. »

Élisabeth Aubois poursuit : « Tous les élèves peuvent suivre des cours d’Elco, quelle que soit leur nationalité. Les cours respectent le principe de laïcité et toute la réglementation de l’enseignement en France. En fonction des disponibilités des professeurs, les cours peuvent représenter de 1h30 à 3 heures d’enseignement par semaine en dehors du temps scolaire. Ils ont lieu dans les écoles sous la responsabilité du directeur. »

Au total, quatre langues sont enseignées dans l’académie de Montpellier : le portugais, le marocain, l’algérien et le turc. Dans l’académie, les effectifs toutes langues confondues sont au nombre de 3 435 élèves. Pour l’année 2017-2018 les mêmes langues sont enseignées, avec une légère progression du portugais. Dans le détail : les effectifs portugais sont au nombre de 51 élèves ; les effectifs marocains atteignent 2 615 ; les effectifs algériens : 446 et les effectifs turcs : 323.

« Les Elco vont continuer à fonctionner selon le même dispositif puisque les accords avec les ambassades des pays d’origine perdurent.

Ce dispositif fonctionne-t-il de façon satisfaisante ? « Oui, répond la directrice académique adjointe des services académiques du Gard. Il fonctionne de façon satisfaisante car les enseignants, mandatés par les ambassades de leur pays d’origine, sont des professeurs expérimentés. Ils sont associés au plan de formation des professeurs de langue des départements et ils sont visités en classe par des conseillers pédagogiques et inspectés par des inspecteurs de l’Éducation nationale. Ils interviennent dans les écoles sous la responsabilité des directeurs d’école. »

les Elco vont-ils continuer à exister tels qu’ils sont aujourd’hui ? Ou bien vont-ils évoluer ? Élisabeth Aubois l’affirme : « Les Elco vont continuer à fonctionner selon le même dispositif puisque les accords avec les ambassades des pays d’origine perdurent. A la rentrée 2018, il n’y aura cependant plus de distinction entre algérien, marocain, tunisien qui seront regroupés sous le vocable « arabe ».

On s’est aperçu que cela créait potentiellement du communautarisme et que cela enfermait les jeunes »

Olivier Noblecourt, ex-directeur de cabinet de Najat Vallaud-Belkacem

Les Elco devaient disparaître. La précédente ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait même dit qu’il n’y avait pas d’enseignement de qualité et que l’on était dans une « logique de l’entre-soi » (le Monde du13 février 2016). Pour l’instant, ils ont résisté à toutes les tempêtes. Et toutes les élections.

« En fait, Najat Vallaud-Belkacem s’est aperçue très tôt que ce dispositif n’est pas satisfaisant ; son discours sur la laïcité de décembre 2014 en témoigne et c’était bien avant les attentats de Charlie Hebdo« , argue Olivier Noblecourt. L’ancien directeur de cabinet de l’cx-ministre de l’Education nationale explique que « du point de vue pédagogique il n’y avait pas de référentiel existant pour ces enfants d’origine étrangère qui doivent concilier de garder le lien avec leur langue maternelle et leur intégration en France. On s’est aperçu que cela créait potentiellement du communautarisme et que cela enfermait les jeunes ».

Actuel délégué interministériel chargé de la stratégie de la lutte contre la pauvreté, Olivier Noblecourt confie également que « nous avons commencé à négocier avec les pays d’origine pour que l’on supprime ces Elco et que l’on intègre ces langues étrangères dans l’enseignement commun. On a réussi avec le Portugal, et en partie avec la Tunisie, le Maroc et l’Algérie mais il semble qu’actuellement  le stand by prévale. Il faut dire que supprimer les Elco, beaucoup en parlent mais ce n’est pas facile : il faut dénoncer des accords internationaux et les remplacer par d’autres ou, carrément, les supprimer unilatéralement. Et là, on se heurte à la diplomatie française… » La France a signé des accords avec l’Algérie, le Maroc, la Turquie, la Croatie, la Serbie et le Portugal.

La candidate frontiste proposait également, lors de la présidentielle de 2017, la suppression des Elco délivrés à 85 000 écoliers par des maîtres étrangers, et dont la gauche a entrepris, en 2016, la transformation en sections internationales, laissant entendre que l’école française aurait perdu sa mission première de maîtrise du français et d’« assimilation » à la République.

Olivier SCHLAMA