La possible interdiction d’accès aux véliplanchistes et autres wingsurfeurs de l’étang d’Ingril n’est pas une bonne nouvelle pour les pratiquants libres. Ni pour les autres sites déjà surchargés dont certains, en mer, n’offrent pas les mêmes conditions de sécurité par tramontane. Une difficile cohabitation avec les pêcheurs professionnels en serait la cause. Faux, s’insurge Delphine Termignon, présidente du Thau Kite Club qui a pris la tête des contestataires, avec pétition et rassemblement samedi.
Pétole règne sur l’étang d’Ingril à Frontignan en ce dimanche de Pentecôte. Une famille lyonnaise marche dans l’eau sans oser s’y baigner. Au loin, un pêcheur à pied mais pas une voile qui se gonfle ou une planche à voile qui trace. Ciel céruléen et plan d’eau vide. Et cela pourrait durer ; non pas parce que le vent ne s’y lèvera plus mais parce que les pratiquants de sports de glisse risquent d’être écartés par les pouvoirs publics de cette lagune, spot hyper-connu depuis un demi-siècle dans tout le Sud de la France et qui a sans nul doute participé à l’émergence de champions. Pour ceux qui s’offrent une session gratuite. Et, grâce sa configuration, fermée, offre une sécurité importante pour les néophytes.
Pétition en ligne, rassemblement samedi à Ingril
Alors qu’un nouvel arrêté préfectoral doit être en effet publié dans les tout prochains jours, la préfecture maritime, basée à Toulon, fait savoir qu’elle “ne souhaite pas communiquer sur ce sujet. Une communication pourrait être envisagée ultérieurement en lien avec la municipalité de Frontignan”. Contacté également le maire de la cité muscatière n’a pas répondu à nos sollicitations.
Au total, une cinquantaine de pratiquants par jour ne pourraient plus naviguer sur Ingril ; cela veut dire aussi que l’on menace d’autres sites qui vont se surchargés et qui, aux yeux des pouvoirs publics, deviendront trop dangereux…”
Delphine Termignon, présidente de TKC
Delphine Termignon, présidente du Thau Kite Club (TKC), rappelle qu’il y a déjà actuellement un arrêté qui réglemente les usages sur Ingril, avec une zone de navigation partagée, qui a été pris après de précédents conflits. Delphine Termignon a lancé une pétition en ligne et organise un rassemblement sur site samedi prochain, de 10 heures à midi, elle est dans “l’incompréhension la plus totale. On invite les gens à venir nombreux et à envoyer un courrier au maire parce que cette affaire touche beaucoup de monde : les pratiquants bien sûr mais également tout un écosystème fort dans le département : du tourisme, l’économie locale (beaucoup de gens viennent pour pratiquer ici) à travers des magasins spécialisés ; des écoles qui existent un peu partout. Au total, on a calculé qu’une cinquantaine de pratiquants par jour ne pourraient plus naviguer sur Ingril ; cela veut dire aussi que l’on menace d’autres sites qui vont se surcharger et qui, aux yeux des pouvoirs publics, deviendront sans doute trop dangereux…”
“Tout le monde attendait cette révision, y compris les riverains ; on pensait discuter…”

Certes, il fut un temps où les conflits d’usage minaient le vivre ensemble entre pêcheurs professionnels et véliplanchistes, wing-surfeurs et kite-surfeurs. Mais, à l’en croire, cette époque serait révolue. “Les pêcheurs peuvent placer des filets où ils veulent. Nous, on est cantonnés à une zone et à des horaires. C’est cela depuis trois ans. On a sensibilisé les gens. Depuis deux ans, tout est calme. Quand on nous a annoncé qu’il allait y avoir une révision de l’arrêté, on pensait qu’il allait y avoir un dialogue. En fait, la réunion du 30 avril en mairie a commencé, avec la prud’homie de la pêche, le Comité régional des pêches. Tout le monde attendait cette révision, y compris les riverains ; on pensait discuter. Il y avait eu une premier bilan de cet arrêté où tout le monde avait dit : on reste comme on est. Les pêcheurs avaient dit quand même que les autres pratiques sont incompatibles, demandant l’exclusion des pratiquants libres ; notre association en serait exclue également.”
Une commission nautique se tient ce mardi

Résultat, ce mardi matin, se tient “une commission nautique, consultative, avant la publication de l’arrêté conjoint ville-préfecture. Mais ils ont décidé que nous n’étions plus membre permanent… On n’a plus voix au chapitre. A la place, ils ont mis une association de chasseurs maritimes. Les écoles de sports de glisse, elles, y sont toujours”. Une façon de préparer le terrain à l’interdiction des pratiquants libres à l’étang d’Ingril, à Frontignan. “Les pouvoirs publics veulent réserver cet étang à la pêche et aux écoles locales, pas aux pratiquants libres” qui viennent tirer des bords pour leur plaisir.
“La mairie n’a jamais voulu prendre position”
Qu’en dit le maire de Frontignan ? “Lors de la dernière réunion, il était présent et il dit que ce n’est pas de la responsabilité de la mairie et dit qu’il ne peut pas s’opposer à la préfecture maritime, rapporte Delphine Temignon. Or, la préfecture rétorque dans ce genre de réunion que la municipalité peut exercer pleinement son pouvoir de police. En disant, si vous ne faites pas, on fera à votre place. La mairie n’a jamais voulu prendre position. C’est pour cela que la préfecture a tranché et comme la pêche est prioritaire dans le Scot…”
Certes, on peut aller en mer mais ce n’est en rien sécurisé : par temps de tramontane, le risque de dérive au large est grand. C’est dangereux”

Cette affaire crée, en tout cas, un précédent et s’inscrit dans une philosophie plus globale. “Déjà, le parking de la zone d’Ingril a été divisée par deux il y a quelques années. D’un site de 100 places on est passés à 50 places. De fait, on est moins nombreux.”
Conclusion, si demain interdiction est faite aux pratiquants libres, les autres sites vont être possiblement sur-fréquentés. Et peut-être in fine… fermés pour cette raison. À Sète, il y a deux sites complémentaires. L’un en mer, pour des orientation de vents qui viennent de la mer et le second sur l’étang de Thau, au Pont-Levis, pour rider en sécurité par tramontane. Surnommé la Seiche, “c’est un site qui l’an prochain sera réduit de moitié et, avec 100 places, le parking est toujours plein dès qu’il y a du vent… Certes, on peut aller en mer mais ce n’est en rien sécurisé : par temps de tramontane, le risque de dérive au large est grand. C’est dangereux. On ne peut pas y envoyer tout le monde !”
“Avoir une logique de territoire”
Delphine Termignon élargit le propos : “Aujourd’hui, il faut avoir une logique de territoire sur cette problématique. Il y a environ une trentaine de pratiquants de sports de glisse sont présents en même temps sur Ingril. Du côté de Mèze, qui est déjà plein, il n’est pas praticable par tramontane ; à Port-Camargue, qui a une orientation mer, est aussi surchargé. Tout le monde l’appelle d’ailleurs « la Chine” ; il y a encore un autre site, l’étang du Ponant mais il est interdit aux kite-surf, il n’y a pas assez de place pour décoller en sécurité, les planches à voiles et les wings sont les seuls acceptés.”
Il arrive qu’il y ait 100 ou 150 planches à voile et kitesurf, souligne-t-il. C’est énorme. Et ils ne respectent pas les matériels… Ni les horaires…
Jean-Marie Ricard, 1er prud’homme pêcheur

Pour Jean-Marie Ricard, premier prud’homme de la pêche, il y a trop de monde, trop de pratiquants de sports nature sur Ingril. Et il faut que les pêcheurs puissent travailler tranquillement. “Exactement”, dit-il. “Il arrive qu’il y ait 100 ou 150 planches à voile et kitesurf, souligne-t-il. C’est énorme. Et ils ne respectent pas les matériels… Ni les horaires… On leur avait pourtant agrandi la surface sur laquelle ils pouvaient pratiquer. Rien n’a été respecté. Avant, il y avait des centaines de flamants roses, des canards, des oiseaux limicoles, etc. Et depuis que l’étang est occupé par des véliplanchistes, il n’y a plus rien. Or, la nature c’est important. Anguilles, dorades, joels, cranques… La biodiversité est très importante dans cette zone. Les véliplanchistes le seront de moins en moins. Même si le vent se lève.
Olivier SCHLAMA