Patrick Boucheron, Pascal Blanchard, Dominique Sopo, Marion Jacquet-Vaillant… Pour sa cinquième édition qui s’étire sur tout le mois de juin, la manifestation éclectique propose conférences, rencontres littéraires, documentaires… Et promeut, en toile de fond, un débat apaisé face à l’extrême droite. Comme l’explique l’historien Nicolas Lebourg.
L’heure n’est pas encore aux programmes politiques mais il en est un, citoyen, qui, déjà, évite l’écueil du face-à-face improductif dont le seul mot rassemble et résume tous les autres : ensemble. Le riche festival Nostre Mar, antiraciste, mais qui en a dépassé le concept pour ne pas participer à la polarisation du débat, ce sont des conférences, débats, rencontres littéraires, cinéma et documentaires, concerts, spectacle, expositions, atelier culinaire, visite guidée et tournoi sportif. Et même DJ set ! Pour sa cinquième édition, le festival Nostre Mar vous entraîne de Perpignan à Narbonne durant tout le mois de juin.
“Notre philosophie et celle de tous nos partenaires est simple : soyons ensemble”

“Avec vous, artistes, chercheurs et associations explorent d’où l’on vient, regardent le monde tel qu’il est, et imaginent ce qu’il pourrait devenir”, est-il expliqué dans l’édito. Dans un temps ou tout semble se durcir, ou les opinions s’entrechoquent plus qu’elles ne se rencontrent, nous créons des espaces où l’on peut encore apprendre et échanger sans s’affronter les uns les autres.”
Porté par SOS Racisme et des bénévoles, le festival “combat le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, l’islamophobie, la haine anti-LGBTQ+ ainsi que le climato-négationnisme, c’est défendre ce que nous sommes et notre goût de l’espoir. Notre philosophie et celle de tous nos partenaires est simple : soyons ensemble”.
L’historien Pascal Blanchard, la politiste Marion Jacquet-Vaillant…

Il y aura le… “brunch” (!) avec le passionnant historien spécialiste du fait colonial, Pascal Blanchard, dans la surprenante et dynamique librairie Oxymore le 18 juin à 12h30 (sur le port), par exemple, suivi, au Nautilus à Perpignan pour une conférence sur France-Algérie, un passé qui ne passe pas ? Il y aussi la conférence-débat la veille, le 17 juin nommée : On ne naît pas d’extrême-droite, one le devient, toujours au Nautilus et toujours entrée gratuite. Avec Marion Jacquet-Vaillant, politiste spécialiste des extrêmes droites.
Le thème ? Qui sont ces jeunes hommes travaillés par les questions de leur identité et de leur masculinité ? Comment se socialisent-ils à une version radicalisée des mémoires nationales ? Structures de la mouvance, impact des applications type Telegram, rêves et rancœurs des nationalismes : c’est une soirée pour comprendre la polarisation à l’extrême droite d’une part conséquente de ces jeunesses que l’on dit “identitaires”.
Expo photo révélant un “territoire partagé, riche de beauté et traversé d’enjeux humains et politiques”
Le mardi mardi 16 juin 2026, à 18h30, notez une rencontre littéraire au Nautilus, à Perpignan (entrée libre), avec avec Jean-Jacques Bedu, animé par Elisa Iglesias de la Librairie Torcatis. “Dans le premier tome de L’Odyssée du savoir (Cerf, 2026), Jean-Jacques Bedu nous entraîne aux sources des croyances – l’ouvrage dispose d’un site internet très complet. Des rituels chamaniques du paléolithique aux pyramides d’Égypte, nous redécouvrons ce qu’est la civilisation méditerranéenne et l’histoire de la quête humaine de sens, et de ceux qui l’ont détournée”, dit la présentation.

Ce samedi, au Coworking Coffe à Perpignan, le vernissage d’une expo photo de Christopher Pereira. “Cette exposition explore la Méditerranée comme un espace de vie et de passages. Elle mêle paysages, scènes du quotidien et traces de mémoires, révélant un territoire partagé, riche de beauté et traversé d’enjeux humains et politiques.” Ce même samedi 6 juin, à 18h30, conférence–débat au Nautilus, à Perpignan (entrée libre). Avec le géographe David Giband, le juriste Dominique Sistach, de l’Université de Perpignan-Via Domitia et Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Deux des coauteurs de Perpignan, déclassement et droitisation (Trabucaire, 2026) ainsi que le président de SOS Racisme traitent des fractures sociales dans notre territoire, et par-delà, à l’échelle nationale.
“(…) d’une délicatesse assez extraordinaire qui a fait du bien à tout un chacun”
Il y eu, auparavant, le 2 juin, la conférence d’ouverture Penser les Mémoires au Mémorial de Rivesaltes avec Patrick Boucheron, professeur au Collège de France. “Nous avons dû, hélas ! refuser du monde pour des raisons de sécurité, commente Nicolas Lebourg, co-organisateur. C’était une soirée, et c’est tout le talent de Patrick Boucheron, d’une délicatesse assez extraordinaire qui a fait du bien à tout un chacun. On peut parler de sujets graves et en même temps essayer de conserver une certaine bonne humeur. Même quand il répond aux gens…”
Nous essayons de représenter un humanisme de combat. Et quand il est à la bagarre, il peut vaincre parfois. Ça fait pas de mal que ça de se le dire en cette époque !”
Nicolas Lebourg
Il dévoile que “le fil rouge de cette année, c’était d’essayer d’être à la fois profond et cool. On proposons des soirées qui continuent avec des DJ ; c’est une façon de dire aux gens : on vous propose une soirée Pascal Blanchard ou Benjamin Stora où l’on va parler profondément de France-Algérie mais qu’ils peuvent rester : c’est bien aussi de danser ! Avant la soirée avec Boucheron, il y avait aussi un vernissage de dessins satiriques de presse…”

Il y eut également la projection d’un documentaire sur Badinter et la peine de mort. Ce qui fait dire à Nicolas Lebourg que “cette programmation est éclectique et très ouverte. Avec une pluralité d’approches. Nous essayons de représenter un humanisme de combat. Et quand il est à la bagarre, il peut vaincre parfois. Ça fait pas de mal que ça de se le dire en cette époque !” Quelque chose de cathartique. “Cela permet de se rendre compte de sa propre force. Alors que l’on a l’impression de toutes parts dans ce monde que l’humanisme est quelque chose voué à liquidation. On n’est pas là pour faire de la câlinothérapie. Mais notre approche est assez équilibrée.”
Et d’affirmer que “combattre frontalement l’extrême-droite ne sert à rien. Sinon à contribuer à la polarisation du débat qui est effrayante ; tous ces gens qui s’injurient à longueur de temps à la moindre différence ; c’est un Rubicon sur tout…” Où l’extrême-droite sort le plus souvent gagnante. “Il faut avoir un débat apaisé…”
Olivier SCHLAMA