Printemps des Poètes : De Brassens à James Sacré, la poésie se refait une jeunesse

"Nous, les enfants de Ferdinand-Buisson, on aime aller à la récréation ; on aime jouer et se dire des secrets, on aime jouer à la corde à sauter..." Les enfants de l'école Ferdinand-Buisson de Sète ont conçu 11 hymnes à leur école, comme l'explique le directeur, Jérôme Saix. Photo : Olivier SCHLAMA

Qu’elle soit en quête d’absolu, d’un émerveillement, qu’elle se montre engagée ou revendiquant simplement l’amour de la langue, la poésie est bien vivante ! Plusieurs exemples en témoignent dans la région. A Sète, à l’école Ferdinand-Buisson, à la Maison de la Poésie ou au musée Fabre à Montpellier, à Toulouse ou dans les Corbières, on a participé avec succès au Printemps des poètes.

Même si au fronton les lettres de son nom font un peu… l’école buissonnière, l’école Ferdinand-Buisson, à Sète, a la poésie vivace. Elle marche tout entière sur les traces éternelles de Brassens. Pris d’une fièvre poétique, ses élèves ont composé un hymne à leur école. Ou plutôt plusieurs, 11 pour être précis ! Le premier paragraphe de l’un des textes créé par des élèves de CP (6 ans !) : « Nous, les enfants de Ferdinand-Buisson, on aime aller à la récréation ; on aime jouer et se dire des secrets, on aime jouer à la corde à sauter. Ma parole, j’ai du bol d’aller dans cette belle école… » Séquence émotion, vendredi 15 mars, à l’Espace Brassens, à Sète, à l’écoute de ces « hymnes » élaborés par les dizaines enfants de l’une des ancestrales écoles de l’île Singulière.

Onze hymnes de l’école !

Ph. O.SC.

« L’idée de départ, c’était d’écrire l’hymne de l’école, explique Jérôme Saix, le directeur de Ferdinand-Buisson, en présence d’Hervé Merz, élu représentant le maire. Finalement, on s’est retrouvés avec 11 textes magnifiques que les enfants ont chantés. Et l’option – difficile ! – sera de faire un 12e texte qui sera, lui, le véritable hymne en mélangeant les 11 autres. » Directrice de l’Espace Brassens, Catherine Mata s’est émerveillée de cet événement préfigurant des ateliers spécialement réalisés pour un très jeune public, de zéro à cinq ans, à la rentrée.

Plus de 300 bibliothèques et médiathèques, des centaines d’écoles, collèges, lycées et universités, des centres et espaces culturels, des châteaux… participent au Printemps des poètes

Ph. O.SC.

Ce « printemps de Buisson » comme s’appelle cette exposition de jolis textes visibles à l’Espace Brassens jusqu’au 31 mars s’intègre à une manifestation nationale qui fête ses 20 ans : le Printemps des poètes, dont le thème est cette année la beauté. Une manifestation à laquelle participent plus de 300 bibliothèques et médiathèques ; des centaines d’écoles élémentaires, de collèges, de lycées et d’universités ; des cafés-librairies, des centres et espaces culturels, des châteaux (de Montsoreau, de Hautsegur), des compagnies théâtrales, des Ehpad, des établissements de soins palliatifs, des fondations, des galeries d’art, des hôpitaux, des librairies, des Mairies, des Maisons de Poésie, des musées, des prisons, des théâtres… Un vrai succès !

Depuis quelques années, la poésie renoue avec une vraie popularité. Notamment auprès des jeunes. »

Annie Estèves, présidente de la Maison de la Poésie de Montpellier.

Comme le confirme Annie Estèves, ex-prof de lettres et présidente de la Maison de la Poésie Jean-Joubert, à Montpellier. Une belle structure pilotée par seulement dix bénévoles qui ont la foi et dont le budget est apporté par la Ville de Montpellier, la Métropole, la région Occitanie et le département de l’Hérault.

Jeunes poètes à la Maison de la poésie de Montpellier. Photo : DR.

« Nous sommes ravis de cette 20e édition qui est bien suivie, dit-elle. Depuis quelques années, la poésie renoue avec une vraie popularité. Notamment auprès des jeunes, exprime Annie Estèves. La poésie touche beaucoup de monde surtout dans ce climat de crise et d’incertitudes actuels. Elle apparaît comme fondamental. Et son image est dépoussiérée. Les enfants se rendent compte que ce n’est pas élitiste. C’est une ouverture au monde. Une langue universelle. Le Festival de poésie à Lodève puis de Sète, Voix Vives, en invitant des poètes de la Méditerranée démontre que, dans certains pays, c’est même une pratique naturelle, une pratique sociale en Amérique du Sud ou dans les pays bordant la Méditerranée. La scène slam, la poésie sonore ont participé à ce dépoussiérage… La poésie est aussi devenue scénique : les jeunes auteurs ne conçoivent pas autrement que de réaliser des lectures publiques » Elle certifie que « les écoliers ont une vraie appétence pour la poésie, surtout quand les enseignants leurs lisent des textes puissants. C’est après, avec les examens, qu’il y a une rupture… »

Les gens ont seulement envie de se retrouver. Et d’entendre une parole hors des frontières. Nous sommes axés sur la poésie sonore, de performance et d’action. » Avec mes collègues d’autres théâtres, on constate un regain de fréquentation général ».

Didier Roux, du festival les Bruissonnantes, à Toulouse.

La Maison de la poésie a même créé il y a deux ans un groupe de création baptisé Les Nouvelles voix d’ici. « On recevait déjà beaucoup de manuscrits », une centaine par an, confie Annie Estèves. La Maison de la poésie, qui n’est pas éditeur, a donc ajouté un comité de lecture pour conseiller les auteurs, présidé par le poète James Sacré. « Ce comité se réunit deux fois par an pour désigner quatre aspirants-auteurs qui viennent lire leurs textes. Ce sont souvent de jeunes auteurs dont trois se sont d’ailleurs investis dans notre dispositif. »

Les Bruissonnantes. Ph. DR.

Chargé du festival les Bruissonnantes, à Toulouse, créé il y a huit ans, dans un petit théâtre, le Hangar, à Toulouse, Didier Roux rejoint Annie Esteves de la maison de la poésie de Montpellier : « Nous faisons le plein et peut être davantage cette année. Peut-être est-ce dû au fait que les gens ont seulement envie de se retrouver. Et d’entendre une parole hors des frontières. Nous faisons des prix bas. Il n’y a pas de plateau de stars. Nous sommes axés sur la poésie sonore, de performance et d’action. » Avec ses collègues d’autres théâtres, il confirme « un regain de fréquentation général ».

Il y a un besoin de ces soirées de partage où l’on dit des mots simples où l’on vient avec ce que l’on est pour vivre une émotion… »

Franck Cantereau, Eurocultures en Corbières

A Eurocultures en Corbières (1), Franck Cantereau ne dit pas autre chose : « Pour la 5e année, ça marche à fond ! » L’association, fondée il y a plus de 20 ans, « on travaille les textes, avec des réunions mensuelles de lecteurs venus de cinq ou six villages avec chaque fois une trentaine de lecteurs. Un travail se terminant en apothéose poétique avec cette année deux soirées qui, elles aussi, font le plein. Cette année, le slam est à l’honneur. Ce qui n’est pas évident pour un public qui a souvent dépassé la barre des 40 ans. Mais ça marche. « Il y a, c’est vrai, un regain. Peut-être parce que les gens ont besoin de ces soirées de partage où l’on dit des mots simples où l’on vient avec ce que l’on est pour vivre une émotion. »

Olivier SCHLAMA

  • A Eurocultures en Corbières, ce sont deux soirées les 22 au foyer de Palairac et 23 mars au château Villerouge Termenès. Conseillé de réserver au plus tôt !
  • Le printemps des Poètes, c’est aussi au Musée Paul Valéry à Sète ce vendredi  22 mars – 18 h 30 avec Salah Stétié et Patrick Vendrin (comédien). Frédérique Sonnet (flûte traversière, voix) Salah Stétié. Grande voix de la poésie contemporaine, célébrant à la fois une langue française très pure et les traditions de la poésie arabe, il est l’auteur d’une oeuvre poétique abondante. Prix de l’Amitié franco-arabe pour Les Porteurs de feu (Gallimard, collection « Les Essais ») ; prix Max Jacob ; Grand Prix de la francophonie de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre, etc.
  • Musée Fabre : Samedi 23 mars
    Le musée Fabre invite la Maison de la Poésie Jean Joubert le samedi 23 mars à 15h pour une déambulation poétique et musicale sur le thème de la beauté au sein des collections permanentes. Gratuit sur présentation du billet d’entrée.
     Et aussi : atelier d’écriture : poésie de la beauté cachée.
    Cet atelier d’écriture invite à découvrir la beauté cachée de l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran – département des arts décoratifs du musée, au rythme de votre poésie. Atelier animé par Claire Musiol, suivi d’une courte visite guidée.
    Renseignements & inscriptions : inscription.museefabre@montpellier3m.fr
    Prix des billets : Plein tarif 8€, Pass Métropole 7€ et tarif réduit 5.50€.    
    En savoir plus : www.museefabre.montpellier3m.fr