Occitanie : Les aires protégées concilient protection de la nature, tourisme et agriculture

Les aires protégées d’Occitanie en vert. Ph. IGN-Insee Occitanie

Dans la région, les aires protégées représentent 38 % du territoire, explique l’étude de l’Insee Occitanie, où l’on s’aperçoit que le fort potentiel touristique cohabite avec protection de la biodiversité, élevage et viticulture. Une richesse.

En 2025, les aires protégées terrestres s’étendent sur 38 % du territoire de la région Occitanie, les trois quarts de ces aires se situant en zone de montagne. Mieux, un habitant d’Occitanie sur dix y réside, en moyenne plus âgé que dans les territoires comparables non protégés de la région, principalement dans des communes rurales. Les trois quarts de cette surface se situent en montagne.

Ces territoires, qui participent activement à la préservation de la biodiversité, résume l’Insee Occitanie, “disposent d’une capacité d’accueil touristique dense et d’activités économiques orientées vers la satisfaction des besoins des habitants et des visiteurs. Ils regroupent également de nombreuses exploitations agricoles majoritairement consacrées à l’élevage extensif et à la viticulture”. Et : “La population y est plus âgée que dans les territoires comparables non protégés : 30 % des habitants ont 65 ans ou plus, contre 26 % dans le référentiel de comparaison.”

L’Occitanie, 3e région avec le plus d’aires protégées

Lac de Puydarrieux, un site Natura 2000 au cœur du système Neste. Photo : CACG

Entrons dans le détail. En occupant 27 500 km2, les aires protégées couvrent 38 % du territoire de l’Occitanie, plaçant la région à la 3e place des régions de France métropolitaine où la part de la surface protégée est la plus élevée, après Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse. Cela va plus loin, malgré la pression démographique qui ne les touche que très peu, en Occitanie, 2,3 % du territoire est sous protection forte contre 1,6 % au niveau national avec des parts variables (3 % dans le Gers, 59 % en Ariège). La protection forte est quasi absente dans le Gers, le Tarn ou en Aveyron alors qu’elle atteint 15 % en Lozère. La très grande majorité (96 %) de la surface protégée est localisée dans des territoires ruraux et des petites villes.

Potentiel touristique important

Les aires protégées d’Occitanie disposent d’un potentiel d’accueil touristique important. “L’offre d’hébergements touristiques marchands y est dense et les structures d’accueil variées, rappelle l’Insee. La densité touristique dans les aires protégées (7,3 places au km²) dépasse celle des territoires comparables non protégés (6,3 places au km²).”

Campings, hôtels, villages de vacances et gîtes collectifs disposent d’une capacité d’accueil touristique de 204 000 places dont les trois quarts sont dans les campings. “L’offre d’accueil en aire protégée est cependant contrastée selon les départements. Dans le Gard, les Hautes-Pyrénées et l’Aude, la densité touristique en aire protégée est 2 à 3 fois plus forte que dans le référentiel de comparaison. Dans les Pyrénées-Orientales et l’Hérault, la densité touristique est moins forte dans les aires protégées car l’offre touristique se situe essentiellement sur le littoral en dehors des zones terrestres protégées.” À cette offre d’hébergement collectif, collectif s’ajoutent 119 000 résidences secondaires qui contribuent à la capacité d’accueil touristique, représentant 28 % des logements contre 11 % dans le référentiel de comparaison.

L’économie des aires protégées est tournée vers les habitants et… les touristes

Cascade de Rabat les Trois-Seigneurs, en Ariège. Ph Olivier SCHLAMA

Quelque 1 500 boucles de randonnée et parcours de course d’orientation, 1 200 équipements de sports de nature, 125 sites d’activités aériennes, 70 zones de baignades aménagées, 35 domaines skiables… Ces équipements y sont jusqu’à 3,5 fois plus présents que dans les territoires comparables non protégés, selon le type d’équipement. L’économie des aires protégées est tournée vers les habitants et… les touristes. En 2022, 64 800 salariés travaillent dans un établissement marchand non agricole implanté dans une aire protégée, soit 5 % des emplois marchands non agricoles d’Occitanie. Parmi ces emplois, 64 % relèvent de la sphère présentielle – médico-social, commerces hébergement, restauration, transport – destinée à la production de biens et services pour satisfaire les besoins des habitants ou des touristes. C’est dix points de plus que dans les territoires comparables non protégés.

Une exploitation agricole sur six dans une aire protégée

Balade au crépuscule et de nuit au coeur du parc naturel régional des Pyrénées-Ariégeoises. Photos : Olivier SCHLAMA

Enfin, une exploitation agricole sur six en Occitanie se situe dans une aire protégée. Les activités de services ne résument pas la vie économique des territoires en aires protégées. Cette dernière s’appuie également sur une production agricole extensive. En Occitanie, 17 % des exploitations agricoles sont implantées dans une commune majoritairement située en aire protégée, soit 10 800 exploitations sur les 64 370 de la région en 2020.

En 2020, l’agriculture en aire protégée mobilise 15 800 emplois en équivalent temps plein soit 17 % de l’emploi agricole de la région. Dans les territoires protégés, sept emplois agricoles sur dix sont situés en zone de montagne. L’élevage est l’activité agricole dominante dans les aires protégées. L’élevage d’ovins ou de caprins représente à lui seul 30% des emplois agricoles en équivalent temps plein

La part des emplois relevant de ce secteur est cinq fois plus élevée dans les aires protégées que dans le référentiel de comparaison. Elle est également plus importante pour l’élevage de bovins à viande (cinq fois plus que dans le référentiel) et pour l’élevage des équidés (2,6 fois plus). La viticulture est le deuxième secteur agricole employeur dans les aires protégées (20 %).

Olivier SCHLAMA

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Qu’est-ce qu’une aire protégée ?

En France, il n’existe pas de définition légale unique des « aires protégées ». Le terme regroupe de nombreux dispositifs qui contribuent à protéger des espèces ou des milieux naturels. Une vingtaine de dispositifs de protection spatiale permettent de qualifier des aires protégées en France. La surface protégée est couverte essentiellement par des parcs naturels régionaux et des sites Natura 2000, ces deux dispositifs se recoupant en partie. En Occitanie, les parcs naturels régionaux couvrent 23 % de la région et les sites Natura 2000 18 %.

Quatre grandes catégories

Ordinairement, on classe ces dispositifs en quatre grandes catégories : la protection réglementaire : fondée sur des lois ou décrets (réserves naturelles) ; il y a aussi la protection par maîtrise foncière : lorsqu’un organisme achète et gère des terrains (comme le Conservatoire du littoral) ; la protection contractuelle, basée sur des accords entre acteurs locaux (les parcs naturels régionaux ou les sites Natura 2000).

Lac de Puydarrieux, un site Natura 2000 au cœur du système Neste. Photo : CACG

On compte aussi la protection liée à des conventions européennes ou internationales : c’est le cas des zones humides protégées par la Convention de Ramsar. Ces catégories recouvrent donc des dispositifs très variés qui possèdent chacun leurs spécificités et permettent d’apporter des réponses différenciées aux enjeux spécifiques des territoires concernés. En plus d’un souhait de protéger la nature, certaines aires protégées peuvent viser le maintien du patrimoine culturel, l’exploitation durable de ressources, la sensibilisation et l’éducation à l’environnement, la connaissance scientifique, etc.

“Pour soutenir ces actions, les communes rurales dont une partie significative du territoire comprend une aire protégée bénéficient d’une dotation de l’État de « soutien aux communes pour les aménités rurales.” Cette dotation est majorée dans le cas d’une protection forte. Le terme “aire protégée” recouvre ainsi des niveaux de protection réelle variés. Les activités humaines continuent de s’y exercer tant qu’elles sont compatibles avec le statut de l’aire en question. Seules les aires rattachées aux deux premières catégories peuvent, sous condition, être considérées comme de la protection forte. Cette protection forte désigne les aires protégées où les activités humaines qui pourraient nuire à la nature sont interdites ou fortement limitées, de façon durable et grâce à un contrôle effectif sur le terrain.

Aires protégées et biodiversité

Les principales pressions impactant la biodiversité sont l’artificialisation des sols, la surexploitation des ressources naturelles, l’expansion d’espèces exotiques envahissantes, la pollution et les effets du changement climatique. De ce fait, quel que soit le dispositif de protection, les aires protégées sont reconnues par la communauté scientifique mondiale comme une réponse à l’effondrement de la biodiversité.

C’est leur vocation première : assurer sur le long terme la conservation de la nature.
Il est cependant complexe de comparer l’état de la biodiversité dans les aires protégées avec celui de l’extérieur, notamment en milieu terrestre. Les protocoles de suivi appliqués de manière uniforme sur le territoire sont peu nombreux et la diversité des statuts des aires protégées contribue à limiter les comparaisons.

Les populations d’oiseaux communs ont augmenté de 12,5 % entre 2004 et 2018 dans les réserves naturelles alors qu’elles ont diminué de 6,6 % en dehors

Canal de la Robine, Réserve de Sainte-Lucie (aude) inscrite dans le Parc naturel régional de la Narbonnaise.Refuge Sainte-Lucie (Aude). Photos : Olivier SCHLAMA

Néanmoins, des résultats concrets ont pu être relevés au niveau national. Par exemple, les prairies sont moins détruites dans les sites Natura 2000 qu’en dehors. Les parcs naturels régionaux (PNR) permettent de limiter l’artificialisation des terres : la dynamique de construction sur des terrains naturels est significativement inférieure dans les PNR, malgré le fait que certains PNR soient situés dans des zones de fortes pressions d’urbanisation (par exemple le PNR de la Narbonnaise en Méditerranée).

Selon une étude réalisée en 2019 basée sur un protocole ayant permis de rassembler plus de 200 000 observations d’oiseaux communs, il a pu être montré que les populations d’oiseaux communs ont augmenté de 12,5 % entre 2004 et 2018 dans les réserves naturelles alors qu’elles ont diminué de 6,6 % en dehors. Au-delà de leurs effets positifs pour la préservation de la biodiversité, les aires protégées apportent d’autres bénéfices aux territoires dans lesquels elles sont implantées : gestion maîtrisée du tourisme, mais aussi renforcement de services écosystémiques (qualité de l’eau, régulation des inondations, service de pollinisation, zones de refuge et d’alimentation pour les espèces pêchées et chassées, etc.)

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