Livres : Les coups de coeur de Dis-Leur !

"Stella, l'héroïne de mon livre, n'est ni heureuse ni malheureuse. Comme beaucoup de femmes, elle se sent incomplète ; on peut tous à un moment donné ressentir ce manque, cette insatisfaction." Sandrine Catalan-Massé. Photo : Christophe Catalan.

Sandrine Catalan-Massé, Olivier Martinelli, Annie Philippe… Pour accompagner le passage vers 2018, la rédaction de Dis-Leur a effectué une sélection d’auteurs et de livres à vous recommander. Le fil rouge ? Ils expriment tous, à leur façon, une vérité. Bonne lecture !

Dépêche-toi, la Vie n’attend plus que Toi ! (édition Eyrolles, sortie : mars 2018). La journaliste montpelliéraine Sandrine Catalan-Massé a décroché – un peu – de son quotidien et de ses « papiers » santé, bien-être, et psycho de la presse féminine nationale appartenant à de grands groupes de presse spécialisée à l’instar de Lagardère, Prisma ou Mondari. Elle vient de commettre un joli livre au titre évocateur : Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que Toi ! que la rédaction de Dis-leur a eu le privilège de lire dans sa phase de conception. Le point d’exclamation n’est pas un ordre mais une sorte d’urgence bienveillante s’adressant plus particulièrement aux femmes dans la seconde partie de leur vie et même aux hommes désireux de les comprendre. Stella, son héroïne, exprime un malaise finalement universel qui devrait garantir son succès. Et réussit une métamorphose via la psychanalyse.

« Ces femmes-là, incomplètes, existent vraiment : je les ai connues devant l’école de mes enfants, par exemple…

Sandrine Catalan-Massé
Sandrine Catalan-Massé dans les ruelles historiques de Montpellier. Photo : Christophe Catalan.

« Ecrire ce  livre m’est apparu comme une évidence, pas une urgence. Et je me suis imposé une date pour le terminer », confie l’auteure. A l’été 2016, le pari est gagné. Le scénario ? « Je suis partie d’une feuille blanche, dit-elle. Stella, mon héroïne, a 40 ans. Elle est plutôt jolie, BCBG. Vit à Montpellier. Vit avec un psychiatre de renom et mène une vie a priori rêvée. » Sauf que… Sauf qu’elle a un sacré handicap : Stella est agoraphobe. Donc « totalement dépendante de son mari et de ses deux ados d’enfants. » Ayant renoncé à des études de psycho, sa vie est faite de faux-semblant. « Elle n’est ni heureuse ni malheureuse. Comme beaucoup de femmes, elle se sent incomplète ; on peut tous à un moment donné ressentir ce manque, cette insatisfaction. C’est moi à une certaine période de ma vie. Mais tout n’est pas autobiographique !, précise Sandrine Catalan-Massé. Un événement va bouleverser sa vie « l’obligeant à quitter sa zone de confort, ses habitudes. Et, dans une suite d’événements pas toujours agréables, elle va se confronter à la vie et se révéler à elle-même. Avec peur et humour à la fois. »

« Ces femmes-là, poursuit-elle, existent vraiment : je les ai connues devant l’école de mes enfants, par exemple… » Simple et directe, son écriture fait mouche. Toulousaine d’origine, Sandrine Catalan-Massé a fait des études de journalisme à Paris avant de commencer 17 ans de carrière à Paris. Elle rencontre son futur mari. Désireux d’avoir un enfant, le couple TGV finira par s’installer à Montpellier. Stella a donc un frein polluant singulièrement son existence : l’agoraphobie. « C’est son frein à elle. A chaque femme de trouver son frein. Et de le dépasser. » Pour s’épanouir.

L’Homme de Miel fait l’unanimité : il n’est pas lu mais dégusté comme une douceur

L’Homme de Miel d’Olivier Martinelli. L’écrivain sétois a publié plus qu’un livre, un petit bijou dont nous avions parlé à l’automne. Le dernier livre du Sétois Olivier Martinelli est en librairie depuis le 24 août. L’Homme de Miel fait l’unanimité : il n’est pas lu mais dégusté comme une douceur que l’on se réserve égoistement pour le lire tranquillement dans son canapé fané mais qui nous accueille avec le confort des années enfin devenues sereines.

Olivier Martinelli, auteur de l’Homme de Miel, à Sète. Photo : Hélène Morsly.

Paru Chez Christophe Lucquin éditeur (160 pages, 19 euros), il est devenu en quelques semaines, un petit phénomène d’édition : 35 libraires l’ont choisi comme coup de coeur ! De la librairie Mollat à Bordeaux en passant par l’Acropole à Nice, Sauramps à Montpellier, Decitre à Chambéry ou Clarybde à Paris, etc. L’Homme de Miel s’est frayé un chemin improbable dans cette riche rentrée littéraire.. Lire l’article que la rédaction lui avait consacré ICI : 

Avec Une Enfance au Creux du Larzac – joliment relié à la chinoise -, elle revisite l’enfance de tous. Sans en trahir aucune. Avec l’espoir comme ligne d’horizon

Une Enfance au Creux du Larzac (éditions Le Petit Véhicule, 25 euros). Elle dit : « Nous vivions à trois générations sous le même toit… Ma mère n’était pas très maternelle. Je l’idéalisais… » Vivant aujourd’hui à Sète, Annie Philippe était sans le savoir l’exemple-type d’une enfance tue, dans les cinquante. C’était un autre millénaire. L’auteure a commis un livre de témoignage touchant qui parlera à beaucoup de ceux qui étaient enfants à cette époque mais aussi à tous ceux qui, étouffant dans une vie étriquée, cherchent à dépasser un horizon qu’ils ne voient que bouché. C’était le cas de Annie Philippe.

« C’était un milieu où l’on demandait aux enfants de toujours se taire ; où l’on ne répondait pas à leurs questions… » Mais la force du livre n’est pas dans la pathos qu’elle pourrait tartiner à l’envi. Elle réussit même à nous faire aimer cette prison – un village du Larzac, Nant –  si peu propice à l’épanouissement. Elle a dépassé cette engeance. Un vrai parcours de résilient. Elle apprend. Beaucoup. Et veut transmettre. Autant. « Ce livre, que j’avais commencé pour moi, sans volonté établie de le publier, m’a permis de me débarrasser de certaines choses de mon enfance », commente-t-elle pudiquement. La lecture à foison lui offrira ses premiers horizons. Une évasion bénéfique. Annie Philippe deviendra prof d’allemand et même co-auteur de neuf manuels de la langue de Goethe chez Bordas. Avec Une Enfance au Creux du Larzac – joliment relié à la chinoise -, elle revisite l’enfance de tous. Sans en trahir aucune. Avec l’espoir comme ligne d’horizon. (Contact : 04 67 51 41 88)

Racines Choisies, les paysans Résistent ! Journaliste toulousain reconnu, Stéphane Thépot a écrit un livre, ou plutôt un essai réussi. »Non, les paysans ne sont pas morts. » La première phrase donne le ton.

Pour lui, les paysans ne sont pas morts mais l’enjeu, c’est qu’à « l’avenir la profession puisse accueillir du sang neuf. Ces « néo » sont à n’en pas douter un apport important. Mais il ne faut pas croire qu’ils remplaceront les « anciens ». Ces « anciens » justement regardent paradoxalement les nouveaux audacieux avec « dédain », comme des « jardiniers » améliorés qui ne sont pas de vrais pros. » Stéphane Thépot insiste : les vrais enjeux sont ailleurs : «Trouver du foncier, avoir accès à la terre, ce n’est pas simple. Trouver des nouveaux paysans n’est pas le problème. Savez-vous qu’Intermarché est le plus grand pêcheur de l’Hexagone ? C’est le plus grand risque qui nous pend au nez comme on me l’a répété en Aveyron, que les exploitations existantes soient rachetées par un « Intermarché » de la terre ; un Lactalis… »

« Si l’on continue à construire des centres commerciaux, on va dans le mur »

Olivier Razemon

Comment la France a tué ses Villes. Journaliste, l’auteur, Olivier Razemon (photo : Maxime Massol), a enquêté sur la dévitalisation des centres-villes. Il était en septembre à Béziers puis, à Montpellier, invité par l’association Vélocité. La plupart des villes moyennes sont touchées par ce phénomène qui se produit de la même façon partout. Boutiques désertées, logements vacants… « Si l’on continue à construire des centres commerciaux, on va dans le mur », affirme-t-il, preuves à l’appui. Olivier Razemon préconise des solutions concrètes pour enrayer le phénomène, inquiétant. Il parle des futures zones commerciales Val Tolosa, à Toulouse, et Ode à la Mer, à Montpellier, bien sur. Et du FN.

« Globalement, dit-il,  il faut arrêter la construction de nouveaux centres commerciaux, stopper le déplacement d’équipements publics (Montauban veut déplacer l’Urssaf hors du centre) et des cinémas, laboratoires, services… ; préempter les pas de porte et surtout donner envie aux gens de se déplacer en centre-ville. Pas question d’imposer la loi du « tout-vélo » mais faire en sorte que le coeur de ville soit accessible aux piétons : que l’espace lui soit agréable, que les trottoirs ne soient pas encombrés…La rédaction de Dis-Leur lui avait consacré un long entretien que l’on peut lire ICI :

« Un homme solitaire fait une drôle de rencontre…

L’Ange du Transibérien. Roseline Villaumé habite l’Hérault depuis 35 ans. Saint-Jean-de-Fos, Lodève et, désormais, le Grau d’Agde. Elle a travaillé comme comédienne, formatrice de théâtre et metteur en scène. Doillon, Bertrand Tavernier, Brialy… Ou encore, à la TV, Le Commissaire Moulin, Madame le Juge, l’Instit et, même, Candice Renoir, tourné exclusivement à Sète.

Se consacrant à l’écriture de nouvelles, Roseline Villaumé vient de publier l’Ange du Transsibérien (Jérôme Do Bentzinger Editeur, 19 euros). Livre de onze nouvelles étonnant. Si loin de la vie trépidante et si proche d’un univers qu’elle sait bâtir et partager. « Une vieille dame voyage en bonne compagnie dans le Transsibérien… Un homme solitaire fait une drôle de rencontre… » Dans ces onze nouvelles, un fil rouge : une écriture du sensible.

 

Olivier SCHLAMA