Hérault/Tarn : Des « plans paysage » pour valoriser les atouts naturels

Pont du Grand Minerve. Photo : Eskis Paysagistes.

Mettre en valeur intelligemment nature et patrimoine : c’est le but des plans paysage qui connaissent un regain d’intérêt. Dans une Occitanie à la pointe, la démarche exemplaire du Parc naturel régional du Haut-Languedoc qui à terme sera couvert par trois de ces plans, dont le dernier sur la Montagne noire, vient d’être lancé.

Nom de code : plan paysage. C’est un outil qui peut faire des miracles, sorte de trèfle à quatre feuilles partagé, dont peuvent se saisir notamment les parcs naturels. L’Occitanie est à la pointe dans ce domaine. Qui connait une regain d’intérêt à la faveur d’appels d’offres récents du ministère de la Transition écologique. Dans la région, nous avons pris l’exemple du Parc naturel régional (PNR) du Haut-Languedoc, créé en 1973, basé à Saint-Pons-de-Thomières (Hérault), qui voit la vie de plus en plus en vert.

Pas un concept de simple carte postale

« Il y a une prise de conscience au niveau local envers la préservation des sites. Les parcs naturels sont très sensibles à ces plans paysage. Ce ne sont pas des concepts de simples « cartes postales » mais bien davantage, confie Stéphane Adam de la fédération des parcs naturels régionaux. C’est tout un écosystème que l’on met en valeur à travers ces actions, la nature et le patrimoine. C’est de l’aménagement du territoire dans son ensemble sous l’angle du paysage. »

Des gorges dans le Minervois. Photo : DR.

Gorges d’Héric, Mont Caroux, Lac de Saint-Ferréol... Dans le prolongement du parc régional des Grands Causses, le PNR du Haut-Languedoc (119 communes, 90 500 habitants, 170 espèces animales et 2 500 espèces de fleurs) chevauche Hérault et Tarn. Ses influences climatiques, à la fois méditerranéennes, continentale voire atlantiques ont forgé des paysages contrastés, variés, préservés, uniques. Une vingtaine différents appelés « unités paysagères ». La Montagne noire, très arrosée est surnommée le « château d’eau » du Canal du Midi, classé à l’Unesco.

Il s’agit de valoriser la qualité de ses paysages et de montrer leur belle diversité »

Amélie-Madeleine Guers, chargée de mission au PNR Haut-Languedoc.

Le PNR intègre même de nombreuses sources naturelles qui ont donné naissance à des stations thermales comme celle d’Avène ; des lacs ; des forêts de chènes… La philosophie générale est de faire en sorte, grâce à ces plans paysage, dans son immense périmètre de 300 000 hectares, de Lodève à Castres, en passant par Bédarieux et Minerve, de « valoriser la qualité de ses paysages et de montrer leur belle diversité », indique Amélie-Madeleine Guers.

Un travail de longue haleine. Où il a fallu élaborer un long et fastidieux diagnostic ; définir des pistes de travail ; organiser des « ateliers » pour co-construire le projet, définir des actions à venir, notamment avec la participation des élus concernés et des habitants ; élaborer une charte qui parfois s’agraffe avantageusement à un document d’urbanisme qui fait foi, comme le Scot ; trouver les financements, notamment avec les départements (notamment ceux de l’Hérault et du Tarn) ; la région Occitanie ; l’État, via la Dréal, etc.

Pourtour d’un lac, aires de point de vue, chemins…

Habitat troglodite Falaise Nord Cesse. Photo : ESKIS Paysagistes

L’idée concrète est d’arriver à financer l’aménagement intelligent du pourtour d’un lac, par exemple ; des aires de stationnement d’un point de vue remarquable ; la valorisation de chemins forestiers ou de l’entrée d’un bourg ; proposer aussi l’interdiction d’éoliennes en certains endroits, améliorer la gestion des espaces agricoles, etc. La chargée de mission ajoute : « C’est une belle opportunité, y compris pour se démarquer du littoral. » Entendre : on peut chez nous développer un tourisme différent et respectueux de la nature.

La chargée de mission précise : « À terme, il y aura trois plans paysages qui couvriront l’ensemble de notre PNR. » Le premier plan a déjà été validé. Les actions qui y seront conduites devraient débuter en 2020. Il s’agit de celui des Hautes Terres d’Oc (La Salvetat, Lacaune, Brassac). Une vingtaine de projets de valorisation ont été définis. Le second plan paysage concerne dix communes du Minervois, de Minerve à Saint-Jean-du-Minervois, La Livinière, etc. Là nous n’avons pas encore déterminé d’actions mais déjà des objectifs. Il est baptisé Causses, Canyons et Vignobles du Minervois. Enfin le dernier plan concerne la Montagne Noire, vallée du Thoré, comprenant les communes de Mazamet, le lac de Saint-Féréol… Les études sont prévues pour 2020.

L’enjeu, la participation de tous, habitants compris

Causses du Minervois. Ph. Eskis Paysagistes.

« Parmi ses objectifs, le plan de paysage aide les acteurs d’un territoire à préserver ses patrimoines naturels et bâtis, de renforcer l’identité locale, favoriser la création architecturale et paysagère et les guider vers des pratiques d’urbanisme durable. Il implique de formuler des objectifs de qualités paysagères et de définir un programme d’actions concret », indique-t-on au PNR du Haut-Languedoc qui n’est évidemment pas le seul à coordonner des plans paysage.

L’initiative d’un plan paysage peut émaner d’une collectivité locale ou d’élus, d’un collectif, d’un groupe d’habitants, d’acteurs économiques ou encore d’associations qui souhaitent promouvoir un cadre de vie de qualité et, notamment, remédier à des  transformation des paysages. L’un des enjeux du plan de paysage ? La participation effective de tous les acteurs du territoire aux décisions. L’élaboration se fait donc en concertation avec les habitants, les associations et les différents acteurs économiques du territoire pour parvenir à un projet partagé. La stratégie paysagère  est, elle, définie avec l’aide de spécialistes (paysagiste, médiateur, etc.)

Olivier SCHLAMA

  • Le Parc a débuté une réflexion sur le paysage en 2014 par la définition d’unités paysagères sur l’ensemble de son territoire (18 unités paysagères) et l’élaboration de son document de référence pour les paysages. Il a ensuite mis en œuvre la Charte architecturale et paysagère des Hautes Terres d’Oc et plateaux du Gijou en 2014 sur le territoire de recoupement du PETR des Hautes Terres d’Oc et du Parc (39 communes concernées).
  • Le plan de paysage Causses, canyons et vignobles du Minervois engage le Haut-Languedoc dans une gestion de ses paysages et de son architecture  qui prévoit de doter chacune des unités paysagères du PNR de chartes architecturales et paysagères ou outils équivalents. C’est aussi une des actions prioritaires du programme d’actions en cours d’élaboration, de l’Opération Grand Site Cité de Minerve, gorges de la Cesse et du Brian, lancée par l’Etat (suivi assuré par la Dréal Occitanie) et portée par le Pays Haut-Languedoc et Vignobles.