Écoles : A Frontignan, comme dans l’Hérault, « on déshabille Pierre… »

Les parents de l'école des Lavandins sont mobilisés, comme ceux de trois écoles Sète mais a priori la commission départementale y fermera les classes. Photo : DR.

La mise en place d’une nouveauté de l’Education nationale dans les écoles primaires, le dédoublement de classes dans des zones d’éducation prioritaires, coince. L’école des Lavandins, à Frontignan, près de Sète, devrait en faire les frais en perdant un poste d’enseignant à la rentrée 2018-2019 pour répondre justement aux besoins des REP. Selon le Snuipp, l’un des syndicats d’enseignants, de nombreuses écoles seraient dans ce cas. Après un rassemblement devant l’école, des parents ont manifesté ce mercredi 7 février devant le rectorat. L’autre syndicat d’enseignants Sud Education revient, lui, sur cette logique de « moyens constants » et de réaffectations.

L’association Maxi-Mômes, qui représente des parents d’élèves des établissements scolaires de La Peyrade, près de Sète (Hérault), se mobilise contre « la suppression annoncée à la rentrée prochaine d’une classe maternelle à l’école des Lavandins de Frontignan-la Peyrade », décorée de banderoles. Une manif est prévue ce mercredi 6 février.

« L’effectif prévisionnel de l’école pour la rentrée 2018-2019 va « probablement dépasser les 200 enfants et atteindre 211 enfants », indique Nolwenn Latour, adhérente de l’association qui refuse que l’on déshabille Pierre pour habiller Paul. Ce qui fait une moyenne de presque 25 élèves pour les 8 classes existantes. Malgré cela, l’académie envisage la fermeture d’une classe ce qui amènerait un effectif aux alentours de 28 élèves par classe. Pourquoi ? « Pour, à ce que l’on sait, récupérer un enseignant et l’affecter au futur dédoublement des classes prévu pour certains CE1 et CP en Rep Plus (zones d’éducation prioritaires) de l’académie » (…) Le gouvernement ayant décidé de dédoubler les classes en CP CE1 en zone REP Plus, à moyens constants, on supprime donc des postes en classe de maternelle.  » L’effectif ainsi récupéré peut être affecté dans une école à classe dédoublée ailleurs. « Or, on connaît tous l’importance en maternelle de l’acquisition des prérequis  qui permet l’apprentissage de la lecture et de la numération… »

Pas question de paupériser l’école maternelle

« Nous soutenons, certes, le choix de dédoubler des classes pour améliorer la qualité d’enseignement dans des zones Rep Plus, reprend Nolwen Latour. Mais certainement pas en paupérisant le système scolaire dans d’autres classes.  En plus dans ce quartier-là, il est prévu la construction de quelque 150 logements dont 50 sociaux dans c’est à dire potentiellement avec des familles avec enfants. C’est à n’y rien comprendre. Pour une fois, ce n’est pas problème de locaux mais d’enseignants. » Et d’enfoncer le clou : « Nous refusons cette suppression de classe et nous allons agir pour l’empêcher par une première manifestation qui se tiendra ce mercredi 7 février à 11 h 30 devant l’école maternelle des Lavandins. Et par une manifestation devant le rectorat », précise  Nolwenn Latour. Par ailleurs, une pétition a déjà recueilli 300 signatures.

La municipalité a, par ailleurs, voté dernièrement en conseil municipal, une motion « contre le projet de fermeture ». « La ville s’oppose fermement à cette décision car les projections font apparaître une augmentation de l’effectif de 9 élèves par rapport à l’effectif de la rentrée 2017/2018 soit un total de 211 élèves à la prochaine rentrée, une école qui a fait l’objet d’une réhabilitation importante et la création d’un nouveau restaurant scolaire (…) Cette potentielle fermeture serait de nature à surcharger les classes de toutes les maternelles de la ville et par conséquent de compromettre la qualité et l’accueil de notre service public de l’éducation. Il est donc demandé à l’inspecteur d’académie de revoir sa copie (…) »

« Il faudrait 80 postes rien que pour dédoubler les classes…

Magali Kordjani, co-secrétaire du Snuipp pour l’Hérault

De son côté, la co-secrétaire départementale du Snuipp, explique : « Rien que pour répondre au seul dispositif dédoublement de classes, il faudrait 80 postes dans l’Hérault. Or, le compte n’y est pas. Dans l’Hérault, 59 ouvertures de classes ont été décidées pour la prochaine rentrée (plus 12 confirmation d’ouvertures provisoires) pour 92 fermetures dont 33 en maternelles comme Frontignan. Et il y a aussi des non-ouverture… Les parents des Lavandins ont raison de protester… Car tout cela mène à des classes surchargées. La rentrée prochaine, pour les cinq départements de l’académie de Montpellier, la dotation est de 121 postes d’enseignants dont 72 dans l’Hérault. Cette année, nous avons été dotés de 116 postes… On n’arrête pas de recevoir des courriers de maires. Mais on avait prévenu… Ce mercredi se tient le comité technique paritaire qui sera retoqué… »

Devant le rectorat. Photo : DR.

Le vivier plus de maîtres que de classes passera de 58 à 17 postes à la rentrée 2018-2019

Pour Jean-Baptiste Vincensini, porte-parole de Sud-Education dans l’Hérault, « il n’est pas certain que le poste en voie d’être supprimé à l’école des Lavandins soit réaffecté à un REP Plus. Ce qui est certain, c’est qu’il doit être supprimé ». Il ajoute : « Pour mettre en place ces dédoublements de classes, le rectorat rencontre des problèmes dans l’Hérault : c’est un département où les moyens humains n’augmentent pas et où la croissance démographique est forte et continue. Et il est sûr que lorsque le seuil d’effectifs est limite dans une école, c’est là en priorité que le rectorat va supprimer des postes. »

Pour trouver des personnels enseignants, le rectorat a décidé, toujours selon Sud Education, de  » se servir dans le vivier d’un dispositif appelé Plus de maîtres que de classes qui passera donc de 58 à 17 maîtres d’école à la prochaine rentrée. Par ailleurs, beaucoup de postes de remplaçants seront supprimés et le rectorat fera davantage appel à des contractuels comme c’est le cas depuis déjà deux ans. » Enfin, une autre problématique s’ajoute : « Dans l’Hérault, l’inspection a décidé également qu’occuper un poste d’enseignant en REP demande une exigence particulière et devront avoir une habilitation spéciale, ce qui va créer une incertitude dans certaines équipes voire une déstabilisation. »

Contacté, le rectorat n’a pas donné suite à nos demandes.

Olivier SCHLAMA

Le projet du gouvernement : http://www.education.gouv.fr/cid187/l-education-prioritaire.html