Manga : Soleil levant sur la médiathèque de Frontignan

L'expo photo de Stephan Mattia (Voyageurs du Monde) a ouvert les événements liés au Japon à la médiathèque Montaigne de Frontignan.

Elsa Brants, auteur de mangas (Save me Pythie, chez Kana), était l’invitée de la médiathèque Montaigne de Frontignan (Hérault), dans le cadre d’un mois consacré à la culture du Japon. Entretien…

Le Japon est en vedette depuis le début du mois de janvier dans les coursives de la médiathèque Montaigne,  à Frontignan dans l’Hérault. Après une exposition photo signée Stephan Mattia (de Voyageurs du Monde), soulignant le mariage permanent de tradition et de modernité sur l’archipel, après les poupées BJD (Ball jointed Dolls, très en vogue depuis les années 90), c’est un autre aspect important du Japon qui est mis en avant avec le manga…

France, « l’autre pays du manga »…

Cette forme de bande dessinée, dont on attribue la désignation au fameux peintre Katsushika Hokusai (1760-1849), a conquis la France dans les années 1980, faisant de l’Hexagone « l’autre pays du manga » ! Avec près de 14 millions d’exemplaires vendus, la France est en effet le deuxième pays « consommateur » de mangas au monde après le Japon !

Avec actuellement le même leader du marché dans les deux pays : One Piece de Eiichirō Oda (distribuée en France par Glénat) est en tête des ventes et représente 1 manga sur 10 vendus en France.

Pour évoquer le sujet, la médiathèque Montaigne a proposé une exposition (en partenariat avec la médiathèque départementale) jusqu’au 28 février. Mais surtout, le samedi 10 février, une séance de dédicace de Elsa Brants, mangaka sétoise dont la série Save me Pythie a connu un beau succès pour ses 5 volumes parus (chez l’éditeur Kana). séance suivie d’une conférence sur la place comparée du manga dans les sociétés japonaise et française.

Rencontre avec une authentique spécialiste…

Après avoir débuté dans l’univers de la bande dessinée européenne, comment êtes vous passé au manga ?

Elsa Brants, l’auteur de BD sétoise est une passionnée du manga et du Japon… Photo D.-R.

J’ai toujours voulu écrire au format manga…  Mais quand j’ai démarré ma carrière professionnelle, le public et les éditeurs n’étaient pas prêts à suivre des auteurs occidentaux sous ce format. A chaque fois que l’on présentait des projets aux éditeurs, ils disaient vouloir nous signer, à condition de repenser notre histoire au format franco-belge. Au fil des années le lectorat a évolué, les éditeurs ont changé d’avis et j’ai enfin pu écrire mes histoires telles que je les pensais.  

Qu’est-ce qui vous a séduite dans le manga ? Dans les spécificités de ce style de BD ?

C’est un tout. Le style de découpage dynamique. Les personnages expressifs. La pagination importante. Les ellipses plus brèves… Tout ceci me semble plus immersif, les personnages sont plus attachants, l’histoire est plus percutante.

Vous avez séjourné au Japon, quelles sensations y avez vous éprouvé ?

J’ai eu la chance de m’y rendre deux fois, et d’être logée chez l’habitant. Voyager, c’est génial. Voyager et avoir la chance de voir la vie du point de vue des habitants c’est encore mieux. J’ai visité Tokyo, Kyoto, la mer, la campagne, la montagne, la côte est et ouest… J’ai très envie d’y retourner avec mes enfants et de visiter le nord et le sud.

Quels sont vos mangas préférés ?

Tous ceux de Rumiko Takahashi XD ( Lamu, Ranma 1/2, Juliette je t’aime, Inu Yasha, Rinne). Je suis une fan absolue de l’humour de cette auteure. (Rumiko Takahashi, aujourd’hui âgée de 60 ans, est très respectée au Japon, où ses séries ont été pré-publiées dans les magazines de Shogakukan. Publiée dès 1987, Ranma 1/2 est l’une des plus diffusées à l’étranger. Close en 38 tomes, elle met en scène la vie, au sein d’un dojo familial, d’un jeune champion des arts martiaux, Ranma Saotome qui, victime d’un maléfice, se transforme en fille au contact de l’eau; NDLR).

Vous êtes publiée au Japon sur la plateforme en ligne Garaku no Mori de l’éditeur Homesha. Comment Save me Pythie est-il perçu là bas ? 

Le plus important pour moi était d’être publiée en europe. Même si j’aime le Japon, je suis occidentale, comme mon public. Mais si mes histoires peuvent dépasser les frontières et être lues par des lectorats différents, j’en suis très fière !

Pourquoi avoir choisi la mythologie grecque comme décor de votre première réalisation en manga ?

Même si j’ai travaillé sur de nombreuses séries, Save me Pythie est la première où je suis également scénariste. Je me suis dit qu’il valait mieux parler d’un sujet que je maîtrisais pour commencer. La mythologie grecque est une passion d’enfance.

Quels sont vos projets ?

Je suis en train de terminer une histoire courte pour le collectif Tezuka Mix (à découvrir ICI) Il s’agit d’un collectif d’auteurs japonais et occidentaux qui sortira sous forme de magazine au japon à partir du mois d’avril. Chaque auteur s’est vu confié un univers du grand maître. Pour ma part j’ai travaillé sur Princesse Saphir (Ribon no kishi). En parallèle, je travaille sur un oneshot qui sortira au Japon et en Europe. Il s’agit d’une commande d’autobiographie humoristique de la part d’une éditrice japonaise. J’ai également une nouvelle série en cours, mais c’est un peu tôt pour en parler…

Propos recueillis par Philippe MOURET

Evénement : Pour la première fois, un manga français pourrait être adapté en anime au Japon. Et c’est la série Radiant (éd. Ankama) du toulousain Tony Valente qui aurait cet honneur. C’est le groupe NHK (l’entreprise publique qui gère les stations de radio et de télévision du service public japonais) qui produirait cet anime dont la réalisation serait confiée à Seiji kishi. Affaire à suivre…