Figures d’Occitanie : De Coco Chanel à Alfred Nakache jusqu’à Olivia Ruiz…

Chanel, Coco (née Gabrielle Bonheur Chanel), 1883 – 1971. Portrait. Photo, 1930, AKG.

Les Gardois Catherine et Michel Boissard sortent un livre le 12 novembre qui permet au travers 202 courts et passionnants portraits d’entrer dans l’histoire de la région. Et de se forger un peu plus une identité commune en Occitanie.

Des stars, une grande chanteuse, un très grand cuisinier, des gens de théâtre, de cinéma, des artistes, des politiques, une pincée de Nobel et Goncourt, des présidents de la République, des Résistants, etc. A travers 202 portraits remarquablement bien troussés, du Moyen-Âge à nos jours, les Nîmois Catherine Bernié-Boissard et Michel Boissard (1) ont commis un joli bouquin qui pose, sans s’en apercevoir, les bases littéraires, scientifiques, politiques et sociales de notre nouvelle région. Au moment où l’Occitanie a bien besoin de ce forger une identité commune.

Photo : O.SC.

Dans Figures, personnages et personnalités d’Occitanie (2) qui sort le 12 novembre, on ne sait où donner de la tête parmi ces figures. On pioche au hasard. Le Sétois Jean Vilar, créateur du TNP et du Festival d’Avignon, baptisé le « janséniste chez les papes… » Charles Trénet suit. Le Narbonnais est l’auteur de chansons inoubliables comme Y’a d’la joie et de Que reste-t-il de nos amours ?

Alduy, Nakache, Grothendieck, Soulages, Brassens, Gréco…

On tombe ensuite sur la dynastie des Alduy, à l’origine d’un système municipal à Perpignan où il avaient mis en place des réseaux d’influence dans diverses communautés. Juive. Gitane. Et chez les militants catalanistes. On parle déjà dans d’autres livres de Cécile Alduy, fille de Jean-Paul et Dominique, notamment directrice générale de France 3 et du Monde. Sémiologue, Cécile Alduy pourfend les tics révélateurs dans les discours de l’extrême-droite, notamment.

Nakache, Grothendieck, Soulages…

Alfred Nakache. Ph. Musée national du sport

Il y a aussi des héros, tel Alfred Nakache dont la destinée raconte, elle, l’épisode le plus terrible du XXe siècle, les camps de concentration. Il raconte comment la natation l’a aidé à survivre. Né à Constantine (Algérie), mort – noyé accidentellement ! – le nageur, qui a vécu à Toulouse et qui est enterré à Sète, et qui, 35 ans après sa mort, vient de faire son entrée au panthéon de sa discipline, le prestigieux International Swimming Hall of Fame de Fort Lauderlale, en Floride. Il y a aussi des génies, comme Alexandre Grothendieck, l’un des plus grands mathématiciens, devenu ermite, qui reçut l’équivalent du Nobel, la médaille Fields ; autre génie, de la peinture contemporaine, l’inventeur de l’outrenoir, Pierre soulages, né à Rodez (Aveyron), vivant à Sète, il y a cent ans… Sans oublier l’éternel Georges Brassens…

Dieu a donné le rire aux hommes pour les consoler d’être intelligents… »

L’empreinte de Galabru à Pézenas. Photo : O.SC.

Michel Galabru a, en tout cas, mis ses pas dans ceux de Molière qui vécut à Pézenas. Il a d’ailleurs laissé ses empreintes sur une plaque au sol (photo). Mort en 2016, Galabru a passé une partie de son enfance au Bousquet d’Orb (Hérault). C’est peut-être la carrière d’un comique contrarié saluée dans le livre de Catherine et Michel Boissard qui cite un personnage de Raimu, Schpountz : « Dieu a donné le rire aux hommes pour les consoler d’être intelligents… »

Coco Chanel, c’est ce que l’on rappelle, a toujours nié qu’elle avait des attaches occitanes. Ponteils ignorait même sans doute que sa famille en était originaire. Parce que Coco c’était une mondaine, une Parisienne… »

Catherine Bernié-Boissard

Paul Valéry, la félibresse née dans la Hautes-Pyrénées Philadelphe de Gerde, la pianiste nîmoise Marguerite Long, l’écrivain-aventurier Henry de Monfreid, natif de la Franqui, commune de Leucate (Aude), Pierre-Georges Latécoère, pionnier de l’aéronautique né à Bagnère-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), etc. Tant de noms de renom… Jean-Pierre Chabrol, l’écrivain cévenol ; Michel Serres. Né à Agen (Lot-et-Garonne) et mort cette année, académicien, philosophe et une oeuvre foisonnante…

Il y a aussi quelques cas un peu à part. Comme Françoise Sagan (Cajarc, Lot) ou Pierre Perret (Castelsarrasin, Tarn-et-Garonne). Georges Frêche (né à Puylaurens dans le Tarn), bien entendu, qui voulut transformer Montpellier en Florence des temps modernes… Olivia Ruiz, malgré son jeune âge (39 ans), n’est pas que la femme-chocolat dont la famille est installée à Marseillette (Aude). Cette auteure-compositrice-interprète, issue d’une famille chassée par le franquisme, est aussi une porte-parole d’une certaine catalinité. Et aussi des stars à l’image de Coco Chanel. Celle qui libéra la femme par la mode est née à Saumur (Maine-et-Loire). Mais sa famille est originaire d’un petit village de 280 habitants, au nord d’Alès, Ponteils-et-Brésis (Gard).

Michel Serre. Photo : AKG

Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’il y a une sorte d’unité culturelle entre les deux parties de cette nouvelle région, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Pour qu’ils se connaissent mieux »

Michel Boissard.

« Coco Chanel, c’est ce que l’on rappelle, commente Catherine Bernié, a toujours nié qu’elle avait des attaches occitanes. Ponteils ignorait même sans doute que sa famille en était originaire. Parce que Coco Chanel c’était une mondaine, une Parisienne… C’est mieux d’être née à Saumur… C’est comme Juliette Gréco : peu de gens savent qu’elle est de Montpellier. Elle a toujours voulu devenir très tôt parisienne. Et n’a jamais revendiqué ses attaches. » C’est aussi l’intérêt de ce livre : de (re)découvrir des personnages. Marcelin Albert est un exemple : « C’est la révolte vigneronne de 1907. C’est un personnage étonnant parce que le type-même de l’Occitan ou plutôt du Méridional. Il aimait le théâtre… C’est d’ailleurs un personnage théâtral, pas seulement pagnolesque. Il a vécu cette période-là de façon tragique : c’était la ruine du Midi et il s’est fait blouser par Clémenceau. »

Chabrol. Ph.Wiki
Portrait de Juliette Gréco. 1957. Ph. AKG

Catherine Bernié-Boissard confie : « Ce livre n’était pas une commande. C’est une proposition de notre part à l’éditrice. C’est la suite d’un petit ouvrage que nous avions publié avec Serge Velay, Petit dictionnaire des écrivains du Gard. Il y a des ouvrages dans tel ou tel département mais aucun livre couvrant l’Occitanie actuelle. » Une initiative qui peut faire bénéficier les habitants de cette grande région – presque six millions d’habitants – d’une culture commune.

« Oui, sans doute, dit Michel Boissard. Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’il y a une sorte d’unité culturelle entre les deux parties de cette nouvelle région, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Pour qu’ils se connaissent mieux et s’aperçoivent qu’il y a des liens culturels, sociaux, politiques. Je ne pense pas que l’on puisse dire par exemple Michel Serres, c’est simplement Midi-Pyrénées. C’est la totalité de la région. » C’est un ouvrage que l’on pourrait mettre dans les mains des étudiants ! « J’espère que les enseignants l’utiliseront », dit Catherine Bernié-Boissard.

Un instituteur-chanteur-poète

Claudi Martí. Ph. Wiki

On peut aussi noter parmi les figures, celles de gens moins connus mais très appréciés de leur terroir. À l’image du Carcassonnais Claude Marti, chanteur et poète, un instituteur adulé par les enfants. Une sorte de barde qui sort sa guitare souvent en classe ! Beaucoup de personnages, notamment contemporains, manquent à l’appel de cette première fournée. Ils seront sans doute récompensés dans un second tome. N’oublions pas d’ici là celui qui a immortalisé l’île Singulière, Gustave le Gray, dont la célèbre photo prise en avril 1857 représentant la Méditerranée et le brise-lames – sans doute l’une des plus vieilles – a été vendue 5,5 millions de francs en 1999… La Méditerranée comme frontière unifiante de l’Occitanie.

Un tome 2 sans doute à venir

« On fera peut-être un tome 2. On a laissé des personnages de côté, volontairement ou involontairement. » Comme Jacques Chancel, né dans les Hautes-Pyrénées (son émission-phare, Le Grand échiquier vit une nouvelle jeunesse actuellement sur France 2). « On s’est aperçus qu’il y avait d’autres personnages de télévision importants autant que Marcel Bluwal, réalisateur et metteur en scène (présent dans l’ouvrage, Ndlr) qui habite le Vigan (Gard). On peut avoir d’autres regrets encore avec le colonel Louis Rossel, ministre de la Défense de la Commune de Paris et fusillé par Thiers, enterré au cimetière protestant de Nîmes, et dont la famille était originaire de Saint-Jean-du-Gard. » « C’est aussi aux Occitans de dire les personnalités qu’ils ont envie de voir figurer dans un tome 2 », note Catherine Bernié-Boissard.

Olivier SCHLAMA

(1) Catherine Bernié-Boissard est professeur émérite de géographie urbaine et de l’aménagement à Montpellier. Ses recherches interrogent notamment les représentations de la ville à travers la littérature. Michel Boissard est historien et président de la société d’histoire du protestantisme de Nîmes et du Gard.

(2) Editions le Pérégrinateur (le perégrinateurediteur.com), 237 pages, 18 euros.

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