Livres : Pour Philippe Martel, « une Occitanie peut en cacher une autre »

L'Occitanie, un espace encore bien vivant... Photo D.-R.

« Attention ! prévient l’auteur : Une Occitanie peut en cacher une autre… » Car, poursuit-il si « Paris a imposé la fusion de deux régions administratives entre Toulouse et Montpellier, le tout appelé Occitanie (…) il y a une autre Occitanie, l’authentique, celle qui existait avant l’Etat. » Et Philippe Martel de préciser cependant que « contrairement à la Bretagne ou à la Corse, cette Occitanie-là n’a jamais été un Etat ou une province identifiable sur une carte politique… »

Paradoxe amusant, c’est un éditeur breton (Yoran Embanner) qui publie cet ouvrage signé par un spécialiste d’histoire de l’espace occitan et de la revendication occitane contemporaine : Philippe Martel est professeur des universités émérite (Université Montpellier 3, département d’Occitan).

« Solidaire des autres minorités nationales »

Mais ce n’est certes pas un hasard si la route de ce sudiste a guidé ses pas jusqu’en Bretagne. « Nous publions des ouvrages sur l’histoire, la nature, le patrimoine de la Bretagne ainsi que des essais politiques. Éditeur breton, solidaire des autres minorités nationales d’Europe, Yoran Embanner s’est spécialisé dans l’édition de dictionnaires bilingues de langues peu parlées. Nous publions également des livres historiques sur les nations sans état. L’objectif est de permettre à tout un chacun de connaître et d’approfondir les héritages populaires et d’abord le sien », explique l’éditeur.

Rien d’étonnant, donc, qu’au rang des nouveatés de ce « petit éditeur qui voit loin » cette Histoire de l’Occitanie, côtoie une Histoire du Kurdistan, des Légendes de Flandre ou un ouvrage sur Ces Saints qui forgèrent la Bretagne… Ceci étant clarifié, il est temps de tourner les pages.

Une Occitanie de 32 départements et 14 millions d’habitants

L’Occitanie « authentique » précise Philippe Martel, comprend : le Limousin, l’Auvergne, l’Aquitaine, la Gascogne (+ le Béarn), le Languedoc, la Provence (+ le comté de Nice) et le Bas-Dauphiné, soit 32 départements et 14 millions d’habitants. L’Occitanie se définit sur des critères linguistiques : l’ensemble des pays de langue d’oc. Il y a donc plusieurs Histoires mises ensemble, chacun des pays occitans ayant eu une histoire propre jusqu’à leur annexions par la France.

L’hypothèse de cet ouvrage, c’est qu’un espace linguistique est par définition un espace de communication. Cela implique au-delà de la langue, des contacts, des traits culturels partagés, et une certaine conscience, ne serait-elle que « méridionale ». Du coup, il est possible de raconter l’histoire de cet espace et de ses habitants…

Pas une Nation mais un « Espace linguistique« 

C’est à cette tâche (mission ?) que s’attelle Philippe Martel au fil des plus de 400 pages de cet ouvrage qui définit non une « Nation » mais un « Espace linguistique » qui « ne prend pas forcément la dimension d’une entité politique, mais peut fonctionner néammoins, sur la longue durée… »

Erudite sans pédantisme, simple, claire, richement documentée, cette Histoire de l’Occitanie satisfera autant le lecteur curieux que l’étudiant en quête de précisions. Elle offre un voyage à travers le temps et ce vaste espace géographique, sans pour autant oublier la signification de l’héraldique des provines occitanes, les sports (Rugby, Bouvine, Pétanque…) ou une bibliographie bien fournie.

Philippe MOURET

Histoire de l’Occitanie, Le point de vue occitan : aux éditions Yoran-Embanner, 12 €.

A la rencontre de l’Occitan…

Ce mardi 24 septembre, dans le cadre du séminaire Redoc-Llacs, l’université Paul-Valéry de Montpellier (route de Mende) accueille (salle A-105, à 17h15) Gilles Martinez pour « Redécouvrir le duel chevaleresque (XIIe-XIIe siècles) : les apports du Roman occitan de Jaufré ». Séminaire suivi d’une démonstration de combat médiéval sur la grande pelouse de l’université jouxtant le mur cyclopéen.

Deux jours plus tard, le 26 septembre, c’est à Carcassonne (Ostal Sirventès, 18h30) que Marie-Jeanne Verny présentera l’ouvrage dirigé en collaboration avec Norbert Paganelli Par tous les chemins. Florilège poétique des langues de France (2019, Le Bord de L’Eau, Talence, 476 p.) qui pour la première fois rassemble -en version bilingue- l’expression poétique de six langues (alsacien, basque, breton, catalan, corse, occitan).

Muriel Batbie Castell explore toutes les possibilités, linguistiques, rythmiques et musicales des textes… Photo Georges SOUCHE

Et dimanche 29 septembre, à Béziers (Domaine de Bayssan, 14h30) le Cirdoc-Institut occitan de cultura organise aux Chapiteaux du livre 2019, une présentation de cette antholgie poétique « à deux voix et en chansons » par M.-J. Verny, éditrice scientifique de l’ouvrage et Muriel Batbie Castell, chanteuse.

Comme le souligne Mme Verny, « à l’opposé de tout enfermement identitaire, Par tous les chemins rassemble en un florilège inédit l’expression poétique contemporaine dans six langues de France dites « régionales », accompagnée d’une traduction française. Auteure d’une adaptation sous forme de récital de l’ouvrage, Muriel Batbie Castell en explore pour sa part toutes les possibilités, linguistiques, rythmiques et musicales de ces textes. »

Rencontres occitanes chez « Sauramps »

Et le jeudi 3 octobre prochain, à Montpellier (18h30), c’est le grand retour des Rencontres occitanes Sauramps avec « Le conte occitan : collectage et création » Contes d’Aubrac, recueillis par Marie-Louise Tenèze. Le conte est un genre essentiel dans la littérature d’oc, orale ou écrite. Il existe déjà bon nombre de recueils dans les différentes régions occitanes, résultant de collectages et devenus des classiques. Letras d’òc vient de publier ce nouvel et précieux ensemble, recueilli sur l’Aubrac.

Ces Contes d’Aubrac ont été recueillis en occitan entre juillet 1964 et septembre 1966 par Marie-Louise Tenèze, auteure du Catalogue du Conte populaire français. Elle était accompagnée par un linguiste occitanophone, Alain Rudelle, chargé de l’enquête sur les parlers d’Aubrac dans le cadre de la même recherche.

Transcription et traduction d’enregistrements

Ces textes sont le fruit le plus visible d’une large enquête sur la littérature orale et tout ce qui se racontait alors en Aubrac. Certains contes – récits légendaires ou anecdotes – sont extraits des longues conversations entre l’ethnologue et ses interlocuteurs, témoignant de la vie, réelle et imaginaire, sur l’Aubrac au début du XXe siècle.

Le texte de Josiane Bru, en fin d’ouvrage, relate à la fois le parcours de recherche de l’enquêtrice et ces discussions très riches dans lesquelles se dessine aussi l’art narratif traditionnel. Seuls deux ou trois de ces contes avaient été publiés jusqu’ici dans leur langue d’origine. Tous ont été transcrits et traduits d’après les enregistrements conservés du Musée des arts et traditions populaires à Paris.  Recueil inestimable, il témoigne d’une culture dont certains d’entre nous ont vu briller les derniers feux, et d’une région rude, reculée et fascinante, que ne traversait pas encore l’A-75.