Étude inédite : Chez les patrons, important risque de burn-out

Photo : Jean Lecourieux-Bory. Stress des petits patrons

Dans une étude inédite, le professeur d’économie Olivier Torrès met au jour pour la première fois dans un échantillon représentatif un taux important de burn-out chez les petits patrons (17,5 %). 560 000 personnes sont directement concernées. On y apprend aussi que les experts-comptables sont en grande souffrance, ce que personne ne soupçonnait, quasiment l’équivalent des agriculteurs (risque de burn-out à 35,1 %) et des artisans (risque de burn-out entre 31,6 % et 35,3 %).

Ça fait longtemps que le professeur d’économie à Montpellier (Université et Montpellier Business school) Olivier Torrès cherche à mesurer le burn out chez les patrons. Eh bien voilà chose faite selon ce chercheur : 17,5% des chefs d’entreprises français présentent ce risque de burn-out. « C’est la première fois que nous mettons, grâce à l’observatoire Amarok, ce chiffre en évidence dans un échantillon représentatif de 1 500 chefs d’entreprise. Il signifie que c’est une population plutôt davantage exposée que d’autres. Et c’est cohérent, ne serait-ce parce qu’ils travaillent en moyenne 50,5 heures par semaine contre 39 heures en moyenne pour un salarié, selon les chiffres Eurosat. Cela fait 11h30 de plus par semaine et sur davantage de semaines que le salarié puisque le chef d’entreprise ne prend pas cinq semaines de congés, mais moins, et pas de RTT « 

560 000 personnes concernées par le burn-out sur les 3,2 millions de travailleurs non-salariés dans l’Hexagone

Olivier Torrès (à gauche) avec Hervé Merz, directeur de T2ST. Ph DR.

Sachant qu’il y a 3,2 millions de travailleurs non-salariés, cela porte à 560 000 personnes concernées. C’est donc l’Observatoire montpelliérain qui a construit le protocole de recherche de cette étude d’Olivier Torrès et C. Kinowski-Moysan, à paraître intégralement dans “Dépistage de l’épuisement et prévention du burn-out des dirigeants de PME : d’une recherche académique à une valorisation sociétale”, Revue Française de Gestion, n° 284, pp. 171-189[1].

Anticiper sur le burn-out

« Cela fait dix ans avec l’observatoire Amarok que nous étudions l’épuisement professionnel chez les chefs d’entreprise, précise Olivier Torrès. Comme l’ont montré de précédents travaux de chercheurs, le burn-out, c’est la combinaison de trois facteurs. Cela commence par un épuisement émotionnel, suivi de la dépersonnalisation (le patron se sent détaché de son travail) induisant une perte d’efficacité. Cette définition est fortement inspirée des travaux pionniers de Maslach. Si cette définition est utile à des fins diagnostiques, elle est trop complexe à manier à des fins préventives. La question est de savoir quelles sont les relations entre ces trois dimensions et, surtout, comment elles évoluent dans le temps ? Ce qui est important pour nous qui sommes dans la prévention c’est de repérer ces signaux et en particulier le premier : l’épuisement. Pour anticiper sur le burn-out et le prévenir avant qu’il ne soit véritablement au bout du rouleau. »

Experts-comptables, en grande souffrance, artisans…

Cette étude a produit des « résultats forts ». Pour ce faire, « nous avons constitué onze cohortes que nous avons suivies de 2011 à 2019 », précise Olivier Torrès. Parmi les conclusions de cette étude inédite, « les experts-comptables sont en grande souffrance (risque de burnout à 30,2 %), Ce que personne ne soupçonnait, quasiment l’équivalent des agriculteurs (risque de burnout à 35,1%) et des artisans (risque de burnout entre 31,6 % et 35,3 %). » Et de formuler : « Entreprendre sans s’épuiser est le véritable défi-santé des chefs d’entreprise. »

Le message d’Olivier Torrès ? « Il est aujourd’hui nécessaire d’élargir le champ de la prévention et de la santé au travail aux 3,2 millions de travailleurs non-salariés (commerçants, artisans, agriculteurs, professionnels libéraux, chefs d’entreprises…) et les inclure dans la prochaine refonte des dispositifs de santé au travail.

Au moment où des réformes en cours pointent les lacunes de la prévention santé au travail en France, cette publication fournit de nombreuses indications sur l’étendue du mal qui ronge certains petits patrons »

Cette publication arrive à point nommé : « Au moment où des réformes en cours (Rapport Lecocq, Rapport Artano et Gruny du Sénat) pointent les lacunes de la prévention santé au travail en France, cette publication  fournit de nombreuses indications sur l’étendue du mal qui ronge certains petits patrons ». Contactée, la députée du Nord, Charlotte Lecocq, n’était pas joignable. Mais dans son entourage on précise que « incessamment le Premier ministre devrait convoquer les partenaires sociaux sur ce sujet dans l’optique d’un possible prochain texte de loi » intégrant cette population dans la prévention au travail.

À la fin de cette publication, Olivier Torrès, qui ne cesse de porter la bonne parole (1) évoque la mise en place d’un dépistage du risque de burn-out avec un système d’alerte en temps réel réalisé avec les agriculteurs de Saône et Loire et les experts-comptables d’Ile de France.

Olivier SCHLAMA

(1) Colloque à Sète. T2ST, service de santé au travail, association Loi 1901, basée à Sète organise un colloque sur le thème de L’avenir de la santé au travail, le jeudi 06 février 2020, dès 8 h30, à la résidence du Lazaret à Sète. En présence de la députée Charlotte Lecocq et d’Olivier Torrès. « Charlotte LECOCQ, députée du Nord, à la demande du gouvernement, a développé des propositions importantes du système de prévention professionnelle (15 millions de salariés suivis) dans un rapport éponyme publié en juin 2018 », explique Hervé Merz, directeur de T2ST. Depuis, plusieurs rapports sont venus commentés ou appuyés les propositions du rapport Lecocq. Les professionnels de la santé au travail s’interrogent depuis un an et demi sur son devenir et les conditions d’exercice de leur mission. Plus de 200 participants de la région Occitanie sont attendus. »