Économie : Carole Delga réclame d’urgence une “nationalisation temporaire” de Fibre Excellence

Carole Delga, ici en discussion avec les représentants syndicaux de l’entreprise de Tarascon située dans les Bouches-du-Rhône, à la manifestation de soutien à l’entreprise Fibre Excellence vendredi 6 mars à Toulouse. Ph. Lydie Lecarpentie

Alors que l’offre de reprise de la dernière usine de pâte à papier de France par la Région Occitanie est examinée le 8 septembre, la présidente tente de mettre la pression sur l’Elysée pour obtenir plus de temps et trouver “à l’étranger” un repreneur à cette entreprise stratégique. Sinon ? Ce sera une “catastrophe sociale” qui coûtera en plus nettement plus cher. Et la disparition d’une filière. Président du département de la Haute-Garonne, Sébastien Vincini y est favorable.

Présidente de la région Occitanie, Carole Delga demande au président de la République une “nationalisation temporaire” de Fibre Excellence. Sans obtenir de réponse de Macron à ce jour sur un sujet pourtant brûlant qu’elle a abordé avec lui en juillet en tête-à-tête. Rappelant que d’autres boîtes ont ainsi été sauvées : EDF, PSA…

Carole Delga, qui a sollicité “près de 150 acteurs économiques français et étrangers”, a souligné : “Au regard des aides de l’Etat aux entreprises, au moins 140 milliards d’euros… Nous demandons à l’Etat d’agir. Il y a un déficit de confiance en France. Ce n’est pas le rôle de la région Occitanie à faire ça, mais à l’Etat. Quand nous avons pris la situation de l’ex-Sam, en Aveyron, en main, on a bossé comme des dingues ; ça a duré en tout cinq ans ; il a fallu discuter avec les Chinois par cabinet d’avocats interposés… Et là, ça y est : deux entreprises sont en train de s’installer, dont l’une va commencer à recruter.”

Menace sur les 270 salariés de Fibre Excellence à Saint-Gaudens

On se souvient que le 24 août dernier, la collectivité a déposé une offre “préparant l’usine à la diversification de ses activités” qui sera examinée le 8 septembre par le tribunal de commerce de Toulouse. Autour de la table, des industriels dont la Soprema, basée à Strasbourg. Restera à trouver le papetier qui fera tourner l’usine. Cette offre s’est faite à travers son Agence régionale des investissements stratégiques (Aris), une agence réunissant des fonds privés que la collectivité pilote. Un montage original justifié par les délais très courts d’ici l’examen de cette offre. le second site de Fibre Excellence et ses 270 salariés, à Tarascon (Bouches-du-Rhône), lui, a été liquidé fin juillet. Mais Carole Delga, sibylline, ne perd pas tout espoir. “La porte n’est pas complètement fermée”, dit-elle.

Un plan d’investissement de 90 M€

Fibre Excellence, en AG. Ph. DR.

En tout cas, l’offre déposée pour la reprise de Saint-Gaudens auprès du Tribunal de commerce “tient la route, avait-elle qualifié, avec un business plan réaliste, un plan d’investissement de 90 M€ bouclé et un projet industriel de qualité. Ces 90 M€ se décomposent savamment entre apport en capital et trésorerie. Grosso modo, il y a 31 M€ envisagés pour relancer l’activité, dont 15 M€ de l’Etat. Et 60 M€ pour diversifier l’usine de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). L’Association professionnelle Forêt et bois apporterait son écot et des clients 1 M€ d’avances. Le département lui apporterait 5 M€ pour racheter la station d’épuration qui est privée.

Le coût social serait de 15 M€ à la charge de l’Etat pour payer le chômage et 40 M€ pour démanteler le site

Si cette nationalisation temporaire n’intervient pas, “ce sera un tsunami dans la filière bois” et des milliers d’emplois et une “catastrophe sociale” pour les quelque 300 salariés de l’usine, annonce la présidente de la région Occitanie. Qui sera chèrement payée, a-t-elle calculé : tout compris, si Fibre Excellence disparait, le coût social avec les indemnités chômage sera déjà de 15 M€ (plus que les 10 M€ réclamés à l’Etat aujourd’hui, lire ci-dessous). A cela s’ajoutent 40 M€ pour dépolluer et démanteler le site de Saint-Gaudens. Ce serait plus intelligent de nationaliser provisoirement. Et se retirer au bout de quelques années.

Cette usine de pâte à papier est “rentable”

Carole Delga à la manifestation de soutien à l’entreprise Fibre Excellence vendredi 6 mars à Toulouse. Ph. Lydie Lecarpentie

Pourquoi une telle demande à Emmanuel Macron ? Parce qu’un opérateur qui serait intéressé a besoin de plus de temps que les quelques jours qui restent avant le prononcé du tribunal. “Pour étudier le dossier et se familiariser avec les règles françaises”. Et ce temps “se compte en mois et pas en semaines”. Ce repreneur potentiel tant attendu n’existe qu’à l’étranger puisqu’il n’y en a plus en France ; un industriel portugais agissant dans ce secteur a visité l’usine de Saint-Gaudens et réfléchit à une reprise. Car la dernière usine de pâte à papier du pays est “rentable”. C’est aussi une question de “souveraineté industrielle”, appuie la présidente de région, appelant à ne pas refaire les mêmes erreurs que lors de la crise du covid où l’on s’est aperçus que l’on ne produisait pas assez de masques. Or, la pâte à papier entre dans la composition de “supports médicaux”, défend-elle.

J’en ai assez de ce pays où rien ne bouge. Là où il y a une volonté, il y a un chemin”

On a besoin de temps, ajoute-t-elle. Le marché est là avec 1 milliard d’euros de pâte à papier importée en France chaque année. Nous en avons besoin pour le papier à écrire, les journaux ; les emballages cartons et de plus en plus pour les produits médicaux et d’hygiène. C’est d’utilité publique”, qualifie Carole Delga. Et la concurrence internationale ne freine pas dans des conditions de production peu regardantes, notamment au niveau environnemental.

Et de se lancer dans un plaidoyer. “J’en ai assez de ce pays où rien ne bouge. Là où il y a une volonté, il y a un chemin.” Quel montage propose-t-elle ? elle demande une participation, financière de l’Etat non pas de 5 M€ comme prévu mais du double, 10 M€. La Région abonderait le projet de 13 M€ (1). Je vais réunir la commission permanente du conseil régional lundi à 14h30 pour qu’une délibération soit ajoutée au dossier au tribunal de commerce de Toulouse.

Faire baisser le prix du bois

Reste le nerf de la guerre : la rentabilité de Fibre Excellence. “L’usine de Saint-Gaudens a dégagé des excédents ces dernières années ; 9 M€ jusqu’en 2024.” Reste à. faire baisser le prix du bois et augmenter le prix de l’électricité. Pour le premier paramètre, la présidente Delga affirme que “l’on y travaille et avec les incendies cet été dans les Landes…” Sous entendu, il va y avoir une “surproduction” et donc des prix de vente en baisse. Quant au prix de vente de l’électricité par Fibre Excellence, Carole Delga a rappelé avoir obtenu une hausse de 20 % en avril. “J’ai décidé de faire parce que l’on n’en peut plus d’un pays qui renonce ; on veut de l’emploi. Nous avons mobilisé en interne dix agents sur ce sujet ; avec des cabinets juridiques spécialisés… Le tout, pris sur le budget de la Région…”

Olivier SCHLAMA

(1) La Région va engager 13 M€. Nous demandons à l’État un engagement de 15 M€ : une participation au capital de 5 M€ et un prêt de 10 M€. La Région engagera de son côté 13 M€, avec en complément le soutien déjà acquis d’industriels à la hauteur de 3 M€. “Cette intervention provisoire permettrait d’assurer la continuité du site dans l’attente de la finalisation d’une solution industrielle privée.”