Fibre Excellence : La Région et des industriels déposent une offre de reprise avec 90 M€ à la clé

Fibre Excellence, Ph. Léo Arcangeli.

Ce lundi, la collectivité a déposé une offre “préparant l’usine à la diversification de ses activités” qui sera examinée le 8 septembre par le tribunal de commerce de Toulouse. autour de la table, des industriels dont la Soprema, basée à Strasbourg.

Même l’été, pas de pause pour sauver dans un montage financier inédit la dernière usine de pâte à papier en France, Fibre Excellence à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), en redressement judiciaire depuis avril, et ses quelque 300 emplois. Même après l’échec d’une reprise par le banquier d’affaires Mathieu Pigasse, “Après plusieurs semaines d’un travail intense, une nouvelle offre de reprise du site Fibre Excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) a été déposée par la Région” à travers son Agence régionale des investissements stratégiques (Aris), une agence réunissant des fonds privés que la collectivité pilote. Un montage original justifié par les délais très courts d’ici l’examen de cette offre.

L’offre de Mathieu Pigasse n’avait pas été retenue

Fibre Excellence, en AG en avril dernier. Ph. DR.

En juin, après moult péripéties, un investisseur français “de tout premier plan”, le banquier d’affaires Mathieu Pigasse, avait suscité l’espoir parmi les salariés et la filière pâte à papier-bois en France, via la reprise de Fibre Excellence, placée en redressement judiciaire depuis le 27 avril. L’entreprise, qui emploie 670 personnes sur les deux sites, l’un à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, le second à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) était toujours à la recherche d’un repreneur capable de maintenir en vie ces dernières usines françaises de pâte à papier.

Grâce à cette nouvelle à l’époque encourageante, le tribunal de commerce de Toulouse avait donné un délai de trois semaines supplémentaires pour sauver cette filière dans laquelle Carole Delga et la région Occitanie ont mené un travail “acharné”. Pour les syndicats, c’était “un signal important et encourageant qui permet aujourd’hui d’envisager l’avenir sous un autre jour”. Mais avec cette décision du tribunal d’aujourd’hui, patatras.

Cette nouvelle “offre repose sur un projet industriel et financier considérablement renforcé”

Quelque 660 emplois directs sont encore toujours menacés ; la filière et plusieurs milliers d’emplois indirects pourraient disparaître. Même s’ils vivent un ascenseur émotionnel indicible, les salariés gardent espoir, alors que le second site de Fibre Excellence et ses 270 salariés, à Tarascon (Bouches-du-Rhône), lui, a été liquidé fin juillet.

Pour celui de Saint-Gaudens qui peut produire 280 000 tonnes de pâte à papier par an pour en faire du papier d’écriture, produits d’hygiène ou d’emballage, “cette offre repose sur un projet industriel et financier considérablement renforcé, représentant 90 M€ d’investissements. Les prochaines semaines permettront de poursuivre sa finalisation avec les industriels avant la prochaine audience du Tribunal, le 8 septembre”, ajoute la Région Occitanie.

“Nous avons fait la moitié du chemin et démontré qu’il existe des industriels prêts à croire dans l’avenir de Fibre Excellence”

Carole Delga à la manifestation de soutien à l’entreprise Fibre Excellence vendredi 6 mars à Toulouse. Ph. Lydie Lecarpentie

Pour Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, “le travail accompli ces dernières semaines est considérable. Les équipes de la région ont rencontré et démarché un nombre très important d’industriels et d’investisseurs dans le monde entier, et cela porte aujourd’hui ses fruits. L’offre déposée ce lundi matin auprès du Tribunal de commerce tient la route, avec un business plan réaliste, un plan d’investissement de 90 M€ bouclé et un projet industriel de qualité. Nous avons fait la moitié du chemin et démontré qu’il existe des industriels prêts à croire dans l’avenir de Fibre Excellence.”

Préparer l’avenir et la diversification des activités

L’ambition de Carole Delga est claire et maintes fois répétées : trouver une viabilité économique à cette usine et “conforter la production de pâte à papier en France en nous appuyant sur les compétences et les savoir-faire présents à Saint-Gaudens, tout en préparant l’avenir du site avec la diversification des activités”, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI. “Nous avons autour de la table plusieurs industriels, dont l’entreprise Soprema, qui souhaitent prendre part à cette nouvelle aventure”, révèle la présidente de la région. La Soprema est un groupe familial alsacien, spécialiste dans le domaine de l’étanchéité et de l’isolation thermique des bâtiments, pesant 5,2 milliards de chiffre d’affaires en 2025, employant plus de 13 000 salariés, dont 5 700 dans l’Hexagone.

En avril dernier, Laurent Quinto, délégué syndical CGT à l’époque, évoquait “un projet de diversification d’ici cinq ans sur des marchés plus porteurs et rémunérateurs pour la société comme fabriquer de la pâte fluff pour des papiers et serviettes hygiéniques et tout ce qui est packaging (pâte isolante pour remplacer l’amiante dans le fibrociment)”.

“La Région Occitanie prend ses responsabilités”

En tout cas, ce nouveau projet de reprise donne du temps aux repreneurs d’affiner leur offre. La Région, à travers l’Aris, “prend ses responsabilités en déposant cette offre pour permettre au projet d’avancer et donner aux industriels, en plein mois d’août, le temps nécessaire pour finaliser leurs engagements avec leurs partenaires et au sein de leurs instances respectives. Ce temps témoigne aussi du sérieux de leur démarche : ils veulent s’engager sur des bases solides et construire un projet industriel durable. Nous allons mettre les prochains jours à profit pour finaliser avec eux, d’ici au 3 septembre, les derniers ajustements du projet et de sa gouvernance”.

Avant d’ajouter : “Ce dossier est malheureusement emblématique d’un paradoxe français : on parle beaucoup de réindustrialisation pour notre pays, mais lorsqu’il faut agir concrètement pour sauver une usine et aller chercher des industriels, c’est la Région qui fait le sourcing et frappe aux portes des entreprises.”

“Je garde aussi comme ambition d’offrir des perspectives pour le site de Tarascon. Jusqu’au bout, nous resterons mobilisés avec la même détermination pour transformer cette dynamique en un avenir industriel durable pour Saint-Gaudens et ses salariés”, ajoute Carole Delga, originaire de ce territoire.

Une activité à l’équilibre, mais…

Fibre Excellence, Wikimedia Commons

Le problème est complexe. Le coût réel de production de la pâte à papier blanchie (essuie-tout, feuille de papier…) et écrue (carton d’emballage) dont elle est l’une des dernières usines en France est une activité à l’équilibre avec presqu’un millier de salariés. Ce qui plombe ses comptes, c’est la revente de l’électricité, une activité complémentaire mais qui lui coûte beaucoup d’argent : 30 M€ en 2025 ! L’électricité qui sert à faire fonctionner ses turbines lui revient quelque 180 € le mégawattheure (MGXh) alors qu’EDF le lui rachète maximum 120 € le MGWh… C’est comme vendre une baguette 1 € alors qu’elle coûte 1,50 € à fabriquer. Pour Fibre Excellence, c’est pareil.

Réviser le prix de rachat de l’électricité

L’électricité, qui est produite à partir de résidus de bois brûlés à très haute température, est revendue à EDF dans le cadre de contrats et d’appels d’offres émis par l’Etat qui fixent les tarifs respectifs de 120 € le MGWh pour Saint-Gaudens et 105 € pour Tarascon. Or, ces tarifs ne tiendraient pas compte de la hausse du prix du bois de trituration français (+ 50 % entre 2021 et 2025). L’actionnaire majoritaire, l’Indonésien Jackson Widjaja, espère que l’Etat français révisera le prix de rachat du MGWh à 180 € minimum. Il faudra en passer par la résiliation des contrats. Et ce n’est pas fait…

Olivier SCHLAMA