Innovation France Travail : “Aller chercher les candidats, un par un, en porte-à-porte…”

Ph. L.I. France Travail.

Dans des quartiers et en zones rurales, on expérimente en Occitanie, un dispositif unique en France : A compétences égales, chances égales. Le moteur : du volontarisme contre l’assignation à résidence sociale. France Travail, associé à Nes et Cité et de nombreux acteurs, notamment économiques, testent cette coalition pour l’emploi, avec un événement phare, à Nîmes, parmi les 150 organisés. Explications de Karine Meininger, directrice régionale de France Travail, et d’Abdel Belmokadem, président de Nes et Cité.

À compétences égales, chances égales : c’est le leitmotiv d’un dispositif expérimental dans des quartiers politique de la ville et dans les zones rurales d’Occitanie, seule avec trois autres régions (Paca, Auvergne-Rhône-Alpes et Ile-de-France) à mettre en place une task-force qui ne dit pas son nom. Au total, dans notre région, ce sont 150 actions qui auront été menées du 5 au 9 octobre. Avec trois événements phares inédits : lundi, à Lyon, mardi à Marseille et à Nîmes, dans le quartier Mas de Mingue, ce vendredi. Et ce n’est pas par hasard : un demandeur d’emploi sur trois réside dans les QPV ou en milieu rural.

“On est là où les gens vont, là où les gens sont”

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Karine Meininger, directrice régionale de France Travail, explique : “Avec nos partenaires, élus, etc., on s’installe ainsi là où résident les habitants des quartiers prioritaires et des zones rurales. Par exemple, à Toulouse, on était au centre commercial l’Hippodrome au Mirail. On y avait, présents, 24 employeurs qui étaient avec nous, dont SNCF Voyageurs, Transdev, etc. On est là où les gens vont, là où les gens sont. Ou alors, dans le rural, on va faire des tournées. On a un bus de l’entreprenariat à Béziers (Hérault) ou à Argelès (Pyrénées-orientales) qui récupère des habitants des quartiers pour le forum de Font Romeu pour les emplois en station cet hiver et les ramène chez eux ensuite.”

“Les problématiques des territoires ruraux et des quartiers de la politique de la ville sont les mêmes”

À Nîmes, il y aura par exemple un atelier de femmes inspirantes ; des sportifs qui aideront à comprendre le mécanisme de la préparation mentale pour mieux passer un entretien ou réaliser un objectif – dans notre cas, c’est trouver un job – et se construire un mental pour y arriver. Karine Meininger ajoute : “C’est une expérimentation, une première en France. Les problématiques des territoires ruraux et des QPV sont les mêmes ; on y trouve davantage qu’ailleurs de personnes bénéficiaires du RSA ; 28 % des personnes dans l’un de ces territoires vivent une exclusion numérique (contre 17 % pour la moyenne de la population). Il y a une grosse différence aussi sur les transports… On y cumule des difficultés et, pour autant, il y a beaucoup de talents. Et on a besoin de les aider à montrer leurs compétences. En Occitanie, deux habitants sur cinq vivent en milieu rural (c’est la 3e région de France) et on a 108 quartiers prioritaires.”

“Donner la chance à tous. En remobilisant les candidats”

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Dans ce concept, France travail est associée avec Nes et Cité, une structure spécialisée, de “médiation RH”, dans les quartiers et le monde rural. Dont le président, Abdel Belmokadem, explique lui sa méthode de street sourcing, un joli anglicisme : “Il s’agit d’aller chercher les candidats un par un chez eux, en faisant du porte-à-porte, le soir, à des horaires décalés. Histoire de donner la chance à tous. En remobilisant les candidats. Et en les rapprochant de France Travail.”

Ce sont des actions au bénéfice des publics éloignés de l’emploi dans ces QPV et des zones dite de revitalisation rurale. Les demandeurs d’emplois y auront trouvé des offres d’emploi et fait des rencontres avec des associations et des personnalités inspirantes. Ainsi, à Nîmes, associations, des employeurs, avec des offres d’emploi. Parmi lesquelles, Anthony Lecossois, fondateur de Boost, Clément Bessaguet champion de tir, ou encore Nordine Oubaali champion de boxe.

On veut agir concrètement sur l’égalité des chances et quel que soit son lieu d’habitation, il n’y ait plus de discrimination”

Karine Meininger

 “Nous sommes l’une des quatre régions pilotes en France sur ce dispositif”, confie Karine Meininger. Cette initiative est aussi née d’une histoire et d’une rencontre. Nous travaillons depuis longtemps avec Nes et Cité qui nous accompagne déjà. Ils sont spécialisés dans le street sourcing ; les jobs datings ; ils font des permanences dans des quartiers ; dans des appartements. Ils ont mené ainsi une expérimentation intéressante, Job Appart. Nous avons déjà beaucoup de sujets en commun. On se demandait comment allez plus loin. Les habitants des QPV et ceux qui habitent dans des zones rurales ont moins de chances d’accéder à l’emploi que ceux qui habitent ailleurs.” Or, les compétences et les habiletés existent.

Comment réunir opportunités et compétences ? Cette mobilisation de France Travail, de Nes et Cité associés à de nombreux acteurs économiques est une réponse. “On veut agir concrètement sur l’égalité des chances et quel que soit son lieu d’habitation, il n’y ait plus de discrimination. C’est l’enjeu. On veut maximiser le retour à l’emploi.” Pour lutter contre l’assignation sociale.

“On sait entrer dans ces territoires ; on a les codes. Et les portes s’ouvrent assez facilement”

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Plus d’un million et demi de jeunes sont sans travail ni formation en France. Pourquoi ça marcherait avec ce dispositif ? “Nous avons inventé ce métier il y a 30 ans, tranche Abdel Belmokadem. Nos outils sont extrêmement performants ; quand on arrive sur un territoire, on identifie les bons acteurs et les bons relais. Je viens du milieu du sport comme de nos nombreux conseillers RH. On utilise beaucoup le réseau sportif. On sait entrer dans ces territoires ; on a les codes. Et les portes s’ouvrent assez facilement. C’est aussi de la reconquête républicaine des quartiers et du monde rural.”

“Tout le monde est associé et agit ensemble. Avant, chacun était dans son couloir de nage”

Pourquoi les recruteurs s’intéressent-ils désormais à des candidats les plus éloignés géographiquement et les plus éloignés de l’emploi ? “La démarche est innovante. Beaucoup d’entreprises se sont remises en question. Et aussi on a la chance de bénéficier de l’appui et l’expérience de France Travail”, indique Abdel Belmokadem. Karine Meininger, elle, élargit le contexte : “Nous avons nos conseillers. C’est aussi tout le travail que nous avons fait depuis la loi Plein emploi avec les Comités locaux pour l’emploi. En Ariège, le maire était investi ; qui nous prêtait des locaux ; qui nous présente des entreprises ; avec les Resto du Coeur qui nous présentent des populations, etc. Cela constitue une coalition d’acteurs pour un seul objectif : maximiser les retours à l’emploi. Ce sont aussi la récolte des fruits de la loi du Plein emploi. On voit ainsi des acteurs locaux sacrément investis. Tout le monde est associé et agit ensemble. Avant, chacun était dans son couloir de nage.” Une synergie en capacité de propulser une dynamique.

En Ariège, “les 130 personnes qui sont venues à ce forum sont reparties avec une solution”

Karine Meininger, directrice régionale de France Travail, prend l’exemple d’un forum du dispositif réussi en Ariège : “L’idée durant cette semaine, c’est d’aller au devant ; d’aller là où les gens vivent. Par exemple, je suis allée lundi à Mazères. Le maire du village nous avait mis à disposition une grande salle où s’étaient réunies plus d’une vingtaine d’entreprises ; les 130 personnes qui sont venues, sont reparties avec une solution. Tout le monde en a été très contents, y compris les chefs d’entreprises (dans l’industrie, la Défense, aéronautique, l’aide à la personne…) Que l’on ait ce forum. Des habitants qui n’étaient pas des demandeurs d’emplois sont même venus rencontrer des entreprises. Chacune de ces sociétés est repartie avec au minimum cinq profils de candidats pour des recrutements ou des immersions.”

“Dans les loges de stades de Ligue 1 et même sur des points de deal dans les quartiers…”

Abdel Belmokadem, de Nes et Cité, tire un bilan positif de toutes ses actions que lui et son équipe mènent dans les quartiers politique de la ville depuis 2001. “On existe depuis 27 ans et on a remis plus de 17 000 personnes dans l’emploi. On a lancé quelques innovations percutantes en France, par exemple, des job dating ambulant dans un camion de 33 tonnes avec 25 entreprises à l’intérieur… Pareil dans les loges de stades de Ligue 1 et même sur des points de deal dans les quartiers Nord de Marseille, à Paris et Rhône-Alpes et donc nous arrivons avec ce dispositif que l’on va développer en Occitanie. Notamment des job dating sur les points de deal. Des job dating chez l’habitant dans le monde rural : on fait venir une entreprise ; on prépare quatre ou cinq candidats et dans le salon, le recruteur y passe deux heures. Avec ces petits formats, le taux de placement frise les 90 %.”

“Si un jeune veut découvrir le métier de journaliste, demain, il a un stage à l’Equipe TV”

Aujourd’hui, sans carnet d’adresses, sans formation adéquate, c’est devenu très compliqué de faire un travail que l’on aime ; il n’y a qu’à voir les pancartes anti-Parcoursup. Les inégalités sont d’autant plus fortes pour les habitants des quartiers et des territoires ruraux qui ont sans doute des métiers dont il rêve. Mais leur permet-on de rêver ? “On ne leur permet pas d’avoir des rêves mais de décrocher la lune”. Et : “Les collectivités mettent des médiateurs dans les quartiers, globalement ils prennent un Noir et un Arabe et leur disent d’y aller. Certains de nos médiateurs RH ont fait de grandes écoles de commerce et quand ils arrivent dans un quartier, ils ont avec eux un gros carnet d’adresses ; tout un réseau. Si un jeune veut découvrir le métier de journaliste, demain, il a un stage à l’Equipe TV.”

“Ces métiers en tension sont aussi exaltants”

Pour autant, les métiers dits en tension largement proposés lors de cette semaine peuvent aussi attirer ces demandeurs d’emplois ciblés, certifie Abdel Belmokadem. “On est arrivés en Occitanie sur les métiers en tension. En deux ans, nous avons remis plus de deux cents personnes à l’emploi sur des métiers du service à la personne. Les gens dans les quartiers veulent travailler. Ils ont tous conscience qu’ils ne peuvent pas tous travailler à la Nasa.” Celui-ci rapporte qu’il a avec sa structure organisé “un job dating dans le transport – un domaine soi-disant mal aimé – sur un point de deal sur 5 000 mètres carrés d’emprise au sol ; avec des poids lourds ; des voiturettes ; des bus. Et on a mis plus de 500 personnes en face des entreprises”.

Karine Meininger renchérit : “Ces métiers en tension sont aussi exaltants : quand on arrive à produire une pièce de mécanique de précision qui permet de faire décoller des avions, on a la satisfaction d’avoir fait quelque chose d’utile. Il y a des postes de monteurs-câbleurs à pourvoir dont on a beaucoup besoin ; dans l’hôtellerie-restauration dans notre belle région touristique ; sur le transport de voyageurs et en logistique ; des emplois dans le BTP et du commerce. Et des métiers qui sont rémunérateurs.”

Olivier SCHLAMA

Au centre social Jean-Paulhan,
opération emploi, ouverte à tous

France Travail aura lancé ce vendredi une opération spéciale emploi, au centre social Jean-Paulhan, à Nîmes, de 9h30 à 13 heures, ouverte à tous avec un fil rouge : Oser le féminin, avec l’accompagnement spécifique d’un conseiller d’une dizaine de femmes résidant dans les quartiers prioritaires de Nîmes. Avant cette matinée, elles auront travaillé leur CV et participé, le 1er octobre, à un atelier consacré à la confiance en soi, animé par les psychologues du travail de France Travail.

Le 7 octobre, elles ont découvert également l’immersion professionnelle à travers une matinée organisée par le bassin de Nîmes à l’Afpa. Deux jours plus tard, le 9 octobre, elles ont pu mettre en pratique ce travail, rencontrer des employeurs et oser se présenter, échanger et se projeter dans de nouveaux métiers. Une vingtaine d’entreprises et plusieurs dizaines de postes : l’événement a réuni également une vingtaine d’entreprises venues avec des offres d’emploi concrètes. Logistique, transport, commerce, services à la personne, hôtellerie-restauration, sécurité, propreté… plusieurs secteurs seront représentés.

Avec l’idée suivante : et si, pour faciliter l’accès à l’emploi, il fallait parfois commencer par changer la manière de se rencontrer ? C’est tout l’enjeu de l’Opération emploi QPV-Ruralité. “On a travaillé un mois avec notre équipe de médiateurs RH, faire du porte-à-porte, préparer les candidats…”, confie Abdel Belmokadem, de Nes et Cité.

Pendant une matinée, demandeurs d’emploi, entreprises, associations, organismes de formation et acteurs de l’accompagnement auront été réunis autour d’un même objectif : créer des rencontres qui peuvent déboucher sur un emploi, une immersion, une formation ou simplement une nouvelle étape dans un parcours professionnel.

Des CV exposés comme des portraits : l’une des particularités de cette matinée sera son expo éphémère. Pas de CV alignés les uns à la suite des autres : les visiteurs ont découvert des profils présentés autrement, à travers les valeurs, les expériences, les motivations et les aspirations des candidats. L’objectif est simple : permettre aux recruteurs de découvrir des personnes avant de ne voir uniquement des lignes sur un CV. Les entreprises pourront, au fil de leur découverte, proposer directement une rencontre aux candidats dont le profil aura retenu leur attention.

Parmi les entreprises attendues : Intermarché Courbessac, Acee, la Ville de Nîmes, le Département du Gard, l’Hôtel Le Chouleur / Le Pré Galoffre, Famille et Domicile Services, McDonald’s, Airelle, Boost, Ocean, Ras Intérim, Coop Voyageurs, Pomona, Lib Industries, Sud Est Protection, Voat, ainsi que plusieurs acteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de la logistique. Le recrutement ne sera pas le seul objectif.

Les employeurs pourront également conseiller les candidats, proposer des immersions, parler de leurs métiers et partager leur expérience.
Certains témoigneront notamment de leur parcours et de leurs pratiques dans un format inspiré de Un patron dans ma ville. Recruter sans CV : c’est possible Autre temps fort de la matinée : la Méthode de Recrutement par Simulation (MRS). Cette méthode permet de recruter à partir des habiletés nécessaires à l’exercice d’un métier, plutôt que de s’appuyer uniquement sur le CV ou l’expérience professionnelle.

Une façon de montrer que les compétences peuvent aussi se révéler autrement, et que des parcours atypiques peuvent ouvrir les portes de certains métiers.
Des témoignages pour inspirer : la matinée a également été rythmée par plusieurs témoignages de parcours inspirants. Le champion de tir Clément Bessaguet et le boxeur Nordine Oubaali viendront partager leur expérience et leur parcours.
L’entreprise de logistique Boost témoignera quant à elle de son management participatif et coopératif, ainsi que des évolutions engagées dans son organisation pour faciliter notamment le recrutement des femmes dans ses métiers.

Un village pour trouver sa solution : enfin, un village des partenaires permettra aux visiteurs de découvrir les nombreuses solutions existantes en matière d’emploi, de formation, d’orientation, d’accompagnement ou encore de création d’activité.
AFPA, Face Gard, Mission Locale de Nîmes Métropole, Cap emploi, PIMMS, Rocket School, NQT, Time 2 Start, ADIE, Impala Avenir, La Ruche, JobIRL, RCN et le Centre Social André Malraux seront notamment présents.

D’autres partenaires, dont le CIDFF, la Maison France Services La Pléiade et l’association Gard à Elles, pourraient également rejoindre l’événement.
Une matinée pour aller à la rencontre de son futur employeur
Avec cette opération, l’objectif est de faire tomber les barrières entre les candidats et les entreprises, en proposant une rencontre différente, plus directe et plus humaine.- Parce qu’un recrutement peut commencer par un CV, mais aussi par une discussion, une immersion, un conseil, un témoignage ou une rencontre qui donne envie d’oser. L’événement est ouvert à tous les publics. Entrée libre.

Plus de 150 actions pour l’emploi en Occitanie

Parmi 150 actions pour l’emploi en Occitanie, il y en a eu en l’Ariège, le 8 octobre, à Saint-Girons, plus de 40 entreprises et recruteurs ont répondu présents pour venir à la rencontre des chercheurs d’emploi du territoire, ainsi que des associations et des organismes de formation venues donner informations et conseils, y compris sur la création d’entreprise.

À Toulouse, le 8 octobre, le Forum Nouvel Élan 2026 est un événement de recrutement et d’accompagnement vers l’emploi, destiné notamment aux habitants des QPV du sud de Toulouse, avec 24 employeurs, des offres d’insertion et un ensemble de solutions pour lever les freins à l’emploi. À noter : la présence de l’association BeHappy pour informer les personnes atteintes de cancers sur les soins de supports, ainsi que La Cravate solidaire.

En Lozère, le 7 octobre, à Mende, Forum de l’Emploi Public, “Vos Talents sont Nos Emplois !” Salarié, Jeune, chercheurs d’emploi pourront en savoir plus sur les emplois du secteur public. Les trois Fonctions Publiques ; Etat, Territoriale et Hospitalière vous présenteront une multitude de métiers dans des environnements divers et variés.

Dans le Tarn, à Aussillon, le 7 octobre, Atelier Maîtriser les fonctionnalités de l’espace personnel. Un atelier spécifique pour rendre le public plus autonome dans ses démarches.

Dans le Tarn-et-Garonne, le 6 octobre, à Castelsarrasin, Caravane de l’Emploi et de la reconversion. Rencontres avec des entreprises du territoire qui proposent des opportunités concrètes de recrutement et d’immersion.

Dans l’Hérault, à Béziers, le 5 octobre, QPV Ruralités, à compétence égales, chances égales. Recrutement et découverte du secteur Aide à la personne. Ou encore dans le Lot, à Figeac, le 6 octobre Forum Emploi Seniors.