Citoyenneté : Aux origines des élections municipales

Alors que l’échéance approche, que savez-vous vraiment des élections municipales ? De la naissance du poste de maire au Moyen-Âge à l’ouverture du vote aux citoyens européens en 2001, l’historien Samuel Touron revient sur l’histoire de ce vote si cher aux citoyens.

Dans moins d’un mois, les citoyens français et les ressortissants de l’Union Europeenne vivant en France seront appelés à élire leurs représentants municipaux constitués en liste. Les nouveaux élus éliront alors le maire lors du tout premier conseil municipal suivant l’élection. Les conseillers municipaux ont une influence forte sur notre cadre de vie, sur l’identité, la culture et l’évolution économique et sociale de la plus petite collectivité territoriale française : la commune. Si le rôle du maire et des élus est généralement bien maîtrisé, l’histoire des élections municipales qui en dit pourtant tant sur l’organisation administrative française est moins connue.

La fonction de maire pas née de la Révolution française

Ce n’est que depuis la loi sur l’organisation municipale du 5 avril 1884 que le suffrage universel masculin direct existe. La tenue des élections municipales a auparavant beaucoup varié suivant les bouleversements politiques permanents du XIXe siècle. En effet, en moins d’un siècle, dix constitutions et quatre déclarations des droits se succèdent traduisant une très forte instabilité politique. Contrairement à une idée reçue, la fonction de maire n’est pas née de la Révolution française. En outre, le maire est, dès le IXe siècle, celui qui administre le domaine du seigneur. Dès le XVIIIe siècle, Louis XVI souhaite établir un statut officiel pour le maire, la Révolution ne lui en laisse pas le temps et c’est cet épisode de notre histoire qui donne un premier statut à la fonction de maire. Il est alors élu pour deux ans par les citoyens actifs de la commune c’est-à-dire ceux qui paient un impôt.

Maire, prêtre, instit : triumvirat de la République

L’élection du maire s’est cependant avérée éphémère. Dès 1799, le Consulat supprime le mode électoral et déclare que les maires doivent désormais être nommés par le préfet. Cela présente l’avantage de permettre au pouvoir exécutif de contrôler l’administration des communes et d’éviter ainsi tout mouvement contre-révolutionnaire dans le contexte très instable et troublée de la fin du XVIIIe siècle.
La nomination des maires demeure sous la Restauration. De plus, le maire est placé en position de seule figure d’autorité étant donné que les conseillers municipaux ne sont consultés qu’en cas de nécessité et à la demande du juge. Cette situation dura jusqu’en 1867 et sa modification sous le Second Empire. L’année 1884 marque celle de l’élection du maire qui contribue à faire du premier magistrat une figure de respect qui constitue avec le prêtre et l’instituteur le triumvirat de la IIIe République.

En 2001, pour 1er fois les Européens résidant en France sont autorisés à voter aux élections municipales

Le système électoral instauré en 1884 a finalement connu peu de changements. Entre 1871 et 1918 l’Alsace-Moselle sous domination allemande n’expérimente pas le suffrage universel masculin direct, l’Empire allemand fonctionnant sur le mode de désignation du maire par une autorité administrative représentant l’État. Enfin, les électeurs parisiens n’eurent un maire qu’en 1977, étant auparavant administré directement par le préfet du département de la Seine.Quant aux femmes, elles ne purent voter pour la première fois aux élections municipales que le 29 avril 1945 et c’est Josette Guénin qui devint la première femme maire de France le 21 janvier 1945 (elles pouvaient être élues sans avoir, elles, le droit de vote !) dans la petite commune de Villars-Montroyer à la suite de la mort de son mari qui était jusqu’alors maire. Au sein des départements d’Algérie, les femmes ne furent autorisées à voter pour la première fois qu’en 1958.
Ainsi, les élections municipales au suffrage universel direct demeurent récentes et ont connu de nombreuses modifications, selon la taille de la ville et son statut (Paris, Marseille et Lyon) le déroulement de l’élection varie. Les réformes sont en fait incessantes et témoignent de l’importance de ce moment électoral. En 2001, pour la première fois les citoyens européens résidant en France sont autorisés à voter aux élections municipales, symbole d’une nouvelle évolution.

Roger Senié, maire de la commune ariégeoise de La Bastide-de-Bousignac est resté maire de 1947 à 2014

Le maire c’est aussi la personnalité administrative la plus proche des citoyens, de ce fait, cette élection revêt une dimension toute particulière dans le rapport qu’ont les français au pouvoir et à la démocratie. Il n’est ainsi pas rare que certains maires aient exécuté des mandats sur le temps long notamment dans les petites communes où les relations humaines et le réseau plus qu’un idéal ou un programme politique font l’élection. Ainsi, dans une quinzaine de communes de France les maires en fonction n’ont pas changé depuis 1953 ou avant.
Roger Senié, maire de la commune ariégeoise de La Bastide-de-Bousignac est ainsi resté maire de 1947 à 2014 décidant de ne pas se présenter lors des dernières élections municipales, tout de même âgé de 94 ans. Jean Savoie était le doyen des maires de France, à la tête de la commune de Pouzay (Indre-et-Loire) mais est malheureusement décédé en 2019 à l’âge de 95 ans après avoir passé 54 ans au service de ses concitoyens.

La même famille au pouvoir durant 105 ans !

Certaines familles ont également instauré de véritables dynasties, c’est par exemple le cas à Templeuve-en- Pévèle dans le département du Nord où durant 105 ans, de 1812 à 1918, la famille Baratte s’est succédée à elle-même de père en fils pour diriger la ville. Les événements historiques ont également pu entraîner la disparition du maire dans certaines communes. À la suite de la Première Guerre mondiale c’est par exemple le cas dans plusieurs communes situées à proximité du champ de bataille de Verdun.
Face à l’importance de la pollution et de la dégradation des sols, ces communes ne furent jamais reconstruites et déclarées « mortes pour la France ». Elles continuent cependant d’exister administrativement et symboliquement, possédant en outre un maire qui est nommé par le préfet, faute de pouvoir être élu par les citoyens. Les maires et l’élection municipale en disent ainsi énormément sur l’histoire de l’organisation d’un politique, les traumatismes qu’il a pu subir et le rapport qu’entretiennent les citoyens avec le politique.