Art(s) : « Plus d’un kilo de mots et d’images », REGARDS, oeuvre collective… et singulière !

Regards vous incite à ouvrir l'oeil sur l'art contemporain... Photo fragment de la couverture, oeuvre d'Isabelle DALLE

En général, un « beau livre » d’art illustre une exposition, une monographie d’un artiste historiquement reconnu ou marquant. Celui là est sans doute un des rares à proposer autre chose, mais dans la même qualité de support haut de gamme (choix du papier, couverture)…

C’est, selon le credo de ses concepteurs : « Un des seuls à faire vibrer des artistes de tous horizons, un de seuls à parler ouvertement de nous et de notre monde. Un des seuls… sans contraintes. Le « seul » complètement libre. » Trois années ont été nécessaires pour donner vie à « Regards » dont la « naissance »sera officialisée le 17 novembre prochain.

S’évader, loin des conventions et du quotidien

Patrice Verry, auteur et concepteur du livre… Photo D.-R.

Par bonheur, les restrictions liées à la « crise sanitaire » n’interdisent pas (encore) de lire ! « Malgré la situation que nous connaissons actuellement, dans cette période où les repères tombent, nous avons décidé de résister. Unir les énergies. Porteuse d’espoir, la créativité sait aussi parfois dissiper des zones ombrageuses » soulignent les créateurs de cet OVNI éditorial.

Le projet a été conçu bien avant le coronavirus. Mais il exprimait déjà un authentique besoin d’évasion d’un monde conventionnel et corseté, avant que d’être confiné et masqué. « Nous avons encore ce feu intérieur, ce désir brulant de montrer que l’on peut encore donner naissance à de beaux livres en étant portés par un élan de Liberté. Et ce, sans éditeur (le livre a été financé par une opération de financement participatif sur KissKissBankBank, NDLR). Les frilosités nous dépriment. Alors nous prenons les chemins de traverses pour rassembler. »

J’aime bien les choses impossibles. »

Le « fil rouge » de « Regards », c’est donc l’auteur des textes, Patrice Verry : « J’aime bien les difficultés, les choses impossibles, connaître ces moments d’épuisements, de doute, de peur… d’un livre qui ne s’adresse pas forcément à ceux qui me suivent. J’ajouterai aussi savoir apprécier la simplicité quand elle pointe son petit nez ! »

Autour de lui, plusieurs dizaines d’artistes d’horizons très divers. Et parmi eux, plusieurs talents d’Occitanie : Guillaume Mazel, né prés d’Albi qui a fait les Beaux Arts de Toulouse, Stéphane Climent (Toulouse), Thierry Guitard (Saint-Estève) Et Manuela Barron-Algar (Nîmes).

Petite galerie de portraits des créateurs d’Occitanie :

Guillaume Mazel… Photo D.-R.

Guillaume Mazel est né en 1969. Ce graulhetois « curieux et sensible » , diplômé de l’École Nationale des Beaux-arts de Toulouse s’est installé à Madrid où il exerce comme créateur de logotypes, dessinateur, illustrateur, créateur d’Artwork pour disques et affiches et de tatouages.

Influencé, notamment, par le travail de certains auteurs de comics, ses dessins à l’encre sur papier, rarement coloriés, sont dessinés sans ébauche ni idée préliminaire. Ils se nouent et finissent par raconter une histoire, à la manière de journaux intimes. Sa passion pour la musique (il est aussi chroniqueur pour plusieurs web et radios internationales et parolier), se transmet aussi en détails cachés dans ses œuvres…

De Perpignan à Nîmes et Toulouse

La musique ? Un trait commun avec le catalan Thierry Guitard. Auteur de pochettes pour The Liminanas ou Pascal Comelade, d’affiches pour la salle El Mediator (Perpignan), le festival Soul Nova Ona de Canet-en-Roussillon ou Performace d’acteur (Cannes)… mais aussi d’illustrations pur la presse (Rock & Folk, The New Yorker, Libération…).

Quant à Manuela Barron-Algar, elle est née à Kourou en Guyane, avant de grandir en Corse et de s’établir à Nîmes (Gard) en 1989 où elle a fait les Beaux-Arts. Elle a ensuite enseigné le dessin pour l’ancien musée archéologique de Nîmes en 2011 et obtenu le premier prix de la ville de Bellegarde la même année. Portraitiste pour le muséum d’histoire naturelle elle a été illustratrice pour le livre Miss Endorphine en 2015, déjà une anthologie signée Patrice Verry.

Moun, quand le graff s’invite à domicile

Inspiration comics ? Il faut regarder du côté du toulousain Stéphane Climent dit Moun, qui développe depuis 2017 le concept de la toile-mur, Ses expérimentations vont en effet au delà de l’œuvre peinte.

Le toulousain Stéphane Climent, dit « Moun », l’un des artistes remarqués de cet ouvrage exceptionnel. Photo D.-R.

Et à l’heure où beaucoup d’artistes dans le domaine du graff cherchent à amener l’art de la rue en galerie en créant des supports ou des matériaux évocateurs de surfaces murales. Moun a été plus loin. Il a mis au point un nouveau concept : la reproduction à l’identique d’un mur extérieur et possiblement éphémère. Le tirage qui en résulte, peut être encadré et mis en situation à l’intérieur, de la même manière qu’une toile à peindre classique, d’où le nom de toile-mur.

Ces toiles-murs graffées sont devenues partie intégrante de sa production et en renforcent la force par l’interaction qui existe entre l’œuvre et son support. L’objet qui arrive dans le salon d’un amateur est ainsi une combinaison intense entre la force d’une œuvre, la profondeur d’une gamme de couleurs et la réalité presque brutale, mais contenue, d’un mur de la rue.

Avec deux associés, Moun est membre fondateur d’une startup d’innovation artistique qui prépare une existence indépendante pour les toiles-murs, en tant que supports pour d’autres artistes ou en tant qu’objets de design. Qu’elles soient peintes, loin de leur univers d’origine, ou utilisées en tant que supports d’impression. Une affaire à suivre, donc…

Alors, c’est quoi ce livre !?

Mais revenons au livre. Regards, donc, se scindera en trois parties entrelacées de préludes (la création), d’interludes (des regards), d’un intermezzo et d’un postlude (Jérémie Garcin). Ce dernier « ouvrira une projection apaisée vers les avenirs. » Et pour le rendre plus original dans sa structure, chaque partie du livre s’ouvrira avec une couverture différente (Fred Le Pop, Guillaume Mazel et Ida Polo) et des titres de chapitre seront tissés par Sanuwah.

La parole à l’auteur :

Première partie : Petit traité de légèretés anatomiques (et sensorielles) : Ce petit traité détendu croque les quotidiens en prêtant une attention particulière aux détails pour vous rendre complice. Jouer sur le contraste entre la trivialité des situations décrites et la préciosité du discours. Il est souvent question d’autodérision et de caricatures. Fluides, odeurs, bruits,… font partie de ce sommaire. Que se passe-t-il dans notre esprit face à des situations contrariantes ou horripilantes ? Quel regard portons-nous sur nous-mêmes ? Observons !

Seconde partie : Chroniques mutantes & parfois contestataires : Dans ces voyages la satire sociale est souvent traitée par le biais de la personnalisation des humeurs, des comportements, des technologies et par l’utilisation des sciences (-fictions). Ces chroniques parlent de bouffe, de lumière, de charognards, de pénétration, de rongeurs, de trafics, d’extra-terrestres, de démons, d’obéissance, de décomposition, de salive, d’extase, de flammes, de cuillère, de langues, de bâtonnets, de nerfs, de crimes, d’ogres, de gominés, de molécules, d’obscurité, de chewing-gum, de mutations, de centimètres, de bêtise, de sucre, de plastique, de quadrilatères, de packaging, de crème, de neurones et forcément de bien d’autres choses.

Troisième partie : Brefs délires thérapeutiques : Au fil des pages le livre glisse vers sa fin mais souhaitons-lui éternité dans les horizons. Dans la continuité de la partie précédente voici une petite cueillette d’échappées métaphoriques entrelacées de quelques soupçons de cruauté (voir plus si affinités). Bienvenus dans l’absurde !

Et pour parachever ce tour d’horizon, précisons que Regards s’associe avec le monde de la musique, avec la participation du groupe Proksima & de Catherine Watine.

Et pour les connaisseurs, il faut noter la présence dans cet ouvrage de Walter Minus, auteur de bande dessinée révélé dans les années 80, illustrateur pour les plus grands magazines et sans doute l’un des dessinateurs ayant le mieux su exprimer toute la sensualité féminine dans un style entre Ligne claire et Pop’ Art

Envie d’en savoir plus ? C’est facile, ouvrez le livre et plongez-y « votre » regard !

Philippe MOURET

Dis-Leur ! qu’on parle d’art, aussi