Agriculture : Les fraises ont besoin de toutes les bonnes volontés

L'agriculture a besoin de mains, notamment pour cueillir les fraises... Photo D.-R.

Les travailleurs saisonniers étrangers ont des difficultés à rejoindre les exploitations françaises, en pleine épidémie de coronavirus. Les fraisiculteurs et asparagiculteurs sont les premiers exposés à ce manque de main-d’œuvre.

Cité sur le site Réussir.fr fruits et légumes, un producteur de fraises lot-et-garonnais témoigne que les saisonniers de pays de l’est de l’Europe qu’il attendait n’ont pas pu partir, faute de bus Grandes lignes annulés, et ont été refoulés à la frontière allemande en véhicules particuliers. Des producteurs d’asperges du Sud-Ouest ont pu faire venir en urgence des saisonniers andalous qui ont franchi, le 17 mars, la frontière française avec une attestation de contrat de travail.

Le sud de la France représente 67% de la production nationale de fraises (l fruit préféré de plus de 49% des Français) et l’Occitanie est le deuxième producteur d’asperges de l’hexagine, après Nouvelle-Aquitaine. La mévente en raison du confinement inquiète les producteurs…

L’appel de la FNSEA

« Même si le gouvernement nous autorise à continuer notre activité, essentielle à l’approvisionnement alimentaire des français, il n’y aura aucune dérogation concernant la circulation des personnes », prévient Jacques Rouchaussé. Le président du syndicat légumier précise que des recherches d’alternatives sont en cours auprès des ministères.

Du côté de la FNSEA un appel est lancé : « En cette période de crise, les agriculteurs sont plus que jamais mobilisés pour vous nourrir mais la main d’oeuvre manque plus que jamais. Il est nécessaire de se mobiliser pour subvenir aux besoins alimentaires de la population. La profession agricole s’organise. On ne captitule pas ! », insiste le principal syndicat agriicole.

Dans un tweet , Christiane Lambert lance un appel à toutes les bonnes volontés qui disposent de temps : « Nous aurons besoin de 200 000 saisonniers dans les 3 mois. Nous vous accueillerons dans de parfaites conditions de sécurité. » Pour accompagner cet appel, la FNSEA partage l’initiative Mobilisons-nous pour sécuriser nos assiettes initiée par Wizifarm Mission qui met en relation les agriculteurs et ceux qui peuvent donner un coup de main : plantation, semis, cueillette, conduite d’engins agricoles…

Le ministre de l’Agriculture à la rescousse

Consommez masqué, mais consommez local ! Photo D.-R.

Le ministre de l’Agriculture en personne, Didier Guillaume est venu à la rescousse de l’agriculture française :  « Je veux lancer un grand appel à l’armée des ombres, un grand appel aux femmes et aux hommes qui aujourd’hui ne travaillent pas, un grand appel à celles et ceux qui sont confinés chez eux dans leur appartement, dans leur maison (…) à celles et ceux qui n’ont plus d’activité, je leur dis rejoignez la grande armée de l’agriculture française, rejoignez celles et ceux qui vont nous permettre de nous nourrir de façon propre, saine (…) Il faut que les travaux des champs se fassent et, pour qu’ils se fassent, il faut de la main-d’œuvre… »

Les Jeunes Agriculteurs d’Occitanie ont quant à eux adressé une lettre ouverte aux français, les « exhortant aujourd’hui au soutien de nos filières agricoles françaises en achetant des produits français, que ce soit en circuit court ou dans nos grandes et moyennes surfaces. »

Roland Le Grand, président des JA Occitanie, souligne : « L’origine France est gage de qualité et de traçabilité, soyez en sûrs. La saison des fruits et légumes bat son plein et nous le savons, une alimentation diversifiée et saine renforce nos protections immunitaires. Aussi, continuez à consommer des fruits et légumes frais préalablement lavés (…) nous vous demandons de privilégier vos approvisionnements avec des productions locales. L’économie de nos exploitations, déjà mis à mal par de nombreuses crises, dépend aujourd’hui de vous. »

Des solutions pour consommer local sans risques

Soutenir les produits français… Photo D.-R.

Une philosophie relayée par la présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée, Carole Delga qui souligne : « Plus que jamais, l’économie régionale a besoin de notre solidarité. Restons chez nous, les producteurs locaux et commerçants de proximité s’organisent pour nous livrer à manger. Tous ensemble nous pouvons soutenir leur activité en consommant local. » Et sur son site, la Région a ouvert une plateforme gratuite : Je me fais livrer les produits d’ici

Dans un esprit comparable, la start-up Fraichy est présente à Montpellier et Toulouse, proposant la livraison « écologique » de produits des commerçants de quartier sélectionnés. Pour savoir comment ça marche : cliquer ICI.

Ce week-end la préfecture d’Occitanie vient d’annoncer par arrêté préfectoral l’ouverture dérogatoire pour le week-end, des marchés Ormeau (10 étals), Pradettes (10) et Soupetard (6) le samedi 28 mars et le marché Rangueil (8) dimanche 29 mars.

Philippe MOURET

L’agneau, aussi…

Communiqué de la Coordination rurale : « Comme chaque année, la période de Pâques est synonyme d’une forte augmentation de la consommation de viande d’agneau et de viande ovine par les Français. Cette période festive est préparée par les éleveurs ovins français depuis de longs mois, afin d’offrir la meilleure qualité de viande aux consommateurs. Les mesures de confinement liées à la pandémie de Covid-19 adoptées par le Gouvernement nourrissent les inquiétudes sur la consommation de viande d’agneau dans les prochaines semaines. 

Dans l’objectif de préserver un pan entier de notre agriculture et dans ce contexte très particulier, les distributeurs doivent privilégier l’approvisionnement en viande ovine française plutôt qu’en viandes issues d’importations ! Il reviendra aux pouvoirs publics de prendre les mesures adéquates pour les y contraindre si nécessaire. 

Le ministre de l’Agriculture a demandé à la profession agricole de répondre présente pour nourrir la population en cette période difficile. Les agriculteurs ont, comme à l’habitude, entendu le message. Il est important maintenant que tous les acteurs de la filière fassent de même pour éviter, une énième fois, que les éleveurs soient les grands perdants.

Une part d’importation à hauteur de 57 %

La production ovine française couvre 43 % de la consommation hexagonale, le reste étant de la viande importée principalement du Royaume-Uni, d’Irlande et de Nouvelle Zélande. Les éleveurs français possèdent les pratiques d’élevage les plus vertueuses à l’échelle mondiale, élevage qui permet d’entretenir des zones difficiles et de faire vivre des territoires. Le consommer local permet en outre d’économiser de très nombreux transports et une pollution inutile ! »