30 ans de Pays d’Oc : « Les vins de cépages sont là pour des siècles ! »

"Créer cette interprofession et développer les vins de cépage de qualité, c'était une nécessité absolue", confie Jacques Gravegeal. "Le niveau de consommation se dégradait ; plus personne ne voulait de nos vins de terroir, des vins de table. Les gens voulaient toujours boire du vin mais mieux, de meilleure qualité. Cela a débouché sur une crise énorme." Photo : Olivier SCHLAMA

Le trentième anniversaire de l’IGP Pays d’Oc s’est déroulé au domaine de Verchant, à Montpellier. L’occasion pour les fondateurs, Jacques Gravegeal et Robert Skalli de raconter l’origine de cette saga et d’affirmer, pour le second, que ces vins de cépages, ceux qui ont permis à la viticulture languedocienne de renaître, « sont là pour des siècles ! ». Les interventions de ces deux visionnaires sont aussi à voir en vidéo, en fin de reportage.

 

Des centaines de vignerons ; un ancien président de la région Languedoc-Roussillon, Jacques Blanc ; l’ancien président du Crédit agricole régional, Yves Barsalou, entre autres, entouraient mardi soir Jacques Gravegeal, président de l’IGP Pays d’Oc, et Robert Skalli, l’ancien négociant sétois international qui lança le premier un vin de cépages, sous la marque Fortant de France.

C’était au domaine de Verchant, à l’orée de Montpellier, que cette grande famille des vins de cépages français, dont une grande partie des 1 200 vignerons et 175 caves particulières (représentant 12 000 viticulteurs), s’est retrouvée mardi soir pour fêter les 30 ans de réussite de ce label qui a permis à la viticulture languedocienne de redémarrer. C’était l’après-crise de Montredon alors que la vigne régionale pissait à grands tonneaux un mauvais nectar. C’était il y a trente ans. Autant dire une éternité.

Six millions d’hectolitres, soit 743 millions de bouteilles

Jacques Gravegeal, président de l’IGP Pays d’Oc, et Robert Skalli, ex-négociant sétois, sont tous deux à l’origine de ce label. Une réussite de 30 ans. Photo : Olivier SCHLAMA

Partis de 200 000 hectolitres en 1987, Pays d’Oc représente aujourd’hui la moitié du vignoble languedocien (120 000 hectares) sur quatre départements, lui-même le plus grand au monde (240 000 hectares). La production ? Six millions d’hectolitres, soit 743 millions de bouteilles vendues dont 48 % à l’étranger (contre 80 % à l’étranger en 1987). IGP Pays d’Oc est le label leader dans sa catégorie. « Nous avions consacré 20 ans à restructurer le vignoble languedocien », a explicité Jacques Gravegeal qui était un jeune syndicaliste à l’époque et déjà président visionnaire de l’IGP.

Pour lancer et asseoir ce label, il a fallu toute la détermination du « Grand Jacques » pour mener à bien tout un travail de ré-encépagagement pour en arriver à un cahier des charges permettant d’utiliser 58 cépages, alternative crédible aux AOC de l’époque. « Toute la production est certifiée », ajoutait Jacques Gravegeal.

Le niveau de la consommation se dégradait et personne ne voulait de nos vins de table… Jacques Gravegeal

Le président ouvre l’armoire à souvenirs pour Dis-Leur en évoquant le climat délétère il y a trois décennies et, en même temps, comment a-t-il trouvé une l’idée de l’IGP et les vins de cépages pour produire du vin de qualité et de le valoriser : « Créer cette interprofession et développer les vins de cépage de qualité, c’était une nécessité absolue », confie Jacques Gravegeal. « Le niveau de consommation se dégradait ; plus personne ne voulait de nos vins de table. Les gens voulaient toujours boire du vin mais mieux, de meilleure qualité. Cela a débouché sur une crise énorme. »

« Le Languedoc vivait des moments terribles, racontait mardi soir Robert Skalli. La viticulture était en souffrance entre ce que j’appelle les vins misère (vins de table) et les vins mystère (AOC) dont les volume étaient insuffisants. » Robert Skalli

Un voyage aux USA luis la rencontre avec Robert Skalli qui lui ouvre les portes du négoce international le confortera dans son approche. Les Californiens de la Napa Valley – où Robert Skalli avait un domaine – seront les premiers sur ce segment mais « ils ne faisaient que copier le modèle hexagonal avec des marques qui sonnaient vaguement français : « Cabernet Bordeaux », « Merlot Bordeaux », dit-il avec un accent franglais ironique… « Cette idée très anglo-saxone aurait pu marcher. Je me suis dit : « Bon sang, y a un truc à faire…! » C’est la rencontre avec un homme « providentiel », Robert Skalli qui scellera le début du succès, jamais démenti depuis. A travers sa marque, Fortant de France, il écoulera les premières années la totalité de la production de Pays d’Oc.

« Le Languedoc vivait des moments terribles, racontait mardi soir Robert Skalli. La viticulture était en souffrance entre ce que j’appelle les vins misère (vins de table) et les vins mystère (AOC) dont les volume étaient insuffisants. On s’est sentis l’un et l’autre portés par l’envie d’apporter une réponse à la viticulture languedocienne (…) et on a eu cette chance au même moment de voir le monde bouger pour les vins de cépages. » Et d’ajouter : « Quand on me demande : « Les vins de cépages sont là pour combien de temps ? » Je réponds : ils sont là pour des siècles ! »

Olivier SCHLAMA

Intervention de Robert Skalli : https://www.youtube.com/watch?v=MNvi7HquUKE

Intervention de Jacques Gravegeal : https://www.youtube.com/watch?v=C3-LyGLlppo&sns=em

Lire aussi notre entretien avec Jacques Gravegeal sur les 30 ans de Pays d’Oc C’est ICI