Fake news : Une appli pour éclairer les ados

François Blaise, rédacteur en chef d'Okapi : "Nous voulons juste nouer contact avec ce public auquel on fait ce cadeau et leur donner le goût de la lecture", confie-t-il. En opposition aux medias qui publient un peu n'importe quoi, sans autre scrupule que se soumettre au diktat du nombre de "pages vues". Photo : DR.

Le groupe de presse Bayard vient de lancer une application gratuite pour smartphone. Originale,  ZoomZoumOkapi qui s’appuie sur le travail des photoreporters de l’Agence France Presse. Son but : éduquer les ados à la lecture d’une actualité polluée par les fausses informations, en restant sur le même terrain dans lequel baignent les jeunes, les images.

ZoomZoumOkapi, c’est une application – gratuite – sur smartphone. Mais elle est bien davantage. L’outil, qui vise indirectement à lutter contre les fake news, a été mis en place par le le magazine Okapi (600 000 exemplaires, groupe Bayard). Rédacteur en chef du magazine Okapi destiné aux jeunes ados, François Blaise explique, en substance, que la mécanique de cette application, la seule du genre en France pour les collégiens, s’appuie sur les photos (car « l’image a un impact colossal chez les ados », dit-il), permettant d’aborder l’actualité par le jeu. S’adressant à chaque « je » en construction. Ainsi, pas « besoin de marteler un message », forcément rebutant pour un ado.

Trois photos par jour. Trois quiz. Trois légendes photo pour chaque image dont une seule est la bonne. L’appli ne « démonte » certes pas les fausses rumeurs mais elle est éducative. Et prouve par l’exemple et en creux à quels critères correspond une information. Un peu en écho à une rubrique cousine qui ouvre le magazine Okapi.

« Que les adolescents aiguisent, en s’amusant, leur regard sur les images ». François Blaise, rédacteur en chef d’Okapi.

Un exemple en date de ce lundi : une photo zoome sur un panneau.  » Devine, c’est quoi ? » demande l’application. Un clic sur le point d’interrogation et trois réponses proposées. Une ville abandonnée, un avion en pleine ville ou de nouvelles signalisations dans les aéroports ? Quand c’est faux, un « oOups » ! rouge apparait en même temps que la bonne réponse. Dans ce cas, un avion en ville, un Tupolev Tu-134, en plein Moscou. 

Dix jours que le magazine papier, plébiscité par les collégiens, a lancé cette application, le dernier maillon d’un écosystème qui prend la forme d’un nouveau rendez-vous quotidien : une sélection de trois photos mystère donc, avec, pour chacune, trois légendes possibles à décrypter mais dont une seule correspond à la réalité. Le but intrinsèque : « Que les adolescents aiguisent, en s’amusant, leur regard sur les images ». Tout un programme pour les jeunes submergés par les écrans.

Sur l’appli, un court article explique alors d’où vient la photo, ce qu’elle représente et le contexte dans lequel elle a été prise. Du journalisme décrypté, quoi ! Un partenariat avec la référence mondiale en photos d’actu : l’AFP, l’Agence France Presse. Les images sélectionnées et proposées sont celles des photoreporters de l’Agence, censées pouvoir répondre à la curiosité des ados, voire à la susciter. A l’heure où l’image fait foi auprès du public adolescent et où les fake news font leur loi, entrainant, parfois, une perte de crédibilité générale de la presse, celle qui est en recherche effrénée de « clics »,  « d’infos light » et autres inventions casse-gueule de la mauvaise communication globalisée, « nous participons, à notre manière, à l’éducation aux médias et à l’information, à prendre du recul par rapport à l’immédiateté parfois trompeuse », souligne François Blaise. De l’info sérieuse qui sert à comprendre le monde. Point.
« Lutter contre les fausses infos, c’est notre place naturelle ; nous le faisons déjà avec notre magazine où l’on ne s’interdit aucun sujet a priori. » François Blaise. 
En employant seulement l’image comme porte d’entrée vers le magazine papier et, surtout, vers l’apprentissage de la citoyenneté. « Il n’y a pas d’enjeu pour nous. Nous voulons juste nouer contact avec ce public auquel on fait ce cadeau et leur donner le goût de la lecture », confie encore François Blaise. En opposition aux medias qui publient n’importe quoi, sans autre scrupule que se soumettre au diktat du nombre de « pages vues ».
« Lutter contre les fausses infos, c’est notre place naturelle ; nous le faisons déjà avec notre magazine où l’on ne s’interdit aucun sujet a priori, précise le rédacteur en chef d’Okapi.
Ce sera pareil sur l’application. Nous avons, par exemple, fait un dossier sur Shakespeare, sur le réchauffement climatique, etc. » François Blaise n’aurait par exemple pas publier cette photo iconique d’un enfant, Aylan, mort échoué sur une plage turque, avant d’avoir pu survivre à sa vie de réfugié. Comment, même si elle a fait la Une de tous les médias, publier cette image accompagnée d’un quiz dans ces conditions avec deux légendes fausses et une seule véridique…? Impossible. C’est la seule limite.
En tout cas, avec cette application, « nous voulions compléter notre écosystème d’information : nous avons déjà le magazine papier qui marche bien et qui est une référence dans les CDI des collèges, un blog couru, une chaine you tube… On voulait aller vers ces ados qui sont nés avec un smartphone entre les mains – 80 % d’entre-eux l’obtiennent en classes de 6e ou 5e. Et on voulait les rejoindre sur cet outil générationnel. »
« Certes, les ados ne sont pas aussi innocents et démunis que l’on pourrait penser ; beaucoup d’entre-eux sont déjà en alerte sur les fake news mais, malgré tout, ils sont soumis à un tel bombardement d’infos visuelles en tout sens, de photos mal légendées, mal titrées pouvant engendrer des contre-sens, et des fake news encore une fois, que nous voulions être présents sur ce terrain-là », conclut François Blaise.
Olivier SCHLAMA