L’équipe de France B où jouent trois volleyeurs passés par l’Arago – Tom Picard, Tibo Ripert, Matthieu Garcia – a remporté ce week-end à Sète, terre de volley s’il en est, deux de ses trois matches face à l’équipe d’Espagne A en préparation à ce tournoi. Pour le coach espagnol, Hubert Henno, l’équipe française en a “le potentiel”. Le coach de l’EDF, Jocelyn Trillon, “espère que nos joueurs donneront le meilleur d’eux-mêmes”.
“Ça fait un peu bizarre…” Dans un demi-sourire et une demi-phrase, Hubert Henno, l’ancien libéro de l’Equipe de France (254 sélections) et actuel entraineur de l’équipe d’Espagne de volley-ball (et du club polonais de Gorzow au championnat très exigeant) fend un peu l’armure. Il faut dire qu’en plus ses deux fils sont en équipe nationale tricolore, Mathis (en A) et Hilir (B).
Dans quelques jours, il lui faudra laisser de côté ses émotions, ce qu’il sait faire, pour bien figurer au tournoi de volley ball des Jeux méditerranéens qui se dérouleront à Tarente en Italie du 21 août au 3 septembre prochains où les athlètes seront logés dans des bateaux ! Les Ibères ne sont classés que 35e nation au ranking international.
Les joueurs français jouent dans le championnat français qui est très bon. Ils peuvent gagner les Jeux méditerranéens”
Hubert Henno
Juste avant, Hubert Henno avait certifié, digne des meilleurs stratèges, que l’équipe de France B était favorite du tournoi et qu’elle des chances de le gagner : “L’équipe de France ? Elle a un gros potentiel, dit-il. Ses joueurs jouent dans le championnat français qui est très bon. Ils peuvent gagner les Jeux méditerranéens. ”

Flairant cette pression déportée, son homologue, Jocelyn Trillon, avait déjà préparé ses joueurs à la “décompression, au relâchement” traditionnel au troisième match international en trois jours.
Et il avait raison : dans ce dernier match de préparation, ce dimanche, l’Espagne a vaincu, dans la Halle du Barrou, à Sète, ce dimanche (3-0, plus un set bonus remporté par les Tricolores) les jeunes Français visiblement émoussés, chaleur insupportable lors du premier match obligent. Alors que les jeunes Coqs avaient pris le dessus lors des deux premiers matches, vendredi – dans une chaleur accablante – et samedi. De quoi aussi procéder aux derniers réglages.
“De meilleures conditions et davantage de moyens”
Laissant planer un doute sur la poursuite de son travail à la tête de la sélection espagnole, Hubert Henno explique-t-il le classement moyen des Espagnols au niveau mondial par la crise économique qui a sévi en Espagne et qui n’a pas permis durant des années de faire venir de grands et chers joueurs, ce qui aurait rendu le championnat plus attractif et relevé, tirant ses volleyeurs vers le haut ?
L’ancien international tricolore avance une autre raison, évoquant une organisation à perfectionner qui, jusque-là, n’est pas optimale pour le haut niveau : “On n’a pas de lieu fixe pour s’entrainer et jouer ; un coup c’est à Madrid, un coup à Barcelone ; on n’a pas le minimum comme des machines à ballons ; une salle où le sol soit adapté à la pratique du volley ; il faut améliorer la logistique ; les déplacements. Et à chaque fois, on me répond que cela coûte de l’argent. Il nous faut davantage de moyens pour motiver les joueurs ; en attirer d’autres par de meilleures conditions de travail et financières. Comme les ont eus les filles qui disputeront les championnat d’Europe. En plus pour moi, c’est assez fatiguant. Mon contrat était de deux ans et se termine là bientôt. Je ne sais pas si je vais continuer… Je réfléchis.”
“Consciencieux, nos joueurs travaillent très bien. Ils ont progressé au contre”

Le sélectionneur de l’équipe d’Espagne relève quand même des satisfactions sportives à l’issue de cette triple confrontation. “Lors des deux premiers matches de ce week-end, je suis super content de mes joueurs ; ils travaillent très bien ; ils sont consciencieux. Ils ont progressé au contre ; c’est de plus en plus propre à l’attaque ; je constate que j’ai l’un des deux passeurs plus à l’aise que l’autre. C’était une belle opposition.” Surtout après avoir remporté le dernier match et avec la manière. Il a cependant dû aligner son équipe en ne comptant pas sur un joueur “blessé” et un second dont une blessure qui s’est, elle, “réveillée“.
“J’espère que nos joueurs donneront le meilleur d’eux-mêmes”

Dans un franc sourire, Jocelyn Trillon répond à Hubert Henno sur le fait que la France peut gagner les Jeux Méditerranéens. “Je reconnais bien là Hubert… C’est plus compliqué que ça… J’espère que nos joueurs donneront le meilleur d’eux-mêmes.”
Dans cette dernière rencontre à Sète, il a employé dans sa causerie d’avant-match le mot “vigilance”. Et a appelé à faire attention à “l’arrogance”, consciente ou non. Cette mise en garde vaut aussi pour la compétition qui s’ouvre dans quelques jours en Italie. Et où la France a de l’ambition. “Il faut être consciencieux”, redit-il comme un mantra. Il rappelle que que le Maroc et ses volleyeurs “athlétiques” les ont battus une fois ; que la Tunisie, c’est une “belle équipe” et que “l’Italie chez elle…” peut se sentir pousser des ailes. Il y a 11 équipes engagées au lieu de 12, l’une d’elles, la Syrie, s’étant désistée. Du coup, en sortant de poule, il n’y a pas de quart de finale ; on joue directement les demi-finales. “Il faut donc bien entrer dans la compétition”, dit-il.
“Maintenir notre état d’esprit”
“Ce que je souhaite c’est maintenir notre état d’esprit, l’équipe vit bien”, tranche-t-il. “Nous avons un groupe équilibré. On a bien bossé.” Il évoque la présence de joueurs importants, citant, par exemple, Tom Picard (passé par l’Arago de Sète comme Tibo Ripert et Matthieu Garcia) “qui sait tout faire et est capable d’électriser un match. Il y a aussi Thomas Gill, passeur, aux portes de l’Equipe de France” que l’on n’a pas trouvé très inspiré lors de ces trois rencontres.

Alors que les passages de Matthieu Garcia, en net progrès au service parfois gagnant, étaient propres, servant une belle unité. “Je peux aussi compter sur Matthieu, un joueur d’expérience”, dira à son propos le coach qui “envoie toutes les stats à Andréa Giani”, coach de l’équipe de France A, qui en est très friand. Les joueurs sont sous le regard permanent des techniciens de l’équipe de France A. Ce qui peut être une motivation supplémentaire.
“Ce que je souhaite, c’est que les Jeux méditerranéens aient de la valeur pour eux”
En tout cas, pour Jocelyn Trillon, responsable également du CNVB (Centre national du volley-ball), basé à Montpellier, depuis trois ans, comme pour tous les entraineurs et joueurs, cette compétition organisée tous les quatre ans, “n’est pas en bois”. Au contraire. “Elle est de plus en plus prise en considération ; c’est un format calqué sur celui des JO”, permettant à des joueurs jeunes d’acquérir de l’expérience et, pourquoi pas, de voir plus haut, l’équipe de France A. Certains l’ont connue sur le banc, comme Nathan Féral, Thomas Gill, Thomas Pujol, Henri Léon (auteur d’un match remarquable en VNL). Certains peuvent se révéler et habiter pleinement leur poste. “Ce que je souhaite, c’est que les Jeux méditerranéens aient de la valeur pour eux.” Et, en septembre, il y a apparemment des places à prendre en équipe A…
Olivier SCHLAMA