Sète : La Saint-Louis privée… quelques heures du “dispositif de secours” des pompiers de l’Hérault…

Saint-Louis 2023, à Sète. Ph Olivier SCHLAMA

C’est un embrouillamini exemplaire. La ville a certes payé ce qu’elle doit au Sdis, 4,9 M€, mais ne veut pas retirer son recours devant le tribunal que réclame le président du département… Pour la conseillère départementale Véronique Calueba, “c’est une erreur de parapheur et la sécurité sera bien assurée pendant la  Saint-Louis”. Confirmation de Kléber Mesquida lui-même. Explication trouvée à la hâte pour éteindre l’incendie ?

{Mis à jour le 16 août à 10h35, avec de nouveaux éléments sur les pompiers} À cinq jours de la Saint-Louis, coup de chaud sur la fête annuelle de Sète. Dans un communiqué, le maire de l’Ile Singulière juge que le président du département de l’Hérault, Kléber Mesquida “prend une décision aussi irresponsable qu’incompréhensible : il décide de priver la plus grande fête de Sète du dispositif de secours habituellement assuré par les sapeurs-pompiers de l’Hérault”. On ne saura pas quel est précisément l’ampleur de ce dispositif déployé habituellement, entre autres. Cela comprend des pompiers, bien sûr ; des ambulances ; des moyens nautiques ; médecin…

“Dispositif de secours alternatif”

Dans son communiqué, le maire de Sète, Hervé Marquès ajoute que “cette décision est irresponsable et profondément choquante. La sécurité des Sétois et des milliers de visiteurs ne peut pas devenir une monnaie d’échange dans un différend administratif”. Sans donner davantage de détails notamment sur le dispositif de sécurité et refusant une interview il considère que la Saint-Louis est au coeur d’un chantage. Assurant avoir pleinement “mobilisé” ses services pour “un dispositif de secours alternatif, permettant d’assurer les mêmes missions de prévention et de prise en charge du public. Lequel ? Mystère.

Connaître les modalités de calcul

Saint-Louis 2018 à Sète. DR.

Cette décision du département intervient “dans un contexte très particulier”, est-il estimé dans ce communiqué. “Sète est aujourd’hui le premier contributeur du département au SDIS rapporté au nombre d’habitants (contribution de 4,9 M€ de la Ville au SDIS en 2026). La Ville a simplement demandé à connaître les modalités précises de calcul de sa contribution, afin de comprendre pourquoi elle se trouve dans cette situation. Cette demande de transparence est restée sans réponse depuis deux ans malgré de multiples relances.” Et “a donc exercé un droit légitime en saisissant le tribunal administratif, tout en réglant sa contribution“.

“Le Sdis de l’Hérault n’assurera pas le dispositif de secours pour les festivités de la Saint-Louis”

Or, dans un courrier adressé au maire le 13 août, le président du conseil départemental de l’Hérault indique clairement que, si la Ville ne se désiste pas de son recours, “le SDIS de l’Hérault n’assurera pas le dispositif prévisionnel de secours pour les festivités de la Saint-Louis”. Précisant que “aucun moyen ne serait déployé en faveur d’une collectivité susceptible d’un tel recours juridique. Et : “Le message est clair : la Ville doit renoncer à son recours pour que la sécurité des Sétois soit assurée. Chacun jugera de la méthode employée…”

Aucun commentaire du maire

Pour Hervé Marquès, cette situation est inacceptable, dit-il dans le communiqué : “Nous demandons simplement les modalités de calcul d’une contribution qui représente 4,9 M€ d’argent public. La Ville de Sète ne renoncera pas à son droit de demander des explications à une institution publique. On peut contester une décision devant un tribunal. On ne devrait jamais conditionner la sécurité d’une population au retrait de ce recours.”

Une explication tardive du président du département pour éteindre l’incendie ?

Ce communiqué était associé la lettre du président du SDIS 34 (lire ci-dessous), Kléber Mesquida. Contacté, le président du département de l’Hérault n’a pas répondu à notre sollicitation. “En vacances”, Véronique Calueba, conseillère générale de Sète, n’était pas au courant des derniers développements de cette affaire. Après une prise d’information elle assure que c’est une « erreur de parapheur » et que la sécurité sera « pleinement assurée comme d’habitude par Les Pompiers de l’Hérault ».

Quant à Hervé Marquès, l’un des membres de son cabinet a répondu ceci à notre demande d’interview : “Le maire est actuellement concentré sur l’organisation de la Saint-Louis. Il ne fera aucun commentaire supplémentaire dans l’immédiat.” Un autre membre de son cabinet de la ville de Sète nous a fait suivre deux heures plus tard une réaction écrite de Kléber Mesquida, président du département lui-même. Explication trouvée à la hâte pour éteindre l’incendie ?

« Nos pompiers assureront les missions de sécurité liées à l’organisation des festivités de la Saint-Louis »

Que dit-il ? Texto : “Ne souhaitant créer aucune confusion, je tiens à vous préciser que lors de la signature de plusieurs courriers dans une pile de parapheurs pour ne pas retarder les retours au Sdis, j’ai considéré avec confiance que les éléments soumis à ma signature étaient en accord avec vos services, notamment en ce qui concerne le sujet des recours juridiques contre la délibération fixant les contributions des communes au Sdis. Pour ma part, aurait-ajouté Mesquida, il n’y avait une volonté de lier le sujet de la sécurisation de la fête de la Saint-Louis. Aussi, je peux vous assurer que comme chaque année nos pompiers assureront les missions de sécurité liées à l’organisation des festivités de la Saint-Louis.” Un sacré embrouillamini… A régler d’urgence aux joutes !

Courrier CD34-Sète

Grève en septembre pour “plus de moyens”

Ce conflit intervient après un été plus qu’éprouvant pour les soldats du feu, générant une fatigue hors normes. Et qui a déclenché une mobilisation nationale qui unit toutes les organisations syndicales de pompiers, pour “un manque de moyens”. “Parmi les revendications, complète le Sétois Eric Bonijoly, Syndicat Sud SDIS, il y a les fonctionnements et financements des SDIS (services de secours et d’incendie) et c’est exactement le sujet de la discorde. Il rappelle que les pompiers sont financés pour partie par les communes, les intercommunalités, départements et une petite partie par l’État. Le système français de la securite civile est au bout de sont fonctionnement. C’est celui que tous les pays envient mais qu’aucun ne reproduit !

Au-delà de cette polémique sur la Saint-Louis, les pompiers au niveau national, se sont dit “très déçus” le 13 août après avoir rencontré Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur et appellent à une mobilisation d’ampleur fin septembre. L’intersyndicale des pompiers prévoit “une manifestation statique” les 26, 27 et 28 septembre, place de la République à Paris, qui sera appelée “colonnes de la révolte”, selon l’UNSA - Sapeurs-pompiers. Selon la FNSPF, toutes interventions confondues, six pompiers sont morts en 2025 et huit, à ce jour, en 2026.