Voeux : Carole Delga : « Je ne lâcherai rien »

Dans sa robe vert apaisant, Carole Delga est apparue sereine à l’amorce de ses traditionnels voeux à la presse ce mardi à l’hôtel de Région, à Montpellier. La présidente PS de région a déployé une position claire et pragmatique, balayant de nombreux sujets. Adoptant un discours marqué par la franchise, l’humour et une hauteur de vue.

Gilets Jaunes. Carole Delga  a « renouvelé son soutien à la presse et aux journalistes » face aux débordements de certains Gilets Jaunes. « Toute violence décrédibilise leur action, a-t-elle dit solennellement. Une violence que nous ne pouvons pas accepter. »

Le rendez-vous avec « Emmanuel ». Jeudi dernier, la présidente d’Occitanie a eu un entretien avec « Emmanuel » (Macron). C’est par son prénom que Carole Delga appelle le Président de la République. Elle lui a parlé « du monde réel » ; de la « fracture sociale » ; du sentiment d’injustice suscité par la suppression de l’ISF ; de la hausse de la CSG pour les retraités et de la baisse de 5 euros des APL pour les étudiants. « Le climat entre nous deux ? Détendu, confie-t-elle encore. Nous nous connaissons bien. »

Macron ne s’intéresse qu’aux Français qui vont bien ; qu’à ceux qui bénéficient de la mondialisation. Or, les Français ont besoin d’être aimés, comme dans toute période de mutation économique, sociale et écologique… »

Capacité d’adaptation. La présidente de Région prolonge : « La première fois que je l’ai rencontré, par l’intermédiaire d’un de mes cousins qui est l’un de ses meilleurs amis, c’est quand j’ai été élue députée au premier tour ; nous n’étions que trois dans ce cas-là. Lui, n’était « que » secrétaire général adjoint de l’Élysée (…) Et puis j’ai été secrétaire d’État avec comme ministre de tutelle Arnaud Montebourg puis… Emmanuel Macron. C’est dire ma capacité d’adaptation ! »

« Il ne s’intéresse qu’aux Français qui vont bien. » Plus sérieusement, Carole Delga a poursuivi : « Je travaille dans le respect, avec franchise. Je suis une opposante respectueuse mais déterminée. Mais je ne partage pas tous ses points de vue, comme le ruissellement auquel je n’ai jamais cru. Je n’ai jamais adhéré à son mouvement. Moi, je sais d’où je viens et où je vais. Nous n’avons pas la même vision de la France. Il ne s’intéresse qu’aux Français qui vont bien ; qu’à ceux qui bénéficient de la mondialisation. Or, les Français ont besoin d’être aimés, comme dans toute période de mutation économique, sociale et écologique… »

Nous sommes la seule région à ne pas avoir de train à grande vitesse. Il faut du Bordeaux-Toulouse et du Montpellier-Perpignan. »

« Vrai désespoir des petites communes ». Carole Delga a aussi indiqué qu’elle a alerté le chef de l’État sur le « désespoir des petites communes. Les 36 000 maires de France sont de formidables relais : quand ils écrivent une lettre à leurs concitoyens, 80 % d’entre-eux la lisent contre 20 % quand il s’agit du chef de l’État… »

LGV. « Nous sommes la seule région à ne pas avoir de train à grande vitesse. Il faut du Bordeaux-Toulouse et du Montpellier-Perpignan. On ne peut pas nous opposer un argument budgétaire. Le gouvernement a trouvé 550 millions d’euros pour le Grand Paris Express. Nous, on demande 150 millions d’euros… Je ne lâcherai rien. La décision est politique. »

TER. « Nous, nous allons renforcer le nombre de trains du quotidien, notamment entre Nîmes et Narbonne. Et pour libérer des créneaux, il faut cette voie nouvelle pour la LGV. Idem du côté de Toulouse. Par ailleurs, sur les six lignes  de proximité, nous avons demandé à en être le seul maître d’ouvrage. Nous en payons déjà 91 % et avec la SNCF ça n’avance pas. Je préfère payer 100 % et que ce dossier avance. Il suffit au gouvernement de prendre une simple ordonnance. » Par ailleurs, « grâce aux pénalités que nous avons reçues de la SNCF, nous allons pouvoir redistribuer 3 millions d’euros aux usagers, via un mois d’abonnement gratuit. »

Attention, de ne pas faire les mêmes erreurs avec l’éolien flottant que pour le photovoltaïque : c’était la Chine qui fabriquait les panneaux solaires… »

Éolien flottant. « J’ai dit à Émmanuel Macron l’importance de l’éolien flottant. Certes, dans un premier temps, c’est plus cher que le nucléaire. Mais il faut d’abord tenir compte des avancées technologiques. Et le modèle économique va s’affiner. De grands groupes français comme Quadran basé dans la région sont prêts à investir mais il leur faut une masse critique. Attention, de ne pas faire les mêmes erreurs que pour le photovoltaïque : c’était la Chine qui fabriquait les panneaux solaires… Et d’ajouter : « Avec les présidents des régions littorales, nous demandons une autorisation de 750 mégawatts dès 2020 et un appel à projets sur trois sites, dont deux en Méditerranée. » L’État en propose trois fois moins et pour 2021.

Ports. « J’ai appris par la presse la création d’un GIE par l’État réunissant les ports… Or, nous nous avons investi des centaines de millions d’euros à Sète et Port-la-Nouvelle. Ce sont des projets qui ont été acceptés, notamment par le Parlement de la mer. On ne fera pas d’obstruction mais il faudra faire avec nous… »

Il faut une nouvelle organisation institutionnelle. Il faut arrêter les doublons entre collectivités notamment en tourisme, culture, sport ; il faut des chefs de file par secteur… »

« République d’Occitanie ». Plaisantant sur une future « République d’Occitanie », et sur les situations ubuesques, notamment dans les transports où il faut l’accord de plusieurs collectivités pour faire la moindre chose, Carole Delga plaide pour une « nouvelle organisation institutionnelle. Il faut arrêter les doublons entre collectivités notamment en tourisme, culture, sport ; il faut des chefs de file par secteur et créer des agences régionales de mobilité ».

Grand débat. La Région Occitanie participera au Grand débat sous la forme d’une contribution. Peut-être que celle-ci évoquera la nécessaire évolution des institutions ?

Je suis atterrée. Je suis déçue par une gauche française qui n’a pas su se réunir pour les Européennes (…) Certains ne mesurent pas les enjeux… »

Carole Delga a fait preuve de franchise et de hauteur de vue. Photo : Olivier SCHLAMA

Européennes. « Je suis atterrée. Je suis déçue par une gauche française qui n’a pas su se réunir (…) Certains ne mesurent pas les enjeux. En politique, on paie toujours ses erreurs. On aura que ce que l’on mérite (…) Les extrémismes… Un peu plus tard, Carole Delga a confié : « Oui, je pourrais être sur une liste, en position non éligible. Pour une Europe plus juste. Pour un projet européen social. Cette région, cette culture a toujours accueilli des populations, depuis les Romains… »

Aides aux véhicules électriques et aux boîtes de moins de 50 salariés

Des aides pour rouler écolo. Carole Delga a annoncer des aides financières en 2019 « complémentaires de celles de l’État », pour l’achat d’une voiture ou d’un vélo électrique ou hybride d’occasion. De 100 euros minimum à 1 000 euros minimum sous conditions de ressources. On devrait en savoir davantage au printemps. Elle se cumulera avec une aide de l’État voire de votre commune.

Aides aux entreprises. Après un millier d’entreprises de moins de 50 salariés aidées en 2018 (pour 16 millions d’euros), la Région va en aider 800 autres en 2019 (15 millions d’euros) à travers l’Agence de développement économique Ad’Occ. Carole Delga a également annoncé la création rue Pénélope à Montpellier d’une Cité de l’économie et des métiers de demain.

Le comité régional du tourisme va lancer en Occitanie le concept – avec une campagne de promotion au printemps – de « Occitalité ».

Alimentation. Carole Delga est revenue sur le grand débat sur l’alimentation qui a réuni 100 000 participants en Occitanie pour dire toute l’ambition de la marque ombrelle Sud de France qui va se décliner en Sud de France bio, Sud de France-Le Meilleur de l’Occitanie. La présidente a aussi annoncé « 40 % de bio dans les repas des 225 lycées de la région à la rentrée et la volonté d’un objectif « zéro plastique » dans les cantines des lycées ».

Économies. « La Région Occitanie a réalisé 18 millions d’euros d’économies en 2018 et devrait en faire 20 millions d’euros en 2019. Le coût des quatre assemblées plénières de l’année est de 450 000 euros mais l’ensemble des élus régionaux ont renoncé à une hausse de leurs indemnités, soit 850 000 euros.

« Occitalité ». Le comité régional du tourisme va lancer en Occitanie le concept – avec une campagne de promotion au printemps – de « Occitalité, contraction de hospitalité et d’Occitanie. Néologisme signifiant accueil, diversité, etc.

Olivier SCHLAMA