Viticulture : Les muscats de Frontignan prennent des couleurs

La cave coopérative du muscat de Frontignan, près de Sète (Hérault), ne cesse d’innover pour ses apéritifs dorés reconnus dans le monde entier. Avec ses 120 vignerons coopérateurs, elle vient de lancer deux nouveautés : un muscat sec, le piazza navona, et une liqueur de vin… rouge à petits grains. Explication avec Christophe Miron, le directeur de la cave.

C’est une institution effervescente ! La cave coopérative du Muscat de Frontignan, ce sont pas moins de 43 marques différentes réparties dans huit familles de produits sur un territoire de 622 hectares dont 540 hecatres en appellation d’origine contrôlée (AOC) ! Elle ne cesse d’innover pour rester à la page dans un contexte où « les appellations de muscat souffrent, comme le Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales », signale Christophe Miron, directeur de la cave de Frontignan qui réalise 1,2 millions de bouteilles par an du célèbre Torsadé Premier reconnaissable entre toutes et qui reçoit la production de 120 vignerons coopérateurs. Réalisant un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros.

Le piazza navona, muscat sec,  est un effervescent titrant seulement 7,5 degrés. Il est donc partiellement « désalcoolisé. Il est plus léger, plus simple, il marche déjà fort » Christophe Miron, directeur de la cave coopérative de Frontignan

C’est le cas de deux nouveaux nectars que peu d’amateurs connaissent. Le premier, lancé il y a un an, a pour joli nom le piazza navona, un muscat sec, « un effervescent titrant seulement 7,5 degrés » d’alcool que l’on peut acheter directement à la cave de Frontignan. « Il est donc partiellement « désalcoolisé. Il est plus léger, plus simple », précise le directeur de la cave coopérative. Plus facile à vendre sans doute car correspondant aux goûts d’aujourd’hui, « il marche déjà fort » sans être vraiment connu : « On a multiplié par deux la progression des ventes de ce piazza navona, soit 25000 cols annuels », se félicite-t-il. De quoi amortir une récolte 2017 historiquement basse (- 48 % en volume) comme le reste de la viticulture languedocienne d’ailleurs, même si la crise a pu déjà être amortie ponctuellement, à Frontignan, grâce aux stocks présents, à même de répondre à la demande des clients. En tout cas, les consommateurs s’arrachent ce pétillant à petits grains blancs, sans doute grâce à « son explosion de saveurs en bouche. C’est surprenant et élégant », juge ainsi spontanément Aline Brigliozzi.

Projet, c’est un vin de liqueur rouge à petits grains au subtil « goût de cassis et de cerise, doux et sucré », détaille Aline Brigliozzi.

Viticultrice en appellation muscat, Aline Brigliozzi dévoile également l’existence et la mise en marché d’une seconde nouveauté, encore plus récente, puisqu’elle a quelques mois de présence dans les rayons seulement : un muscat qui n’a pour l’heure que le nom de liqueur rouge (ce qui correspond à une catégorie fiscale bien précise), au subtil « goût de cassis et de cerise, doux et sucré », détaille Aline Brigliozzi.

« C’est un vin de liqueur rouge à petits grains », confirme Christophe Miron. Nous en avons planté les première vignes il y a cinq ans sur à peine trois hectares au lieu-dit les Rouires, pour tester. On se retrouve ainsi avec un vin ambré. On le produit comme un vin naturel, on le fabrique de la même manière qu’un muscat AOC. Mais comme il n’est pas encore reconnu pleinement par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité), qui nous a permis de l’inscrire dans notre cahier des charges comme vin naturel rouge de Frontignan, on le surnomme pour l’instant « Projet ». Projet a des ventes marginales, de l’ordre de quelque deux mille bouteilles que le public apprécie déjà (au prix de 7 euros la bouteille).

Un siècle de valorisation

« L’idée, c’est de l’intégrer à terme à notre terroir et notre production en AOC pour participer à la diversification de notre production en incitant des coopérateurs à en produire. Pour cela, c’est l’INAO qui le décidera ou pas », confie encore Christophe Miron. Avec un argument de poids : la cave coopérative a derrière elle « un siècle de valorisation de ses produits » et ce vin de liqueur rouge avait déjà été produit à Frontignan. Sur des terres où la vigne est plantée avec succès depuis l’Antiquité. Le plant de muscat de Frontignan, un cépage blanc à petits grains, a été importé en Gaule narbonnaise par les romains. Son nom à l’époque : Apiéna Uva, raison qui attire les abeilles. La modernité, c’est parfois ce qui se répète. Autrement dit, la tradition.

Olivier SCHLAMA