Trafic maritime : “À Port-Vendres, nous sommes capables de faire un travail à façon de qualité”

Port Vendres déchargement d’un bateau par les dockers. Ph. Michel Jauzac, CD 66

Dans le port des Pyrénées-Orientales qui vient de s’enrichir d’un nouveau quai, 2025 a été avec 366 000 tonnes débarquées une année record pour le commerce. Un port qui, propriété du département très volontaire, y investit 48 M€ et qui est exploité par un privé : la Compagnie Port Vendraise. On y a aussi dénombré 34 escales de croisières ; 65 yacht de luxe comme le Club Med ; de vivaces petits métiers. En projet, un port à sec pour stocker les bateaux de plaisance.

À Port-Vendres, les touristes vivent au milieu des habitants et les habitants au milieu des touristes. Moins instagrammable et bling bling que sa voisine Collioure. La grande descente sineuse vous propulse directement sur les quais. C’est une ville-port attachante qui, avec son anse bigarrée en eau profonde et partagée par tous, pêcheurs amateurs comme professionnels compris. Elle a gardé une authenticité qui perce au quotidien.

Le commerce de fruits existe depuis l’Antiquité

Port de commerce de Port-Vendres. Ph Olivier SCHLAMA

Il n’est pas rare d’y voir un navire accoster au beau milieu du quai principal, sans autre forme de procès, par exemple en vue de l’installation de bouées cardinales au large de la réserve marine, la première en France comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI ; tout comme sa grue principale s’activant ; tout comme voir débarquer une ribambelle de Ricains du Club Med 2 et du Windsurf (ex-Club Med 1), son cousin, stationnant à l’entrée. Les petits métiers de la pêche sont aussi présents et avenants et les bons conseils bienveillants fourmillent. Cette organisation se traduit aussi dans la vie de sa place portuaire atypique. Le commerce de fruits existe depuis l’Antiquité dans celle dont le nom vient de Vénus.

Sur ce territoire, 620 emplois dont 220 liés au port

Yachts de luxe comme le Club Med 2 ou le Windsurf… Ph. Olivier SCHLAMA

Responsable du service des infrastructures portuaires, Cyril Landrieau confirme que la place de Port-Vendres se porte bien. “Le département est propriétaire du port. Comme pour les autoroutes, c’est un concessionnaire qui exploite port de commerce, la Compagnie Port Vendraise. C’est un port multi-activités : du commerce avec des fruits et légumes, plaisance avec 250 anneaux ; de la grande plaisance ; des accueils de croisières : l’an passé, ce sont 34 navires qui ont accosté à Port-Vendres (21 en 2024) et 65 yachts (56 en 2024). Souvent, c’est pour des escales diurnes.” Le petit port de pêche réunit aussi 14 professionnels et les excellents Anchois de Marie vendus par le dernier conserveur de la côte, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI. Il y a aussi des centres de plongées, des navires de l’Etat, la SNSM, etc. Au total, dans ce territoire on a dénombré 620 emplois dont 220 directement liés au port.

Des fruits importés à destination du Sud de la France, Espagne, Portugal, Italie et même jusqu’en Hollande

Premier navire accostant au nouveau quai Dezoums. Ph. Département des P.-O.

Par ce port, en 2025, ont transité 366 000 tonnes (313 000 tonnes d’import), contre 297 000 tonnes en 2024 et 298 000 tonnes en 2023. Principalement, ce sont des importations de fruits, principalement, pour 271 000 tonnes, de bananes. “C’est une année record pour le port, formule Cyril Landrieau. Nous importons ces fruits d’Afrique Sub-Saharienne (Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana et Sénégal, Ndlr}, une majorité de bananes mais aussi des mangues, ananas… Ensuite, ces fruits s’en vont au Portugal, Espagne, Italie, dans les villes du Sud de la France et en Europe de l’Est”, jusqu’en Hollande, via le transport combiné, le train.

Nouvelle ligne commerciale vers l’Algérie

Port Vendres déchargement d’un bateau par les dockers. Ph. Michel Jauzac, CD 66

Ces très bons résultats sont aussi à mettre au crédit d’un volontarisme commercial et aussi “parce qu’il y a une forte satisfaction de l’accueil des professionnels. C’est un petit port qui sait s’adapter aux besoins”. Ils sont aussi à mettre en relation avec la création d’une nouvelle ligne d’export vers l’Algérie et une diversification des trafics pour sécuriser l’activité comme le département l’avait demandé au concessionnaire. Il y a aussi eu du “soutage”, un approvisionnement en carburants.

Ce nouveau bateau touche Port-Vendres tous les quinze jours, c’est la compagnie  marseillaise MarFret qui exploite une ligne entre Marseille, Alger et désormais Port-Vendres. “On y exporte des bananes. Cela nous a permis de développer le marché algérien. Et ça marche très bien. Et on a de bonnes ambitions pour développer ce marché méditerranéen, en s’appuyant sur Port-Vendres comme un hub. Sans oublier un marche de carburants”, explique Yann le Cozic, DG de la Compagnie Port Vendraise.

Nouveau quai au port de commerce

Il y a aussi des projets, notamment en lien avec le quai Dezoumes, polyvalent, vers la sortie du port, capable d’accueillir des bateaux de commerce différents, qui vient d’être construit pour 33 M€. “Il vient d’accueillir son premier navire et il est en cours d’électrification. Ce quai a été réalisé dans le cadre d’un plan pluriannuel d’investissement voté par le département des Pyrénées-Orientales de 48 M€ de 2025 à 2031 pour poursuivre la modernisation les infrastructures du port”, note Cyril Landrieau.

Nous avons aussi fait construire des bateaux au Japon (…) qui s’enfoncent moins et que l’on peut davantage remplir. Et on peut davantage débarquer de volumes”

Directeur général de la Compagnie Port Vendraise, présente depuis 33 ans à Port-Vendres, Yann le Cozic confirme le record de 2025, avec une hausse de plus de 23 % de tonnages par rapport à 2024. “Nous recevons un navire par semaine qui arrive d’Afrique de l’Ouest, essentiellement de la température dirigée ; beaucoup de bananes mais aussi d’autres fruits et légumes. La proximité du marché aux fruits professionnels de Saint-Charles joue également, tout comme les sociétés d’affrètement en camions, nombreuses ; le marché espagnol est aussi tout proche. Nous avons aussi fait construire des bateaux au Japon qui sont entrés en ligne en 2025 où l’on a pris en compte les caractéristiques techniques du port ; ce sont des bateaux qui s’enfoncent moins et que l’on peut davantage remplir. Et on peut davantage débarquer de volumes. Cette hausse est aussi due à la dynamique des marchés espagnol et français.”

“Capables de faire un travail à façon de qualité…”

Port-Vendres. Ph. Olivier SCHLAMA

Quant au nouveau quai, Dezoumes, il a été inauguré avec MarFret, justement, qui a débarqué un bateau il y a quelques jours. “Un quai, c’est aussi un terre-plein que l’on peut exploiter, réfléchit à haute voix Yann le Cozic ; c’est utile pour y stocker des conteneurs ; on gagne de la place. Et puis ce nouveau quai a un tirant d’eau conséquent, ce qui est intéressant en fonction des navires. Après, c’est un peu la poule et l’oeuf : il va falloir prendre notre bâton de pèlerin pour aller voir les armateurs pour voir qui veut venir.” Dans ce port, résume-t-il, “il y a une capacité et une qualité de travail à Port-Vendres où les dockers sont très investis. On travaille à l’ancienne. Il y a beaucoup de main d’oeuvre dans les débarquements. Nous sommes capables de faire un travail à façon de qualité…”

Bientôt un port à sec pour la plaisance

S’agissant de projets qui viendront bientôt étoffer l’économie locale, Yann le Cozic cite l’anse Gerbal, une partie du port où il y avait une ancienne criée. “L’idée serait d’y faire un port à sec, d’ici deux, pour augmenter les capacités de stockage des bateaux. Nous avons déjà quelque 250 places mais il y a beaucoup de demandes et même une liste d’attente de nombreuses années pour en obtenir une pour tout nouveau plaisancier. C’est pertinent plutôt que de se résoudre à dire il y a huit ans ou dix ans d’attente pour tout nouvel arrivant. Il y aurait aussi un espace dédié aux pêcheurs, des petits métiers, pour y stocker nasses, filets, etc. Le département a aussi la volonté de remettre en fonction pleinement une aire de carénage.”

Olivier SCHLAMA

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