Santé Publique France a dénombré 1 418 noyades en France dont 409 suivies de décès, l’été dernier, des chiffres en forte hausse. L’Occitanie est la 3e région où il y en a le plus. L’Hérault se distingue avec 72 noyades dont 15 suivies de décès. À l’heure où les autorités alertent à nouveau sur les dangers d’une forte houle en Méditerranée, Patrick Toustou de la station SNSM de Valras commente la situation. Et donne des conseils.
Une météo régulièrement caniculaire qui incite à la baignade et à l’allongement de la période des bains de mer ; des personnes qui savent moins nager ; l’abus d’alcool ; un plan d’eau méconnu ; des consignes non respectées… Au final, un manque de considération et de culture de la pratique en mer.
Les raisons qui préside aux noyades sont nombreuses. Quelles soient suivies de décès ou non, les noyades sont en hausse – en mer, dans les piscines ou les cours d’eau – en France malgré les appels à la prudence. Et notamment en “Méditerranée qui n’est pas un lac”, maugrée un professionnel, et où l’on se sent moins en danger qu’ailleurs. Les services de secours en mer, comme la SNSM (Société nationale des secours en mer), qui préparent la saison sont sur le qui-vive. Surtout à la lecture des chiffres 2025 de Santé publique France.
La canicule entraine une hausse de la fréquentation

Selon l’organisme d’état, entre le 1er juin et le 30 septembre 2025, 1 418 noyades ont eu lieu en France dont 409 suivies de décès (soit une proportion de noyades suivies de décès de 29 %). Ces chiffres pour l’été 2025 sont en hausse par rapport à la même période en 2024 (respectivement 1 246 et 350 soit + 14 % et + 16 %). Et sur la seule période du 19 juin au 8 juillet 2025, 355 noyades ont été recensées soit une augmentation de 135 % par rapport à la même période en 2024, en lien probable avec une vigilance canicule orange, rouge sur cette période, qui a entrainé une augmentation de la fréquentation des sites de baignade. Pour cette même période en 2025, on dénombre 106 noyades suivies de décès (+ 172 % par rapport à la même période en 2024). L’été représentant peu ou prou la moitié du total des noyades de l’année.
Si l’on zoome sur l’Occitanie, on trouve les mêmes proportions, notamment dans les départements côtiers. Ainsi, de 164 noyades dénombrées à l’été 2024 (et 34 décès), on est passés à 194 (50 décès) en 2025. Dont 19 noyades en Haute-Garonne ; 72 dans l’Hérault (et 15 décès) et 24 noyades suivies de 4 décès dans les P.-O. Le Gard ? De 14 à 21 noyades et de 3 à 6 décès entre les deux années. Bref il y a urgence.
“Dimanche dernier, on a remorqué un jet ski en panne et pour le sortir des déferlantes, ça a été amusant…”
Parmi les explications de la hausse des noyades, il y aussi les nombreuses périodes avec des vagues où les baigneurs aiment jouer sans vraiment les connaître, voire à les minimiser. Ce n’est pas Patrick Toustou qui dira le contraire à l’heure où la préfecture met en alerte sur “les fortes vagues attendues sur le littoral” en ce dimanche. Cette forte houle dure depuis une semaine et les épisodes se sont souvent répétés. “Dimanche dernier, souligne Patrick Toustou, patron de la station SNSM de Valras après avoir été délégué interdépartemental Hérault-Gard pendant des années. C’était significatif ; on a dû remorquer un jet ski en panne et pour le sortir de la zone des déferlantes, ça a été amusant…” euphémise-t-il. Mais il n’y a pas que les vagues ; les malaises sont aussi de la partie (lire ci-dessous).
Face à la situation, Santé Publique France a même avancé d’un mois la période de surveillance. Avec sa côte méditerranéenne de plus de 200 km ; son arrière-pays doté de lacs, rivières et un nombre importants de piscines individuelles, l’Occitanie est la 3e région de France où il y a le plus de noyades en France. Triste record.
Beaucoup de malaises lors de périodes caniculaires

Patrick Toustou confie à nouveau : “Nous constatons pas mal de noyades dues notamment à des malaises dans l’eau pendant les périodes de fortes chaleurs que de noyades dues aux vagues. Notamment sur les publics sensibles. Le corps monte en température et ça dégénère en noyade…”
Pour y pallier, des communes ouvrent les postes de secours plus tôt dans la saison que d’autres. “A Valras, c’est le 13 juin, par exemple. À Palavas, les secours ouvrent lors de week-ends précédent le coeur de la saison estivale, réchauffement oblige. Le problème de la surveillance, c’est qu’il faut avoir suffisamment de personnels, ce qui coûte de l’argent. Beaucoup sont des étudiants titulaires de BNSSA et tant qu’ils n’ont pas passé leurs examens. Et les communes ont du mal à recruter. Et c’est une population avec un gros turn over et qui est souvent jeune. Les CRS, quand ce sont eux qui surveillent les plages, ne sont de toutes façons présents qu’en juillet et août. De toute façon, les gens doivent le savoir : ils se baignent à leurs risques et périls. Et quand il y en a, il ne faut pas se baigner…” Ce qui est le plus difficile : “En Méditerranée, on ne perçoit pas le danger comme les vagues. Et ici quand on a des vagues, le vent vient de la mer ; c’est là où l’on a des courants d’arrachement et la mer la plus chaude.” Des conditions contre-intuitives. “C’est ça ; on peut se faire “prendre” par une vague, on décroche, on décroche…”
“Certains se mettent à l’eau sans savoir nager !”

Fin connaisseurs de la Méditerranée, Patrick Toustou ajoute : “Dans notre secteur, il y aussi des courants. On a notamment un courant de l’est vers l’ouest qui est de l’ordre minimum de 1 à 2 noeuds. Quand c’est la tramontane, le courant s’inverse ; c’est un courant de surface qui emporte au large ; ce n’est pas un courant d’arrachement d’un vent “marin” qui, quand elle casse a besoin de repartir et vous embarque. Ce n’est pas simple de bien nager. Il faut se renseigner sur les conditions.”
“Et puis, souligne-t-il encore, les jeunes savent de moins en moins bien nager. Il y a quelques décennies, tout le monde allait à la piscine apprendre à nager. Aujourd’hui, beaucoup d’exemptions de toutes sortes. Par ailleurs, certaines personnes se mettent à l’eau sans savoir nager ! Deux phénomènes se télescopent : une moins bonne accoutumance à l’eau ; un manque d’aisance et quand il y a des vagues ou des fortes chaleurs, des gens qui sont très rapidement mis en difficulté, parfois non loin du bord.”
Quand on est en difficulté, il ne faut pas chercher à arriver à tel endroit et d’accepter cela. Il faut essayer dans une zone plus propice où les conditions seront moins fortes”

Patrick Toustou aborde aussi le manque de culture de la pratique en mer. “En Atlantique, on est immédiatement alertés par un contexte évident : de grosses vagues qui déferlent ; cela fait des décennies que l’on parle là bas de baïnes (ces trous d’eau, “bassines” qui vous empêchent de regagner le rivage : il faut se laisser dériver et accoster plus loin, Ndlr). Chez nous, c’est insidieux on ne voit pas ça. Sauf qu’avec des vagues de 1,50 mètres ou deux mètres, par vent de mer, se forme un courant d’arrachement aussi fort qu’une baïne. On a aussi des problèmes de bancs de sable et de trous où l’on n’a plus pied. C’est valable pour tout le littoral sableux. Plus le vent souffle avec un angle plus écarté, à 70 degrés par exemple, plus s’exerce ce phénomène d’arrachement : la vague ne tape pas droit et quand la masse d’eau s’évacue, elle le fait selon un angle inversé.”
“En Méditerranée, on ne mesure pas forcément le danger”
Il donne un conseil important : “Quand on est en difficulté, il ne faut pas chercher à arriver à tel endroit et d’accepter cela. Il faut essayer dans une zone plus propice où les conditions seront moins fortes”. Il poursuit : “Il y a deux ans on a récupéré une famille – une maman et les deux enfants – sur un bateau gonflable. Il y avait une tramontane forte. L’un des deux enfants veut récupérer une rame tombée à l’eau et se retrouve lui aussi à l’eau. La maman nage derrière. Personne n’arrivait à revenir. Ils se sont accrochés à la bouée des 300 mètres. Et on les a récupérés. Et ce n’était pas une famille qui faisait n’importe quoi. En Méditerranée, on ne mesure pas forcément le danger. Il n’y a pas forcément de culture maritime – sans parler de l’Australie ! – ni même aquatique…”
Olivier SCHLAMA
Davantage de décès chez les adultes
Durant la période estivale 2025, 57 % des noyades ont concerné les adultes, 27 % les moins de 6 ans, et 16 % les 6 ans-17 ans. La proportion de noyades suivies de décès est plus importante chez les adultes que chez les enfants (43 % contre 6 % chez les moins de 6 ans ; 9 noyades suivies de décès sur 10 concernent les adultes).
Les décès par noyade en cours d’eau et plan d’eau ont représenté environ la moitié des décès par noyade quel que soit l’âge ; 33 enfants et adolescents sont décédés d’une noyade en cours d’eau/plan d’eau entre le 1er juin et le 30 septembre 2025 (58 % des décès dans cette classe âge) contre 20 en 2024 sur la même période. Pour les autres lieux, les décès par noyade ont davantage eu lieu en piscine privée en ce qui concerne les mineurs et en mer en ce qui concerne les adultes.
“Comme les années précédentes, les nombres de noyades et de décès restent élevés en été. Les noyades concernent tous les âges et tous les lieux. Ces résultats soulignent la nécessité de poursuivre la prévention sur le risque de noyades à tous les âges, particulièrement pendant les périodes de fortes chaleurs et tant que les conditions de baignade sont propices”, indique Santé Publique France.