Sport-Santé : Yannick Agnel : « Il y a urgence à changer de mode de vie »

Pour Yannick Agnel, le corps n'est pas fait pour ces efforts parfois surhumains. En revanche, se jeter à l'eau, souligne le double champion olympique de natation, "deux à trois fois par semaine, de façon régulière, c'est une très bonne chose physiquement et psychologiquement. Du bébé au grand-père, la natation, c'est l'exemple-type d'un sport non-violent, sans choc, puisqu'on est en apesanteur, où l'on peut se défouler et où les risques sont minimes." Photo : DR.

Pour le double champion olympique de natation, Yannick Agnel (1), « de plus en plus de jeunes ne pratiquent pas d’activités physiques régulières ». Ce qui nuit à leur santé. Le Nîmois sera le « grand témoin » des 3e Rencontres de Sète Agglopôle Méditerranée, organisées avec Le Monde le jeudi 31 janvier, de 9 heures à 17 h 30 au Casino de Balaruc-les-Bains. Cette année, le thème de ces rencontres gratuites – mais sur inscription ! – est justement le sport-santé. Dis-Leur ! a rencontré Yannick Agnel et l’Héraultais David Nocca, professeur au CHU de Montpellier, spécialiste de l’obésité.

D’abord un plongeon… dans le parler vrai. Yannick Agnel, né à Nîmes (Gard), où il a habité jusqu’à ses 14 ans, il a toute sa famille, le confie sans ambages : « Quand on a fait de la natation comme moi, six à huit heures par jour, pendant la plus grande partie de sa vie, pour être le meilleur parmi 7 milliards d’habitants, ce n’est pas le meilleur moyen de garder une très bonne santé… » Le corps n’est pas fait pour ces efforts parfois surhumains. En revanche, se jeter à l’eau, souligne le double champion olympique de natation, « deux à trois fois par semaine, de façon régulière, c’est une très bonne chose physiquement et psychologiquement. Du bébé au grand-père, la natation, c’est l’exemple-type d’un sport non-violent, sans choc, puisqu’on est en apesanteur, où l’on peut se défouler et où les risques sont minimes. »

Ensuite, la lucidité : « Que le sport aide dans ces conditions à avoir une meilleure santé, c’est une réalité. » Du coup, « dès que je le peux je me sers de ma notoriété pour promouvoir cette idée. Cette parole qui s’appuie sur des valeurs peut être importante et utile auprès des jeunes… »

Tous les rapports d’experts scientifiques le disent : seulement 5 % à 15 % des jeunes de 15 ans à 20 ans déclarent une activité physique régulière. Il y a urgence ! »

Yannick Agnel.

Enfin, Yannick Agnel, 27 ans, s’alarme : « Tous les rapports d’experts scientifiques le disent : seulement 5 % à 15 % des jeunes de 15 ans à 20 ans ont une activité physique régulière. Il y a urgence ! Il y a urgence à changer de mode de vie. Ces chiffres sont effarants. » Le champion ajoute : « Ce n’est pas parce que l’on est de plus ancré dans le monde virtuel qu’il faut se passer du monde réel. Au contraire, il faut (re)connecter les corps, pouvoir se regarder de nouveau dans les yeux. Il y a une citation du film Ready Player One qui résume ça parfaitement : Le virtuel, c’est génial, mais le réel est le seul endroit sur Terre où manger un bon repas… »

Le Nîmois Yannick Agnel sera le « grand témoin » des 3e Rencontres de Sète Agglopôle Méditerranée, organisées en collaboration avec le quotidien Le Monde le jeudi 31 janvier, de 9 h à 17 h 30 au Casino de Balaruc-les-Bains. Cette année, le thème choisi est justement le sport-santé.

Quatre tables rondes avec des invités de renom

De la préparation des athlètes de haut niveau au problème récurrent des commotions cérébrales dans le rugby en passant par le sport pour tous et sur ordonnances, quatre tables rondes, animées par des journalistes du Monde, Midi Libre ou France Télévisions, permettront à plusieurs invités de renom de livrer leurs témoignages et partager leurs expériences. Celle de Yannick Agnel est un accélérateur de compréhension.

« A ce jour, reprend Yannick Agnel, je plonge dans un bassin de façon sporadique mais je fais plein d’autres sports régulièrement, suffisamment pour garder la forme », confie encore le nageur : volley, badminton, etc. Et désormais il « coache » une team d’e-sport, la MCES Academy, à Marseille ! « L’e-sport, et le jeu vidéo, c’est l’une de mes passions. Est-ce que c’est un sport ? A haut niveau, bien sûr ! C’est une pratique sportive ; ce sont des athlètes qui s’entrainent comme des sportifs de haut niveau : c’est donc bien un sport. C’est pourquoi, je me dois d’accompagner ces jeunes, les former, comme dans un club de sport traditionnel. »

Aider ces athlètes du jeu vidéo pour également reconnecter les parents et les enfants qui pratiquent le jeu vidéo, participer à la structuration de la filière. Et si possible révéler des talents. »

Grâce à son expertise sportive. Diffuser les bonnes pratiques d’alimentation et d’entrainement. Yannick Agnel a pour ambition que l’e-sport devienne lui aussi un « lieu de socialisation ». Il préconise aussi « d’aider ces athlètes du jeu vidéo pour également reconnecter les parents et les enfants qui pratiquent le jeu vidéo, participer à la structuration de la filière. Et si possible révéler des talents. »

On demande beaucoup au sport ! Facteur d’intégration sociale, pratique éducative, le voici maintenant chargé de panser les maux de l’époque et de permettre à chacune et chacun d’entre nous de (re)trouver un équilibre de vie et de se trouver bien dans son corps, bien dans sa peau. Salons, applications, coaching, start-up : ce secteur sport et santé est en pleine expansion et le concept mis à toutes les sauces. D’où sans doute la nécessité de recadrer les choses, de séparer le bon grain de l’ivraie.

Le sport de haut niveau est là pour nous rappeler qu’une pratique intensive n’est pas recommandée pour tout le monde et doit systématiquement être accompagnée par des professionnels de la santé compétents. Des experts qui jouent un rôle de plus en plus important sur le chemin de performance comme dans la prévention des risques.

On compte entre 15 % et 17 % de personnes obèses en France. Ce sont les mêmes proportions en Occitanie. »

David Nocca, spécialiste de l’obésité.

Professeur David Noccan CHU Montpellier, Chirurgie Digestive et Transplantation. 29 Mars 2018.

David Nocca ne dit pas autre chose. Chef de service en chirurgie de l’obésité et diabète au CHU de Montpellier, il dit : « On compte en France entre 15 % et 17 % de personnes obèses. Ce sont les mêmes proportions en Occitanie. » Fondateur de la Ligue contre l’obésité, il explique que ce mal du siècle est « multifactoriel mettant en oeuvre la sédentarité, le fait d’être posté longtemps devant un ordinateur… Bref, il faut mettre en oeuvre une bonne prévention. Lui aussi appelle à faire le distinguo entre sportifs de haut niveau et Monsieur Tout-le-Monde. Le cerveau n’est pas naturellement fait pour les efforts du sport de haut niveau. L’excès de sport n’est pas bon. » David Nocca fait référence à tous ces amateurs qui se jettent à corps perdu dans l’activité physique à outrance comme les ultra trailers, de plus en plus nombreux.

On vit dans un monde addictif… »

« On vit dans un monde addictif, décrypte le professeur Nocca. Que ce soit la nourriture, l’alcool, la TV, je jeu vidéo ou encore le sport dont la pratique, elle, sécrète, des endorphines », substances qui procurent une sensation de bien-être, voire d’euphorie. Et à hautes doses, certains sports peuvent engendrer des pathologies, notamment du tube digestif. » Le chirurgien ajoute que l’avènement des montres connectées est a priori une bonne chose, pour surveiller son rythme cardiaque, notamment. « A partir de 110-120 pulsations cardiaques par minutes, on brûle les graisses… »

Olivier SCHLAMA

  • (1) Yannick Agnel, double médaille d’or (200 m nage libre et en relais 4X100 nage libre) aux JO de 2012.
  • L’entrée de ce forum sera gratuite, mais il est fortement conseillé de s’inscrire en ligne pour s’assurer une place le jour venu. Tout le programme et inscriptions sur www.weezevent.com/forum-sport-sante

Sport et santé : le programme

Pour sa troisième édition, le Forum « Sport et santé » se tiendra au Casino de Balaruc-les-Bains. Son programme est entièrement dédié à la thématique du sport et de la santé, avec de nombreux intervenants sportifs et des spécialistes.
De 9 heures à 17 heures, il sera le grand témoin de la journée, en assistant et en participant à toutes les conférences. Fil rouge de cet événement, il fera le lien entre le  public et les intervenants.

  • Le programme se scindera en plusieurs étape, avec quatre tables rondes et deux témoignages,  sur les thématiques suivantes :
  • De 9 h 15 à 10 h 15, table ronde, Le suivi médical au coeur de la performance, en compagnie de Patrice Canayer (manager général du Montpellier Handball), Gwladys Epangue (championne du monde de taekwendo et médaillée olympique).
  • De 10 h 15 à 10 h 45, Le sportif de haut niveau et son corps, témoignages de Romain Barras (champion d’Europe de décathlon) et Antoine Guillon (spécialiste de l’ultra-trail, vainqueur notamment de la Diagonale des Fous).
  • De 11 heures à midi, table ronde Commotions : le rugby en état de choc, animée par Jean Chazal (neurochirurgien au CHU de Clermont-Ferrand) et Marie-Alice Yahé (ancienne capitaine l’équipe de France de rugby féminin) et Yann de Fauverge, ancien joueur de rugby.
  • De 13 h 45 à 14 h 45, table ronde Sport et santé, un duo gagnant ?, avec Olivier Coste (médecin conseiller, DRJSCS Occitanie), Odile Diagana (Association Azur Sport Santé), Martine Duclos (chef du service médecine du sport CHU Clermont Ferrand) et David Nocca (professeur au CHU de Montpellier, spécialiste de l’obésité).
  • de 14 h 45 à 15 h 30, Pratiquer pour prévenir, pratiquer pour guérir, témoignages délivrés par Laetitia Gregorio (membre de l’association Etincelles) et Béatrice Héral (membre de l’association Solution Riposte)
  • de 15h45 à 16h45, table ronde Sport sur ordonnance, en la présence d’Alain Calmat (ancien ministre, président de la commission médicale du CNOSF), Yvan Chaboud (responsable Sport-Santé, développement et chargé de projets), Betty Mercier (présidente de l’Association Etincelles) et Gregory Ninot (professeur à l’université de Montpellier, chargé de recherches à l’Institut du cancer de Montpellier).
  • Des temps d’échanges, à la pause de midi ainsi qu’en fin d’après-midi, seront organisés pour permettre au public et aux intervenants d’interagir.
    L’entrée de ce forum est gratuite, mais il est fortement conseillé de s’inscrire en ligne pour s’assurer une place le jour venu. Tout le programme et inscriptions sur www.weezevent.com/forum-sport-sante
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