Authentique, nomade, bipolaire… Quel mangeur de pain êtes-vous ?

Abdu Gnaba. Photo : Vito Labelestra

Abdu Gnaba, socio-ethnologue, est devenu « Monsieur Pain ». En préambule, il dit : « Il y a différents mangeurs de pains. Nous avons dans notre livre dégagé six profils mais le principe du profil c’est que vous n’êtes jamais un seul profil. Mais vous êtes une grande tendance. Le profil, c’est comme l’horoscope : on est sagittaire, par exemple, ascendant quelque chose d’autre. Mais tous se lisent à l’aune d’un critère : la tradition. »

L’authentique : « Il ne change rien. C’est celui qui prend le pain tous les jours. A l’école du pain, c’est le plus assidu. Il ne s’imagine pas prendre un repas sans pain. Finalement, l’évolution du pain l’indiffère. Il est réfractaire à la diversification de l’offre : les pains spéciaux, il n’en veut pas. C’est un seul pain pour la vie. C’est la tradition arrêtée. C’était comme ça avant ; ce sera comme ça demain. »

Le nomade. « C’est celui qui s’adapte. Il invente en permanence son rapport au pain. C’est le trentenaire dynamique. Et lui sa consommation fluctue dans la multiplication des repères : il bouge tellement qu’il va prendre tous types de pâtes jusqu’aux pâtes pizzas. Il va chercher des types de pain différents. Il vit au présent. Lui, c’est la tradition en mouvement : tradition, oui, mais il faut que je puisse la trouver partout. Sinon, je m’adapte. »

L’errant. « Lui ne s’y connaît pas. Il se dit presque : « C’est quoi le pain ? » Dans cette catégorie, ils sont de plus en plus nombreux. Ce sont principalement des ados. C’est pour cela que l’on essaie de comprendre la baisse de consommation du pain. Lui, à la différence du nomade, il est passif. Il ne sait pas vraiment où il en est avec le pain et l’alimentation en général. Il joue au jeu vidéo avec une pizza à côté de lui. Il mange de façon indifférenciée. Il est dans la mal-bouffe. Il a quand même quelque chose de significatif : il n’aime pas la baguette de « tradition » française ; pour lui, c’est trop cher. S’il prend du pain, il doit être basique. Lui, c’est la tradition disparue : il n’a plus de souvenir de ce qu’était le pain. »

Le déphasé. « Il n’imagine pas une journée sans pain. Mais comme son alimentation est déstructurée ; il ne mange pas toujours la même chose, au bout d’un moment, il en achète… ou pas. Mais dans sa tête, il en achète toujours (rires). Même si le pain reste quand même un repère. 2lève retardataire, sérieux et doué mais distrait du fait de son (…) amour de la liberté. Lui, c’est la tradition en suspens. De temps en temps il a des crises de bien manger ; il va inviter les copains en prenant la bonne baguette ; ensuite, il est sur son ordi à trois heures du matin et mange ce qu’il peut. »

L’hédoniste. C’est la catégorie qui monte. Ce sont en gros les bobos. Il s’inscrit dans la mouvance de l’hyper-personnalisation. C’est l’élève particulièrement attentif et exigeant. Il dit : « C’est mon goût d’abord ! Les hédonistes vont vous parler de LEUR baguette. Ils vont manger tous les pains spéciaux. Le samedi, ce sera le pain aux noix. Puis, le pain aux olives. Celui pétri avec les pieds, etc. »

Le bipolaire. « En gros, il consomme régulièrement. Il pratique la boulangerie buissonnière. La semaine, il mange toujours le même pain. Le week-end, il devient hédoniste : ce sont ceux que l’on voit faire la queue aux boulangeries. On se croirait en URSS en période de rationnement. »

O.SC.