Santé : Les problématiques inégalités d’accès aux rendez-vous médicaux

Image d'illustration. Photo par Santiago Valdes de Pixabay

Menée avec le soutien de la Fondation Jean-Jaurès et l’analyse de Joy Raynaud, géographe de la santé, cette nouvelle édition des Cartes de France de l’accès aux soins pour Doctolib dresse un panorama approfondi sur l’accès à la médecine de ville, les dynamiques territoriales et les comportements des patients face à ce défi en France métropolitaine. Elle révéle “des inégalités territoriales profondes, mais sans géographie unique.”

L’étude confirme que “la densité médicale ne détermine pas seule les délais d’accès aux soins.” En ophtalmologie, les délais ont été divisés par plus de deux en huit ans à effectifs quasi constants, grâce au travail aidé et à la réorganisation de la filière. En cardiologie en revanche, la densité libérale a progressé mais les délais s’allongent.

Les inégalités territoriales sont considérables. En cardiologie par exemple, le délai varie de 16 jours (Paris) à 164 jours (Gers), soit un rapport de 1 à 10 (le délai médian d’attente est de 42 jours pour la France). En ophtalmologie, de 5 jours (Seine-Saint-Denis) à 153 jours (Gers), soit un rapport de 1 à 30. “Ces écarts ne se réduisent pas à une opposition urbain-rural : ils dessinent des géographies spécifiques à chaque profession, qui rendent les approches par zonage classiques insuffisantes pour appréhender la réalité de l’accès aux soins” précise Doctolib.

Des chiffres encourageants, mais une réalité qui se dégrade

La cartographie départementale confirme qu’en 2025, la médecine générale présente des délais courts à l’échelle nationale, avec un délai de 3 jours. 78 % des départements se situent entre 1 et 5 jours, tandis que 19 % présentent des délais compris entre 6 et 7 jours, et une minorité dépasse 8 jours.

En Occitanie, les deux extrèmes se situent en Lozère (de 1 à 3 jours) et l’Aude (6 à 7 jours), pour les onze autres départements de la région, on se situe dans la frange raisonnable (sic !) de 4 à 5 jours. L’étude tempère cependant : “Cette photographie masque toutefois une dégradation diffuse et progressive. Entre 2023 et 2025, 47 % des départements enregistrent une hausse des délais, 49 % restent sta-bles et seulement 4 % connaissent une amélioration. La stabilité nationale repose ainsi sur des mécanismes de compensation territoriale, alors qu’une part croissante de territoires voit ses délais s’allonger.”

“Le temps médical disponible diminue”

C’est ce que confirme le docteur Nicolas Homehr, médecin traitant en Haute-Garonne), président de CPTS, président départemental MG France (31), expert IA & santé :  “Le système tient encore, mais sous tension permanente. Les données récentes le confirment. En médecine générale, les délais restent globalement courts (…) Mais cette stabilité est trompeuse. Les rendez-vous à plus de 7 jours augmentent, les files actives diminuent et les tensions territoriales s’accentuent. Nous sommes entrés dans une phase de dégradation silencieuse” commente-t-il.

Et le praticien explique : “Le problème n’est plus uniquement démographique. Oui, le nombre de médecins est sous pression, avec un vieillissement marqué de la profession. Mais surtout, le temps médical disponible diminue. Notre métier a profondément évolué : plus de coordination, plus de complexité, plus d’administratif (cet éternel mal français pour lequel il ne semble pas y avoir de remède, NDLR), plus de suivi de patients chroniques. Dans le même temps, les besoins explosent sous l’effet du vieillissement, de l’augmentation des maladies chroniques et d’attentes légitimes plus fortes des patients.”

Image d’illustration . Photo FREEPIK

L’étude souligne : “La médecine générale constitue un indicateur avancé de tension du système de soins. Dans les territoires où les délais s’allongent, ce n’est pas seulement l’accès au médecin traitant qui se fragilise, mais aussi l’accès à l’ensemble des soins prescrits.”

Ainsi, si le délai médian reste stable dans 5 départements d’Occitanie (Aveyron, Gers, Lot, Lozère, Pyrénées-Orientales) il augmente dans tous les autres.

Un renoncement “massif” à chercher un rendez-vous

Pour la première fois, cette deuxième édition de la “Carte de France de l’accès aux soins” intègre une enquête nationale menée auprès de près de 8000 patients représentatifs des utilisateurs de Doctolib. Elle révèle l’ampleur des difficultés d’accès au-delà des seuls délais mesurés.

Ainsi : “63 % des patients ont déjà renoncé à chercher un rendez-vous.” Et ce renoncement ne touche pas prioritairement les publics précaires : ce sont les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %) qui renoncent le plus, davantage que les ouvriers (63 %) ou les personnes sans activité (63%). L’écart de renoncement entre zones urbaines denses et zones rurales n’est que de 4 points, ce qui invite à dépasser le prisme des déserts médicaux pour appréhender l’accès aux soins comme un défi structurel national.

Au cours des douze derniers mois, “23 % des patients sont allés aux urgences faute de rendez-vous disponible” et “45 % des patients utilisent déjà une IA conversationnelle pour des questions de santé (et 18% ont ensuite rfenoncé à consulter !). Ce n’est plus un phénomène émergent mais bien une pratique courante dans les parcours de santé, avec un clivage générationnel de 62 points entre les 18-24 ans (75%) et les 75 ans et plus (13%).”

Comme le souligne Roman Bornstein (codirecteur des études, Fondation Jean-Jaurès): “L’actualité vient régulièrement rappeler aux Français que leur système de santé voit s’accumuler les défis. Ce pilier de la solidarité nationale est en danger, et nos concitoyens l’ont compris. De fait, dans les enquêtes d’opinion que pilote la Fondation Jean-Jaurès, la santé apparaît régulièrement en tête de leurs préoccupations…”

Et de s’interroger : “L’alliance de la recherche, de la technique et de la donnée offre pour l’avenir la promesse d’une qualité de soins inenvisageable il y a encore quelques années. C’est ici que réside le paradoxe de notre santé publique. La question qui se posera aux décideurs ne sera pas tant celle de la qualité de notre système de soins que celle de son organisation et de son accessibilité : comment assurer aux patients l’accès à leurs soignants au moment où ils en auront besoin ?”

C’est vrai qu’à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, c’est une question majeure qui mérite d’être posée !

Philippe MOURET

Lire l’intégralité : Les Cartes de France de l’accès aux soins 2026 – Soignants et patients face aux inégalités d’accès

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