Protection sociale : Les annonces de Macron à Montpellier

Il y a une trop grande renonciation des soins et trop d'actes inutiles et trop de surmédicalisation. Et puis les pathologies ont changé ; elles sont de plus en plus chroniques ; la population vieillit ; les professionnels eux aussi ont changé. Nous sommes dans un système d'excellence mais bousculé par ces changements, tiraillé par les déserts médicaux ; le grand âge et la dépendance... Il faut plus de prévention et d'accompagnement." Photos : Olivier SCHLAMA

En ouverture du 42e congrès de la Mutualité française, le président de la République a levé le voile sur le financement de ce que les Français doivent payer pour leur santé une fois le remboursement de la « Sécu » effectué dans les domaines dentaire, de l’optique et de l’audition, selon une offre « 100 % remboursée » de base. Il a aussi annoncé deux lois en 2019, l’une sur la refonte des régimes de retraites, la seconde sur la dépendance. Explications.

Pour ceux qui attendaient une réponse à ce marché qualifié la veille de « malsain » des complémentaires santé par l’UFC-Que Choisir, il faudra repasser ; pour ceux qui voulaient comprendre pourquoi Emmanuel Macron avait débuté sa journée par un : « On met un pognon dingue dans les minimas sociaux… », au risque de désigner les pauvres comme des assistés incapables de se sortir de leur condition, il faudra repasser itou. Les journalistes étaient confinés hier au Corum à Montpellier devant une TV dans une magnifique  salle de presse, drapée de tentures rouges comme à l’Elysée, avec certes cafés et croissants de qualité… Mais impossible de poser une question au chef de l’Etat. Impossible de travailler dans l’amphithéâtre pour l’ouverture du 42e congrès de la Mutualité française, organisme souverain en France, dans le cadre de la complémentaire santé puisqu’il rassemble la quasi totalité des 477 mutuelles actives du pays. Le macronisme, plus qu’une théorie, une certaine pratique du pouvoir.

C’était la mesure phare du programme santé d’Emmanuel Macron, lors de la campagne présidentielle de 2017. Après plus d’une heure et quinze minutes de discours, Emmanuel Macron en a annoncé sa concrétisation sous la forme d’un accord avec la Mutualité française. Ainsi, terminé, même pour les plus pauvres, de débourser de l’argent quand il s’agit de régler une couronne dentaire, la correction d’une myopie ou acheter une prothèse audio. Les 200 euros, 65 euros et 1 700 euros respectifs appelés « restes à charge » (8,5 % de la dépense totale) ne seront plus payés par le patient d’ici 2021. « Sans hausse de cotisation : il n’y a pas de marché de dupes », a affirmé le chef de l’Etat qui a précisé que les soins « conservateurs » comme le traitement d’une carie seront revalorisés chez le dentiste ; que l’accès aux ophtalmologues serait facilité (« Des lunettes gratuites, ça ne sert à rien si on doit attendre 12 mois pour un rendez-vous ») ; le nombre d’assistants dentaires sera étendu ansi que le nombre d’audio prothésistes. Avec ces économies, les plus pauvres ne renonceront plus à sourire, à voir, entendre, manger ; certains ne seront plus ainsi privés de travail. Quant aux enfants, on sait que l’absence de lunettes alors que l’enfant en a besoin est l’une des premières causes de l’illettrisme. Ces trois secteurs sont ceux où l’on renonce le plus à se soigner : 4,7 millions de Français feraient l’impasse de ces soins dentaires et 2,1 millions d’appareils auditifs. Les Français sont actuellement pour 4,4 milliards d’euros de leur poche chaque année. La prise en charge de la sécurité sociale – très faible aujourd’hui – sera doublée. Un investissement évalué à 100 millions d’euros. Les complémentaires santé augmenteront, elles aussi, leur participation pour un montant évalué, lui, à 200 millions d’euros. Ce « panier santé » proposera un choix parmi les modèles remboursables ainsi à 100 %.

Cet été nous prendrons position sur la transformation profonde de la tarification à l’acte et à l’activité dans les hôpitaux, des médecines de ville et hospitalière. Il faudra revenir sur des habitudes… »

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a aussi annoncé : « Cet été nous prendrons position sur la transformation profonde de la tarification à l’acte et à l’activité dans les hôpitaux, des médecines de ville et hospitalière. Il faudra revenir sur des habitudes… » De la même manière, Emmanuel Macron a promis « cinq services minimum de santé dans chaque commune dont un médecin traitant, un lieu de vaccination, du dépistage et des soins permanents. » Il a insisté sur le fait que « la prévention est l’une des clefs du futur système : notre médecine est excellente mais elle prévient mal. Du coup, nous devons soigner des pathologies lourdes et donc coûteuses. Il y a une trop grande renonciation des soins et trop d’actes inutiles et trop de surmédicalisation. Et puis les pathologies ont changé ; elles sont de plus en plus chroniques ; la population vieillit ; les professionnels eux aussi ont changé. Nous sommes dans un système d’excellence mais bousculé par ces changements, tiraillé par les déserts médicaux ; le grand âge et la dépendance… Il faut plus de prévention et d’accompagnement. »

Un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous. Cela en sera fini des « 42 régimes » différents qui s’étaient construits dans des différences aujourd’hui devenues inexplicables. »

Enfin, le locataire de l’Elysée a annoncé « une loi pour début 2019 en vue de la refonte du système des retraites en gardant le système actuel par répartition et la solidarité inter-généralitionnelle. Mais 1 euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous. Cela en sera fini des « 42 régimes » différents qui s’étaient construits dans des différences aujourd’hui devenues inexplicables. Autre loi, d’ici fin 2019, celle de la dépendance pour « répondre à la nouvelle vulnérabilité sociale du grand âge. Nous devons avoir un débat national. »

Au début de son intervention à la tribune de la salle Berlioz, le président Macron n’a eu de cesse de fustiger ces « droits qui n’existent que sur le papier : c’est ça qui crée de l’indignation dans notre pays, alors que dans le même temps on n’a jamais autant dépensé pour la santé. Il faut regarder la réalité en face, ces parts maudites obscures, ces inégalités d’une société qui exclut des pans entiers de la population. » En clair, c’est la fin de l’Etat providence, vive « l’Etat providence et de la solidarité », a-t-il formulé. « On n’a pas arrêté de commenter sur cette journée qui devait être le grand tournant social de mon quinquennat. C’est faux : quand je redresse l’économie ; quand on s’attaque aux racines du mal dans tous les secteurs, c’est ce que je fais », a-t-il réaffirmé, en substance.

Un enfant sur cinq ; une famille homo-parentale sur trois : c’est ça le visage de la pauvreté. On a créé un système déshumanisé. Ces dix dernières années, nous avons augmenté le RSA de 80% mais en baissant les dépenses d’accompagnement de 40%. »

Emmanuel Macron a redit à plusieurs reprises qu’il fallait « réinventer le système. Il faut une révolution profonde. La solution n’est pas de dépenser toujours plus d’argent. Notre système est plus inégal qu’il y a 30 ans, plus déterministe, s’attaquer aux inégalités, c’est s’attaquer à leurs racines, bousculer une société de statuts… »

Emmanuel Macron, qui aura l’occasion début juillet de présenter un plan pauvreté, a dit : « Un enfant sur cinq ; une famille homo-parentale sur trois : c’est ça le visage de la pauvreté. On a créé un système déshumanisé. Ces dix dernières années, nous avons augmenté le RSA de 80% mais en baissant les dépenses d’accompagnement de 40%. Nous avons aujourd’hui 50 % de celles et ceux qui sont au RSA qui, après quatre années, sont toujours au RSA. Et 30 % des Français ne vont pas vers ces prestations promises parce qu’elles sont trop complexes et stigmatisantes. Ces chiffres disent tout. »

Pour Thierry Beaudet, le président de la Mutualité, « il est encore difficile d’évaluer l’effort global que devront fournir les complémentaires santé ». Répondant ainsi à un brouhaha dans la salle quand Emmanuel Macron a évoqué « le partage des investissements pour le panier 100 %  santé » et la fin des restes à charge dans l’optique, dentaire et domaine auditif. Par ailleurs, Thierry Beaudet a confié que « 95 % des gens interrogés dans le cadre d’un sondage demandent une harmonisation et une simplification des prestations ». Auparavant, le président de la Mutualité française (85 000 salariés, 15 000 militants élus), même s’il jugeait la situation « préoccupante », il la trouve également « stimulante ». « C’est un nouveau souffle » pour « un tiers de la population qui renonce aux soins ».

Olivier SCHLAMA

A LIRE AUSSI : Avant Macron à Montpellier : « Le marché des complémentaires santé est malsain »