Avant Macron à Montpellier : « Le marché des complémentaires santé est malsain »

Les organismes complémentaires ont en dépensé 7,2 milliards d’euros en 2016 pour leurs frais de gestion, soit 20 % des cotisations hors taxes. Sur ce total, plus de 2,8 milliards d’euros ont été consacrés aux frais d’acquisition, notamment en publicité et communication. "Le consommateur n'a pas à payer, juge Alain Bazot, le sponsoring de bateaux, celui d'une éminente équipe de cyclistes alors que ces complémentaires ne font aucun effort de productivité et qu'elles mettent toutes ces dépenses importantes sur le dos des consommateurs." Photo : DR.

Alors que le président de la République sera présent ce mercredi au congrès de la Mutualité française, à Montpellier, la puissante UFC-Que choisir tire à boulets rouges sur ce secteur « opaque », proposant des offres impossibles à comparer et qui connaît des « flambées tarifaires » à cause d’une « concurrence qui ne fonctionne pas ».

Personne ne sera surpris que Alain Bazot, emblématique président de l’UFC Que Choisir, qualifie le marché des complémentaires santé, un marché « malsain » à 40 milliards d’euros de cotisations, soit 13 % des dépenses de santé. Mais l’ampleur de cette fuite en avant, elle, atteint des sommets. L’analyse sans concession de l’association intervient alors que Emmanuel Macron doit « faire des annonces » sur  le fameux « zéro reste à charge dont les négociations touchent à leur fin » dans ce domaine lors du congrès de la Mutualité française ce mercredi, à Montpellier. « Or, indique Alain Bazot, « cette réforme concerne au premier chef les complémentaires santé qui vont en supporter les conséquences, notamment en matière d’audition et d’optique, etc., et c’est sur les consommateurs, in fine, que ce reste à charge va peser. » En gros, le consommateur va payer davantage encore.

Comment s’étonner alors qu’un sondage exclusif de l’Ifop pour l’UFC-Que Choisir nous apprenne que « 37 % des consommateurs estiment difficiles à comprendre leurs garanties santé, et que 48 % ne soient pas en mesure de connaître à l’avance leur remboursement pour des soins importants non récurrents, comme les frais d’hospitalisation ?

Non respect général d’un glossaire commun ; parfois même les offres des complémentaires sont incompréhensibles ; les trois-quarts ne distinguent pas remboursements de la Sécu de leur propre remboursement… Avec un double risque : que certains renoncent à des soins parce qu’ils peuvent imaginer ne pas savoir s’ils sont ou non couverts et d’autres, eux, se soigneront mais ne seront pas couverts, ce qui peut générer de l’endettement voire du surendettement… »

« C’est un enjeu de société majeur : 96 % de la population a une complémentaire santé, qui le sont majoritairement à travers des contrats individuels (56 %), souligne Alain Bazot, avec une cotisation annuelle de 700 euros en moyenne en 2017, ce n’est pas le coût d’une simple baguette de pain... En clair, c’est un « marché qui manque cruellement de visibilité, alors que c’était une promesse de ces complémentaires il y a déjà huit ans ! C’est une promesse de Gascon avec un non respect général d’un glossaire commun ; parfois même les offres sont incompréhensibles – c’est le cas des soins dentaires – ; les trois-quarts des complémentaires ne distinguent pas remboursements de la Sécu de leur propre remboursement… Avec un double risque : certains renoncent à des soins parce qu’ils peuvent imaginer ne pas savoir s’ils sont ou non couverts et d’autres, eux, se soigneront mais ne seront pas couverts, ce qui peut générer de l’endettement voire du surendettement… » Du coup, il est « impossible de comparer » tarifs et offres des 477 complémentaires actives » et « de se diriger vers les offres les plus intéressantes pour chacun. Le marché affiche une dynamique concurrentielle de façade avec des tarifs très élevés ».

Le consommateur n’est pas au bout de ses surprises. Chargé du dossier, Mathieu Escault confie que l’UFC a commandé une étude précise sur les frais de gestion, véritable plaie que le consommateur paie au prix fort. « Notre étude montre, à partir de l’analyse des documents commerciaux de 29 organismes et de 207 avis d’échéance, les nombreuses défaillances du secteur. C’est pourquoi l’UFC-Que Choisir appelle les pouvoirs publics à une action résolue pour s’assurer qu’une concurrence raffermie remette au service des consommateurs le secteur de l’assurance santé. »

Complémentaires santé : 690 euros de frais de gestion par consommateur et par an !

La moyenne de ces frais en 2017 ? Pas moins de 690 euros ! « Et encore cela cache des disparités : c’est une somme qui amalgame contrats collectifs et individuels et qui peut apparaître comme un super tarif pour les plus de 65 ans et un tarif prohibitif pour un étudiant. Mais il nous permet de suivre la tendance.  » C’est là que le bât blesse : « On enregistre une inflation des frais de gestion de + 47 % en moyenne depuis 2006 soit des cotisations complémentaires qui ont progressé trois fois plus vite que l’inflation des prix (+ 14%). La cotisation moyenne à une complémentaire santé s’élève en 2017 à 688 € par an, soit 47 % de plus qu’en 2006. Et si des hausses de fiscalité sur les contrats sont intervenues, elles ne justifient que « moins du tiers de la progression des cotisations. L’explication est donc également à chercher du côté des frais de gestion » que l’UFC qualifie de « dérive ».

Le consommateur n’a pas à payer le sponsoring de bateaux, celui d’une éminente équipe de cyclistes alors que ces complémentaires ne font aucun effort de productivité et qu’elles mettent toutes ces dépenses importantes sur le dos des consommateurs. »

Les organismes complémentaires ont en dépensé 7,2 milliards d’euros en 2016 pour leurs frais de gestion, soit 20 % des cotisations hors taxes. Sur ce total, plus de 2,8 milliards d’euros ont été consacrés aux frais d’acquisition, notamment en publicité et communication. « Le consommateur n’a pas à payer, juge Alain Bazot, le sponsoring de bateaux, celui d’une éminente équipe de cyclistes alors que ces complémentaires ne font aucun effort de productivité et qu’elles mettent toutes ces dépenses importantes sur le dos des consommateurs. » L’UFC va plus loin : « Sur certains contrats, c’est même plus. Aidée par les consommateurs qui ont répondu à son appel, l’UFC-Que Choisir a décortiqué plus de 200 avis d’échéance d’assurance santé. Il en ressort une très grande variabilité des frais de gestion des contrats santé individuels, qui s’étalent de 9 % à 42 % des cotisations. Et ces dépenses semblent hors de contrôle : depuis 2010, les frais ont augmenté deux fois plus vite que les remboursements accordés aux assurés ! Les économies d’échelle promises, dont le nombre diminue à grande vitesse depuis quinze ans, ne sont pas au rendez-vous. » En clair, les assurés paient de la communication, de la publicité, du marketing à outrance pour se voir proposer une complémentaire…

La concurrence ne fonctionne pas. Quand est-ce que la passivité des pouvoirs publics va-t-elle cesser ? »

Dans le même temps, le taux de redistribution est de moins des deux-tiers pour l’assurance individuelle : « En moyenne, seulement 70 % des cotisations reviennent à la communauté des assurés sous forme de prestations, et même 66 % pour les contrats individuels. Pour les contrats avec le plus de frais, le taux de redistribution des cotisations descend même sous les 50 % : moins d’un euro cotisé sur deux revient alors aux assurés. » Et ce sont les contrats individuels, souscrits pas les populations précaires et les personnes âgées en majorité, le plus pénalisant…

L’UFC-Que Choisir tient à rappeler au gouvernement ses engagements en faveur d’une intensité concurrentielle renforcée sur ce marché pour contrer cet effet néfaste, et demande  l’encadrement par la réglementation de la lisibilité et la comparabilité des offres d’assurance complémentaire santé ;  la publication de l’arrêté prévu par la loi Hamon (2014), pour que soit publiée dans les  brochures d’assurance santé une liste standardisée de remboursements, exprimés en euros et une meilleure transparence sur les frais de gestion, avec en particulier une information sur le taux de redistribution disponible avant la souscription. » Car, jusqu’à aujourd’hui, « la concurrence ne fonctionne pas. Quand est-ce que la passivité des pouvoirs publics va-t-elle cesser ? ».

Olivier SCHLAMA