Escapades (3) : Vacances romaines sur les routes d’Occitanie, à 80 km/h

Les Augustales de Loupian, une plongée dans l'Histoire, ce week-end... Photo Thomas ORLANTH

Cneus Domitius Ahenobarbus, vainqueur des Allobroges en 121 av. J.-C., organise le pays conquis entre Alpes et Pyrénées en nouvelle province romaine, la Gallia Transalpina avec capitale Narbo Martius (Narbonne). Alors sans se presser, suivons un peu ses traces, en respectant scrupuleusement pour notre char cette fameuse limitation de vitesse à 80 km/h. Première étape à Loupian (cliquer ICI), dans l’Hérault…

Voir le bon côté des choses : à 80km/h, on peut mieux regarder le paysage !!!

Il faut po-si-ti-ver ! Oui, il va falloir s’habituer à rouler de façon différente. Alors voyons le bon côté de la chose : c’est l’occasion de mieux apprécier les paysages et de partir à la découverte des multiples pépites qui s’offrent au détour des départementales de l’Occitanie Pyrénées-Méditerranée… Dis-Leur ! vous conseille quelques escapades estivales. Cette fois, petit regard dans le rétroviseur pour y apercevoir… nos ancêtres les Romains !

28 et 29 juillet, les Augustales de Loupian

A l’époque romaine, la voie Domitienne reliait l’Italie à la péninsule ibérique en traversant la Gaule narbonnaise. La partie qui nous intéresse, celle qui traverse l’Occitanie actuelle, se déroule sur 257 kilomètres, depuis Arles jusqu’au Perthus. Toutefois, en passant par Narbonne, il est possible de bifurquer pour emprunter la Via Aquitania, plus récente (vers 14 ap. J.-C.) mais pas moins romaine, qui se déroule jusqu’à Toulouse et au-delà vers Bordeaux…

Démonstration de combat entre Celtes et Romains, aux Agustales de Loupian (les 28 et 29 juillet). Photo Thomas ORLANTH

Cette voie Aquitaine, dont l’actuelle N113 (ou D6113) suit approximativement le tracé, remonte donc au temps de l’empereur Auguste (63 av.J.-C. – 14 ap. J.-C.). celui en l’honneur duquel ont lieu, ces samedi 28 et dimanche 29 juillet, les Augustales de Loupian (dans l’Hérault, à 17 km de Sète), sur le site de la Villa gallo-romaine des Près-Bas. L’occasion d’une belle escapade en famille, à la découverte d’animations aussi variées que la  vie de campements, les combats entre Celtes et Romains, des ateliers pour enfants, une initiation à l’archerie (dès 8 ans), la découverte de l’archéologie (à partir de 6 ans), de la musique, etc (Entrée libre).

C’est toujours un plaisir de voir (dimanche à 10h30) défiler les nombreux figurants en costumes et de visiter le musée (cliquer ICI) qui est l’un des rares exemples français de conservation et de présentation in situ. L’histoire et le fonctionnement du domaine agricole sont présentés dans deux salles où sont exposés des objets archéologiques et des maquettes. La visite se poursuit sous un bâtiment qui protège le site archéologique où sont visibles les mosaïques polychromes qui décoraient la résidence du Ve siècle de notre ère…

Enfin, l’auteur Laurent Sieurac sera sur-place afin de dédicacer les albums de sa série de bande dessinée (avec Alain Genot) : Arelate (éd. 100Bulles). Une belle série dans les tons sépia, qui a su trouver sa place dans une période riche en BD de qualité (Alix, bien sur, mais aussi Les Aigles de Rome, Les boucliers de Mars, Vae Victis, Murena, etc). Quand un auteur et un archéologue redonnent vie à l’antiquité, ici dans les traces de Vitalis le tailleur de pierre qui ne rêve que de prendre la mer. Et l’action est clairement située, par le titre même de la série, dans la cité d’Arelate, l’actuelle Arles…

Retour à Arles, dans les pas de Jules

Buste identifié à Jules César. ©Rémi BENALI / MDAA

Il faudra quand même franchir 107 kilomètres de Loupian à Arles (Bouches-du-Rhône, pas l’Occitanie, mais presque), pour rejoindre la cité qui existait depuis le VIe siècle av. J.-C. mais qui allait connaître un changement radical lorsque Jules César donna l’ordre à un de ses généraux d’y fonder une colonie de droit romain. On y installe alors les vétérans de la VIe Légion (Legio VI Ferrata), qui donne encore son nom à une association forte d’une cinquantaine de membres, passionnés d’histoire antique. Ici le musée départemental Arles antique (cliquer ICI) fait naturellement la part belle à César (Jules, comme l’aurait interpellé Astérix), notamment au travers d’un buste « présumé » du grand homme. Trouvée lors de fouilles dans le Rhône en 2007, cette pièce partage la vedette avec le plus grand bateau romain jamais mis au jour, long de 31 mètres !

C’est lors de prospections effectuées dans le Rhône durant l’été 2003, par une équipe du Drassm que les archéologues-plongeurs repèrent une partie de l’épave. Et rapidement, celle-ci se révèle être en excellent état de conservation. Après avoir reçu le nom d’Arles-Rhône 3, c’est à l’automne 2010 que son relevage est décidé à l’initiative du Conseil général des Bouches-du-Rhône.
2011 : Arles-Rhône 3 sort de l’eau.

Vue aérienne du Musée Départemental de l’Arles antique et de la presqu’île du cirque romain ©Rémi BENALI

Le chaland sera tout d’abord débarrassé de l’amas de sédiments qui le recouvrait mais assurait sa conservation depuis 2000 ans. Ses 31 mètres de longueur seront ensuite découpés à la scie égoïne en 10 tronçons sortis un à un des eaux du fleuve puis restaurés à l’atelier Arc Nucléart de Grenoble, spécialisé dans la restauration des bois gorgés d’eau avec la collaboration du laboratoire A-Corros pour la restauration des éléments métalliques. Et en 2013, Arles-Rhône 3 s’installe au musée

« Construit près des vestiges du cirque romain d’Arles, au bord du Rhône, le musée offre à ses visiteurs une vision passionnante de l’archéologie. Une scénographie soignée, un classement qui mêle chronologie et thématique, des
maquettes et des plans, s’efforcent de rendre accessibles à chacun les anciens témoignages de la cité, depuis la préhistoire jusqu’à l’Antiquité tardive. Depuis son ouverture en 1995 et soucieux de sans cesse diversifier son offre de visite au public, le musée s’est doté d’un auditorium et du jardin d’inspiration romaine Hortus jouxtant le musée », souligne son directeur Claude Sintès.

Nîmes, la maison carrée, le pont du Gard…

Même avec une circulation parfois ralentie (eh oui, c’est l’été !) il ne faut guère plus d’une demi-heure pour couvrir les 34 kilomètres entre Arles et sa grande rivale romaine : Nîmes dans le Gard. Il y a naturellement beaucoup à dire sur la romanité de l’ancienne Nemausus, qui s’est donné au mois de juin dernier un écrin digne de son riche passé antique avec le Musée de la Romanité (cliquer ICI).

L’image de l’annonce de l’ouverture du musée par la Ville de Nîmes. photo D.-R.

Bâtiment contemporain conçu par Elizabeth de Portzamparc, ce nouveau musée au rayonnement international accueille quelque 5 000 oeuvres patrimoniales, dont la valeur archéologique et artistique est exceptionnelle. Il accueille également des expositions temporaires, à l’instar de « Gladiateurs, héros du Colisée » tout au long de cet été, faisant écho aux spectacle présentés chaque année dans les arènes nîmoises…  « Le Musée de la Romanité s’inscrit ainsi parfaitement dans la philosophie de la candidature de Nîmes au Patrimoine mondial de l’Unesco sur le thème de L’Antiquité au présent », souligne le maire de la capitale gardoise, Jean-Paul Fournier.

Face aux Arènes nîmoises, le Musée se trouve en bordure de l’Écusson, dans le cœur historique de la ville. Traversé par les vestiges du rempart romain, il prend place sur l’épine dorsale du site, autrefois limite entre la ville moyenâgeuse et la ville moderne. Sur ces vestiges se superposent vingt siècles de strates urbaines et autant de morceaux d’architectures… Pour en savoir plus sur Nîmes, son histoire romaine, ses lieux tels que la Maison Carrée, la Tour Magne et non loin, le fameux Pont du Gard, retrouvez notre article sur le héros de BD Alix en cliquant ICI

Chant des cigales et traces de caligae

Le pont Ambroix : Cet imposant ouvrage d’art de près de 175 mètres de long comptait probablement entre 9 et 11 arches et permettait à la voie Domitienne de franchir le Vidourle. Photo Pauline CODINA

Si l’état de la Via Domitia est assez inégal, il faut faire une halte sur le site d’Ambrussum (à Viletelle, près de Lunel, dans l’Hérault) pour mettre vraiment ses pas dans ceux laissés par les caligae des légionnaires ! A 28 kilomètres de Nîmes, par la D40, on parvient au coeur de la garrigue entouré par le chant assourdissant des cigales par ces temps de canicule. Ici, à deux pas du petit musée antique, « près de 200 mètres de voie romaine pavée mènent à l’emplacement de l’ancien oppidum gaulois. »

Car ici, bien avant la venue des Romains, le peuple Volques (les Gaulois qui occupaient la région, créateurs du site de Nemausus) occupait les lieux dont il reste d’importantes traces, dont 135 mètres de remparts. Les Gaulois avaient même établi des liens commerciaux avec es grecs. En arrivant, plutôt que de chercher l’affrontement, les Romains ont fait passer leur « via » tout près et installé ici même un important relais routier (relais de poste, auberge, forge, bains…) afin de bénéficier au mieux de ces échanges…

Une étape digne de l’aire d’autoroute actuelle, sur l’A9 toute proche. Conscient de la symbolique de  cette proximité, le groupe Vinci a même invité cette semaine des membres de l’association gersoise Via Romana (cliquer ICI) à venir en costumes d’époque planter leurs tentes au contact des automobilistes. Une tactique digne des généraux latins pour inciter les conducteurs à faire une pause plus longue sur la route des vacances ! (encore présents ce samedi 28 juillet, de 10h à 16h). les 11 et 12 août prochains, la légion du Gers se rendra à Rom, dans les deux-Sèvres (Nouvelle-Aquitaine).

« Narbo Via », quand le futur fait vivre le passé..

Par le chemin des discipulus (les écoliers, en latin) il est sans doute temps de s’arracher aux charmes d’Ambrussum pour reprendre la route… Il y a quand même 120 kilomètres à parcourir vers un autre centre essentiel de l’Occitanie romaine : Narbo Martius (Narbonne, dans l’Aude). Capitale de la Narbonnaise, deuxième port romain après celui d’Ostie, Narbonne a été une cité de premier plan dans l’Antiquité, ses marchands sillonnant la Méditerranée établissaient sa réputation dans tout l’Empire.

Malheureusement, sa parure de monuments a disparu pour être essentiellement transformée en carrière afin d’ériger les remparts et ainsi se protéger des premières invasions barbares. Cependant, de très nombreux vestiges subsistent : les galeries souterraines de l’Horreum constituent un impressionnant ensemble de galeries souterraines, l’un des seuls sites encore visibles. Restent, également, les mosaïques, les fresques découvertes sur le site du Clos de la Lombarde (le plus bel ensemble hors d’Italie), sarcophages, statues, conservés au musée archéologique. En attendant la livraison du projet NarboVia :

Un projet de 50 millions d’euros porté par la Région, destiné à faire revivre la grande histoire de Narbo Martius, qui accueillera l’ensemble des collections antiques de la ville. « C’est l’un des projets emblématiques de la politique régionale culturelle et patrimoniale que je souhaite mener. Il s’agit de créer un lieu de vie pour tous – habitants, visiteurs venus d’ailleurs et professionnels – et un lieu d’apprentissage », a déclaré Carole Delga (présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerrané) lors d’une visite du chantier qui devrait ouvrir ses portes au public en 2020…

C’est ici, à Narbonne, que les chemins se séparent. D’un côté la Via Domitia qui poursuit son cheminement vers l’Espagne ‘en passant par les Pyrénées-Orientales, l’université de Perpignan étant l’Université de Perpignan Via Domitia…), de l’autre, on peut emprunter la Via Aquitania, vers Toulouse.

Saint-Raymond et les 12 travaux d’Hercule

Dans la Ville Rose, visite obligatoire dans un lieu qui ne devrait pas vous laisser de marbre ! Le musée Saint-Raymond (cliquer ICI) possède une collection de sculptures romaines exceptionnelle, la seconde en France après celle du Louvre. Le musée présente une importante collection archéologique.
Près de 1000 pièces qui évoquent le cadre de vie des Celtes et des Romains dans la région toulousaine.

Les 12 travaux d’Hercule, pièce maîtresse des collections du musée Saint-Raymond, à Toulouse… Photo D.-R.

Toutes les œuvres du premier étage du musée Saint-Raymond proviennent de Martres-Tolosane, village situé à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse. De toutes les villas connues dans l’ensemble de la Gaule, celle qui fut découverte au lieu-dit Chiragan, est la plus importante. On appréciera particulièrement la superbe collection des « Travaux d’Hercule »… Ces sculptures datant de la fin du IIIe siècle représentent l’un des ensembles majeurs du musée. Il faut probablement les imaginer intégrées au niveau supérieur des murs d’une très grande salle ou d’un long portique de la villa de Chiragan.

Le musée Saint-Raymond propose également des rendez-vous insolites, telle que celle prévue le vendredi 3 août : spécialement conçue pour ceux qui pensent que le contenu culturel ne s’adresse pas à eux ou qu’ils vont être obligés de subir un cours magistral lors d’une visite guidée, le MSR fait le pari, avec cette  visite, de réussir à les divertir et les intéresser. Pour cela, le médiateur proposera un parcours un peu fou où l’on pourra toucher, observer en détail, défier les autres participants, poser des questions… Au terme de cette visite, vous ne verrez pus jamais un musée avec le même regard.

Des vins archéologiques venus du Gard

Et avant de partir, Dis-Leur ! vous conseille un petit tour à la boutique du musée, qui propose une série de produits renouant avec les saveurs antiques. Notamment des vins « archéologiques » produits par le Mas des Tourellees dans le Gard, qui mériterait à lui seul une escapade (cliquer ICI), des Tibères du Gard (bonbons au miel) et des tisanes dont la « Jardin d’Apicius » (du nom d’un célèbre gastronome antique) par Herbatica… Bien sur, après quelques verres de Mulsum, Turriculae ou Carenum, même Ben-Hur évitait de reprendre les rênes de son char, alors attendez le lendemain pour prendre le volant vers une nouvelle escapade !

Philippe MOURET

Quelques autres lieux romains dans la région : Le site archéologique de Lattara (cliquer ICI); l’oppidum d’Enserunne (cliquer ICI); le musée archéologique de Javols, en Lozère (cliquer ICI); en Aveyron le site de La Graufesenque (cliquer ICI); la villa gallo-romaine de Montmaurin (cliquer ICI) dans le Tarn et quelques autres, si vous cherchez bien !