BD : Alix, 70 ans d’aventures et un voyage à Nîmes

Alix a 70 ans cette année. Le héros antique imaginé par Jacques Martin (1921-2010) est en effet apparu dans les pages du Journal de Tintin en septembre 1948. Mais l’anniversaire a débuté dès janvier, avec une exposition au musée de la Bande dessinée et se poursuivra tout au long de l’année. Où il est (aussi) question de Nîmes et du Pont du Gard !

Héros légendaire qui a fait les beaux jours du Journal de Tintin pendant près de 40 ans, avant de poursuivre sa carrière en albums, Alix reste un symbole de la bande dessinée franco-belge. Son créateur, Jacques Martin, a participé activement à la vie des Studios Hergé et à la réalisation de nombreux albums de Tintin, tout en creusant un sillon singulier avec Alix, saga historique ancrée dans l’Antiquité romaine.

L’exposition qui raconte les rouages d’une création

Une planche culte de l’album « Les légions perdues » exposée à Angoulême et décryptée dans l’Histoire par Gaëtan Akyüz et Romain Brethes.

L’exposition qui lui rend hommage à Angoulême (jusqu’au 13 mai), constitue la première grande rétrospective consacrée à l’art de Jacques Martin, et plus précisément aux années 1948-1988, pendant lesquelles l’auteur dessine et écrit seul la série. Plus de 150 planches originales et documents rares, permettent au visiteur de découvri les débuts du dessinateur et son entrée aux Studios Hergé, avant d’aborder la dimension esthétique de son œuvre.

La figure d’Alix occupe bien sûr une place centrale dans l’exposition. Ce héros paradoxal, souvent frustré dans ses aspirations à défendre la justice, doit négocier avec un monde antique à la fois violent et raffiné, qui reflète aussi les tensions politiques et culturelles contemporaines de l’auteur (guerre froide, décolonisation, révoltes de la jeunesse…).

En décryptant le regard nouveau qu’il porte sur l’Antiquité et son rapport à l’Histoire, l’exposition montre également comment Jacques Martin a su réinventer la période et les civilisations qu’il décrit (romaine, grecque et gauloise, en particulier), entre rigueur historique et fantasme artistique.

Loin de l’image parfois trop lisse qu’on a pu lui assigner, la série voit aussi ses aspérités mises en lumière (par exemple sa mise en scène du corps, entre fascination plastique et sexualisation progressive), ou encore l’inquiétante étrangeté, mêlée de fantastique et de « science-fiction à rebours », dans laquelle baignent certains titres de la série.

Un hors-série indispensable

Autant de sujets qui sont traités avec brio par plusieurs spécialistes dans un numéro hors-série du magazine L’Histoire actuellement en kiosques, Les mondes d’Alix (en savoir plus ICI). « C’est une approche renouvelée de l’Histoire que nous vous faisons découvrir ici » souligne l’édito du magazine, rappelant que les éditions Casterman (qui publient les albums de la série) seront au coeur de cet événement avec des recueils d’albums en noir et blanc et une nouvelle aventure à paraître cet automne.

Particulièrement complet, ce hors-série est en effet ce qui se fait de mieux dans les nombreux suppléments de la presse qui s’appuient sur la Bande dessinée pour aborder des sujets historiques. Rares sont en effet ceux qui réussissent avec autant d’efficacité à mêler dans chaque chapitre une analyse pointue de la BD concernée et des références historiques précises. Une vingtaine de chapitres couvrent l’intégralité des sujets abordés dans Alix… De la lutte entre César et Pompée aux gladiateurs, de l’Egypte à la Chine, de l’esclavage d’un jeune Gaulois au sénateur du spin-off (série parrallèle), Alix Senator, par Valérie Mangin et Thierry Démarez (lire l’entretien avec V. Mangin sur le site de Casterman, ICI).

Alix, la série classique, c’est jusqu’ici 36 albums (dont 19 par Jacques Martin seul), mais aussi une collection de 39 ouvrages pédagogiques qui présentent l’histoire des lieux antiques dans lesquels se déroule la BD, d’autres sites essentiels du monde antique et divers thèmes tels que les gladiateurs, les costumes, les jeux olympiques, la marine, etc.

Découvrir Nîmes et le Pont du Gard avec Alix

C’est dans cette collection des « Voyages d’Alix » que prend place l’album Nîmes et le Pont du Gard, sur des textes d’Eric Teyssier et des dessins de jacques Denoël. Dans son introduction Michael Couzigou (aujourd’hui directeur de L’Atelier des Lumières, Centre d’Art Numérique chez Culturespaces) rappelle le passé de l’important oppidum celte du 1er siècle avant J.-C. devenu la colonie romaine Nemausus sous l’impulsion, d’octave Auguste.

Obtenant même le droit de battre sa propre monnaie, « le fameux As de Nîmes » où l’on voit le crocodile égyptien enchaîné à la palme de la Victoire, allégorie de la victoire d’Octave et Agrippa sur Cléopâtre et Marc-Antoine lors de la bataille d’Actium. Imagerie qui est, aujourd’hui encore, le blason de la ville.

Tout au long des 48 pages de cet album, textes, photos et illustrations décrivent l’histoire et la vie de la cité à l’époque romaine. On peut ainsi revivre le brillant passé antique de la cité gardoise dont les remparts, surplombés par la tour Magne, entourent le Forum et la fameuse « Maison Carrée » inspirée par les temples d’Apollon et de Mars Ultor à Rome. Sans oublier bien sur l’amphithéâtre qui a vu s’affronter fauves et gladiateurs et reste l’un des mieux conservés. Le site accueille d’ailleurs chaque année les Grands jeux romains (en 2018 sur le thème de Spartacus, les 28, 29 et 30 avril) qui réunissent près de 500 participants venus de France et d’Europe (plus d’infos en cliquant ICI).

D’autres villes ont eu le même honneur, dont Marseille, Aix-en-Provence, Orange, Vaison-la Romaine… Dans le hors-série de L’Histoire, Martine Quinot Muracciole (professeur au collège Feuchères de Nîmes) explique : « Ces Alix, savants mais jamais pédants, et croqués de façon moderne, contribuent à faire aimer l’antiquité à l’école… » Au rang des curiosités, on peut également citer le guide de Rome (éd. Casterman avec Lonely Planet) « Itinéraires avec Alix », pour un voyage entre Histoire et imaginaire… Vous avez dit 70 ans ? Et pourtant toujours aussi jeune !

Philippe MOURET

Jacques Martin est également l’auteur des séries Lefranc, Jhen, Orion, Keos et Loïs. Il existe une version en latin de l’album « Le fils de Spartacus » (Spartaci filius) également chez Casterman.