Gendarmerie-Pôle emploi : Sécurité, reclassement, gagnant-gagnant

Davantage de sécurité dans les 77 agences de Pôle emploi de la région qui se penche, elle, davantage sur les demandes de recrutement de la gendarmerie et de certains reclassements de gendarmes : c’est le but de deux conventions, dont l’une a été testée en Occitanie avant de faire florès dans l’Hexagone.

« Avec Pôle emploi, c’est une relation gagnant-gagnant », sourit le général Jacques Plays, commandant la région de gendarmerie d’Occitanie. Son homologue, Serge Lemaitre, directeur régional de Pôle emploi, acquiesce. Les deux institutions ont signé deux conventions. La première a trait à la sécurité et la sûreté dans les 77 agences de Pôle emploi d’Occitanie « très demandée par les managers et les 4 600 agents, dont 4 000 sur le terrain », précise Serge Lemaître. La seconde a trait au recrutement ou au reclassement de gendarmes en fin de carrière ou encore de jeunes adjoints qui changent d’orientation et cherchent un emploi dans le civil.

Ce partenariat, que nous avons testé avec succès en Haute-Garonne, était une première en France en même temps qu’un succès »

Le général Jacques Plays, commandant la région de gendarmerie d’Occitanie. DR.

Agressions, violences, dégradations, vols et même cyber-attaques… Sur la sécurité, le savoir-faire des gendarmes n’est plus à démontrer. « Nous intervenons à plusieurs niveaux, explique le général Jacques Plays. Ce partenariat, que nous avons testé avec succès en Haute-Garonne, était une première en France en même temps qu’un succès. » Les référents sécurité de la gendarmerie ont ausculté les « points de vulnérabilité » en conseillant des mesures passives comme la vidéo-surveillance. « En un an, c’est une réussite. Le concept va faire tâche d’huile puisque peu à peu les autres régions vont s’y mettre. » Le général Plays précise : « Il est difficile de donner un bilan statistique précis, l’année 2020 étant très spéciale. En revanche, cette convention a permis de fluidifier les relations entre les deux institutions. Et à une prise de conscience d’une certaine vulnérabilité. Nous avons commencé un travail de fond qui va se poursuivre. »

Depuis un an, qualitativement, les agents de Pôle emploi, qui travaillent souvent dans une ambiance de stress, se sentent soutenus… »

L’agressivité, les incivilités sont aussi la conséquence d’une grande souffrance chez certains allocataires, qui viennent exprimer un désespoir et vivent parfois une situation tragique. Le général Plays opine et précise : « Les incivilités ou les comportements plus ou moins véhéments peuvent relever de la menace et donc d’un délit… Il y a parfois de fortes tensions dans les agences Pôle emploi. Les gens sont quelque fois en grande précarité (…) On peut comprendre beaucoup de choses mais de là à les accepter… » Depuis un an, qualitativement donc, les « agents de Pôle emploi, qui travaillent souvent dans une ambiance de stress, se sentent soutenus… »

Jusqu’à 4 500 visites par jour dans les agences

Serge Lemaitre, directeur régional Pôle emploi. DR.

« Il n’y a pas une journée sans incident », confie Serge Lemaître, directeur régional de Pôle emploi, citant pêle-mêle incivilités, bien sûr, mais parfois des agressions physiques, des menaces de suicide, des dégradations, des vols d’ordinateurs. Ou des menaces de mort. » Carrément. « Parfois, nous sommes obligés d’interdire l’accès à certaines personnes… » Mais il insiste : « Il n’y a pas d’explosion de ces faits. Il est normal que nous en ayons : il arrive que nous ayons au total jusqu’à 4 500 visites par jour dans nos différentes agences et si on ajoute les contacts téléphoniques, cela monte à 7 000 ou 8 000 contacts par jour avec les entreprises et les demandeurs d’emploi. en interne, nous avons dé »jà une comptabilité fine et des plans d’actions. »

« Les infos s’échangent régulièrement même quand tout va bien. On a musclé davantage cette relation »

Serge Lemaitre ajoute : « On a même revu certaines de nos pratiques jusqu’à la formulation de nos courriers dont la teneur, par trop administrative, pouvait porter à incompréhension. On explique mieux les décisions que l’on prend et parfois même on téléphone avant au demandeur d’emploi. On a souhaité avec cette convention c’est d’avoir un diagnostic sécurité de nos sites et ensuite apporter plus de fluidité dans les relations avec la gendarmerie et c’est le cas. Les infos s’échangent régulièrement même quand tout va bien. On a musclé davantage cette relation. »

Gendarmerie : 9 000 postes à pourvoir chaque année

La seconde convention, qui existe depuis déjà deux ans, a trait à l’emploi. Bon an mal an, la gendarmerie nationale recrute quelque 9 000 képis chaque année « dont 5 500 jeunes adjoints qui s’engagent en moyenne trois ans, 3 000 sous-officiers et 400 sous-officiers dans les domaines techniques et l’administration ». Cette convention sert d’une part à aider la gendarmerie à recruter dans un métier loin d’être facile avec la convergence des crises sécuritaires. « Nous recherchons davantage de profils très humains, très solides psychologiquement et physiquement. Le candidat doit avoir des valeurs intrinsèques fortes. Actuellement, nous 9 000 postes occupés, nous recevons dix fois pus de candidats, soit 90 000. » Sans oublier que la féminisation est encore faible, de l’ordre de 15 %.

« 80 % à 85 % de jeunes gendarmes volontaires de moins de 25 ans retrouvent un emploi dans les trois à quatre mois dans la fonction publique ou le privé »

Pour les 5 500 jeunes adjoints volontaires, la gendarmerie c’est souvent une première expérience professionnelle. Ensuite, soit ils s’orientent vers le concours de sous-officiers soit, s’ils y échouent notamment, se mettent à chercher un emploi. « Nous avons un contrat moral avec eux. Et depuis que nous avons cette convention avec Pôle emploi qui s’en occupe en amont leur reclassement se passe très bien », souligne le général Plays. Environ « 80 % à 85 % de ces jeunes de moins de 25 ans retrouvent un emploi dans les trois à quatre mois dans la fonction publique ou le privé », précise Serge Lemaitre.

122 gendarmes reclassés en 2019

Le directeur régional de Pôle emploi ajoute qu’une « expérience dans la gendarmerie est une carte de visite valorisante pour les recruteurs. Les sous-officiers, c’est un peu différent. Souvent, ils profite d’arrêter leur carrière dans la gendarmerie au bout de 17 ans, comme ça leur est possible et cherche à s’engager dans une seconde carrière. Avec eux aussi, ce partenariat avec Pôle emploi se passe très bien. Tous personnels confondus, nous avons réussi à reclasser 122 gendarmes en 2019 sur les quelque 8 000 personnels de la région Occitanie. »

Chômage : « Les chiffres ne sont pas catastrophiques »

Le contexte de l’emploi en France et en Occitanie « n’est pas catastrophique », dixit Serge Lemaitre. Certes, les chiffres ne sont pas bons sur une année, de septembre 2019 à septembre 2020 (ils sont désormais trimestriels), on enregistre une hausse de + 8,7 % des chômeurs de catégorie A et de « seulement » + 4,7  % pour l’ensemble des catégories ABC. Soit 60 2570 demandeurs d’emploi en Occitanie. Il faut y voir la mise sous perfusion de l’économie par les aides de l’Etat et de certaines collectivités. « Nous avons eu une hausse très forte du chômage en mars, avril derniers et une baisse régulière depuis le mois de mai. » La prochaine étape, très attendue, étant le premier trimestre 2021. De nombreux plans sociaux sont annoncés dans l’Hexagone tout comme des PSE (Plans de sauvegarde de l’emploi). Le chiffre de quelque 36 000 licenciements étant souvent avancé.

Olivier SCHLAMA