Perspectives : 115 000 séniors dépendants de plus en Occitanie en 2040

Selon l'étude de l'Insee/ARS Occitanie, Le nombre de seniors dépendants augmenterait plus fortement à partir de 2022. Photo D.-R.

Réalisée en partenariat avec l’Agence régionale de santé (ARS), l’étude de l’Insee montre qu’en Occitanie, comme partout en France, l’arrivée aux âges avancés des générations nombreuses du baby-boom va se traduire inéluctablement par une progression du nombre de personnes âgées dépendantes, dont le devenir et la prise en charge sont des enjeux majeurs de société.

Selon l’étude menée, si les dernières tendances démographiques se poursuivaient, le nombre de seniors de 75 ans ou plus augmenterait fortement entre 2015 et 2040, soit 472 000 seniors supplémentaires en 25 ans en Occitanie. En 2015, les personnes âgées de 75 ans ou plus représentent 11 % de la population régionale, cette proportion atteindrait 16 % en 2040.

2040 : Un sénior sur 3 en situation de dépendance

Le devenir et la prise en charge des personnes âgées dépendantes sont des enjeux majeurs de société. Photo D.-R.

Ce fort vieillissement s’explique, précise l’Institut de la statistique, par le « choc » du papy-boom. Les nombreuses personnes nées après-guerre et jusqu’au milieu des années 70, les baby-boomers, auront 75 ans ou plus à partir de 2022… Dans la région, comme partout en France, cela se traduira donc mathématiquement par une progression du nombre de personnes âgées dépendantes.

Ainsi en 2015, 191 000 seniors de 75 ans ou plus sont dépendants en Occitanie, c’est-à dire qu’ils ont besoin d’aide pour accomplir les gestes essentiels de la vie quotidienne (toilette, déplacements, tâches domestiques…). À l’horizon 2040, 306 000 seniors seraient dépendants, soit 115 000 de plus en 25 ans (+ 60 %), selon les hypothèses retenues dans l’étude : un senior sur trois serait en situation de dépendance. Et « la dépendance sévère (besoin de prise en charge de la plupart des activités de la vie courante ou perte totale de l’autonomie) concernerait 86 000 seniors en 2040, soit 20 000 seniors sévèrement dépendants de plus qu’en 2015. »

Gard, Haute-Garonne et Hérault : hausse importante du nombre de seniors dépendants

Des disparités territoriales importantes existent entre les départements de la région. En 2015, les taux de dépendance varient de 30 % dans l’Aude, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales à 38 % en Lozère. Le taux est plus élevé dans les départements âgés et ruraux, comme la Lozère, l’Ariège, l’Aveyron et le Gers. Dans ces départements, il y a, en proportion, davantage d’habitants de 85 ans ou plus, âges
où les situations de dépendance sont plus fréquentes.

À l’inverse, le long du littoral, en Haute-Garonne mais aussi dans les Hautes-Pyrénées, les taux de dépendance sont plus faibles. Toutefois, en volume, les départements où le nombre de seniors dépendants est le plus important sont aussi les départements les plus peuplés. En outre, les disparités sont fortes en matière
de taux de dépendance sévère : 5 points d’écart entre le plus élevé (Lozère, 14 %) et le plus faible (Pyrénées-Orientales et Aude, 9 %).

Institutions et prise en charge à domicile

Source INSEE Occitanie . ARS Occitanie

Près de 61 000 places en institution, c’est à dire en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ou en unités de soins de longue durée (USLD), étaient installées dans la région Occitanie en 2015. Un senior dépendant sur quatre y est hébergé, et un senior sévèrement dépendant sur deux. Le nombre de places en EHPAD et USLD (unité de soin de longue durée) pour 100 personnes âgées dépendantes variait du simple au double dans les départements de la région : de 25 dans les Pyrénées-Orientales à 48 en Lozère, en 2015.

La très grande majorité des personnes âgées dépendantes est aujourd’hui prise en
charge à domicile (74 %), par un ensemble de prestataires : services de soins infirmiers à domicile, infirmiers libéraux, centres de soins infirmiers, aides-soignants, etc. En 2015, l’accessibilité aux soins infirmiers prodigués à domicile ou dans les centres de soins étaient plus développée dans les territoires où l’offre institutionnelle est moins importante, comme dans le Gard ou les Pyrénées-Orientales

Selon l »étude Insee/ARS, « dans l’hypothèse de l’absence de création de places d’hébergement permanent d’ici 2040, à l’exception de l’installation des 1 000 places déjà programmées, le nombre de places pour 100 seniors dépendants passerait de 32 à 20 d’ici à 2040. Les seniors en EHPAD et USLD seraient plus souvent en situation de dépendance sévère en 2040, compte tenu de l’hypothèse de leur prise en charge prioritaire en institution. » Ainsi, le nombre de seniors dépendants à domicile augmenterait à l’horizon 2040, du fait de la quasi-stabilité du nombre de places installées en institution.

Des besoins importants en termes d’emplois

« De nouvelles formes alternatives de prise en charge devront être développées pour compléter l’offre en institution et favoriser le maintien à domicile », explique l’analyse de Noémie Moncoudiol (insee), Bernadette de la Rochère et Régine escrouzailles (ARS). La hausse supposée du nombre de seniors s’accompagnerait d’un besoin plus important d’emplois, quel que soit le mode de prise en charge. D’une part, en EHPAD et USLD, la priorité devrait être donnée aux personnes les plus dépendantes qui ont besoin d’un accompagnement plus important. Des emplois supplémentaires seraient donc nécessaires (+ 0,6 % par an), principalement des aides-soignants et infirmiers.

D’autre part, à domicile, le nombre d’heures d’intervention de professionnels (infirmiers, aides-soignants ou aides-ménagères) devrait augmenter de 1,4 % par an pour maintenir les niveaux de prise en charge de 2015. Le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes est aussi souvent permis par l’implication forte de
l’entourage. Cependant, « la population des aidants potentiels (ensemble des femmes
et hommes de 50 à 79 ans) progresserait 3 fois moins vite que la population des 75 ans ou plus dépendants à domicile, ce qui nécessiterait le développement de solutions innovantes pour faciliter le quotidien des seniors », souligne l’étude en conclusion…

Philippe MOURET

Les enjeux pour l’ARS Occitanie

Avec le vieillissement, apparaissent des fragilités pouvant entraîner des déclins fonctionnels physiques et cognitifs favorisant l’entrée dans la dépendance et responsables d’une diminution de l’autonomie. L’évolution progressive de la fragilité vers la perte d’autonomie, quand elle est prise en compte suffisamment en amont, est alors réversible.

Repérer les sujets âgés fragiles dès les premiers signes, identifier les causes de cette fragilité et accompagner par des actions ciblées ceux qui ont besoin de l’être, constituent les moyens essentiels pour retarder la perte d’autonomie chez les seniors et promouvoir le bien vieillir. Le repérage de la fragilité chez les personnes âgées est inscrit comme une priorité du Projet régional de santé (PRS) Occitanie 2018-2022 et des modalités de repérage sont expérimentées dans ce cadre.

Afin de répondre à la fois à la réalité démographique du vieillissement et au souhait des personnes de continuer à vivre chez elles à l’arrivée aux grands âges, un changement profond du modèle d’accompagnement doit être engagé. Cela suppose tout d’abord d’affirmer résolument la nécessité de privilégier la vie au domicile de la personne le plus longtemps possible.

Illustration d’archive. Photo D.-R.

L’accès des personnes âgées à des solutions innovantes de mobilité, d’adaptation au logement et d’amélioration du quotidien doit être facilité. Le maintien de l’autonomie de la personne âgée repose en particulier sur sa capacité à maîtriser son espace de vie. Dans ce cadre, l’ARS Occitanie souhaite soutenir des solutions innovantes pour faciliter le quotidien des personnes âgées dépendantes vivant à leur domicile (ex : domotique, mobilier modulable et adaptable, etc.) et des aidants (structures de répit, formation…), d’ores et déjà expérimentées et éprouvées par différents acteurs sur la région.

Ces nouvelles attentes nécessitent également de développer des formes alternatives et accessibles de prise en charge lorsque la personne âgée a besoin d’un accompagnement plus soutenu : résidences autonomie, accueil familial, accueil temporaire, accueil de jour, habitat intergénérationnel et inclusif… Cela suppose aussi de repenser les établissements pour personnes âgées.

Afin d’anticiper ces attentes et besoins à venir, l’ARS Occitanie a lancé en septembre 2019 un appel à candidatures pour accompagner à titre expérimental des projets de solutions innovantes participant au bien vieillir à domicile. L’objectif est de permettre à l’offre de services actuelle (EHPAD, SSIAD, etc.) de s’ouvrir au-delà de ses fonctionnalités traditionnelles.

En faisant évoluer leurs prestations, les opérateurs ont vocation à devenir des acteurs pivots des politiques gérontologiques sur leurs territoires et passer ainsi d’une logique de « structure » à une logique de « prestations de services coordonnées ». Des travaux ont également été initiés pour intégrer les personnes âgées dans les projets d’habitat inclusif de la région.

Ce dernier type d’habitat innovant concerne de petits ensembles de logements indépendants, associant espaces de vie individuelle et de vie partagée, dans un environnement adapté et sécurisé. Le PRS Occitanie a d’ores et déjà pris la mesure des enjeux liés à l’explosion démographique et est résolument tourné vers les prises en charge de demain.

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