Perpignan : Malgré l’interdiction, le maire Louis Aliot rouvre quatre musées

Louis Aliot, maire de Perpignan, a choisi d'ouvrir quatre musées dès le 9 février. ©Ville de PERPIGNAN

« Nous voulons tous que les musées puissent rouvrir le plus vite possible, disait le 9 février le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à l’occasion des questions au gouvernement, précisant : « dès lors que les conditions sanitaires le permettront, les premiers lieux que nous rouvriront ce seront les musées »… Louis Aliot a devancé le gouvernement : la Ville de Perpignan a ouvert, le même jour, ses quatre musées (*). Entretien :

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de réouverture des musées. Et pourquoi maitenant ?

La ministre de la Culture a elle-même annoncé lundi dernier que les musées pourraient sans doute rouvrir rapidement sous certaines conditions. Il se trouve qu’à Perpignan, nous sommes prêts. Alors, au lieu de parler, nous agissons. La situation sanitaire n’est pas pire qu’ailleurs, nos musées ont été capables de mettre en place un protocole sanitaire particulièrement rigoureux, nos personnels étaient volontaires.

Il est impératif d’apprendre

à vivre avec le virus »

De plus, nous voyons bien les effets dévastateurs de cette vie qui n’est en plus une depuis maintenant un an. Nos concitoyens n’en peuvent plus. Il est impératif d’apprendre à vivre avec le virus, dans un esprit de responsabilité. Enfin, il est aussi urgent de redonner de l’espoir et un début d’activité au monde de la culture qui est en grande souffrance, comme le sont d’autres secteurs d’ailleurs.

C’est également la raison pour laquelle j’ai décidé la gratuité totale des médiathèques et bibliothèques jusqu’à la fin de l’année mais aussi d’ouvrir l’espace public de notre ville au street art. L’art doit enfin prendre l’air et il le fera à Perpignan dès la fin de cette semaine. Nos concitoyens ont besoin d’espoir et de perspectives !

Le gouvernement dit attendre « une décrue » de l’épidémie pour envisager l’ouverture des sites culturels. Ne craignez-vous pas, qu’on puisse vous reprocher votre choix si un éventuel regain du covid à Perpignan devait advenir ?

Aujourd’hui le gouvernement attend une décrue et il y a à peine quinze jours, il préparait les Français à un troisième confinement ! la réalité, c’est que depuis le début de cette crise, dès l’affaire des masques rappelez-vous, le gouvernement agit de façon incohérente et nos concitoyens le voient chaque jour. Là, il ne s’agit bien sûr pas de prendre des risques mais d’apprendre à vivre avec ce virus comme nous devrons peut-être vivre avec d’autres virus dans les années qui viennent.

Il faut s’adapter avec un esprit de responsabilité. Mais qu’on ne vienne pas me dire qu’il serait plus dangereux d’aller dans un musée que dans un supermarché. Je rappelle qu’en décembre, nous avons ouvert un marché de Noel avec un protocole sanitaire précis, en lien avec la préfecture et que tout ceci s’était déjà très bien déroulé.

Ce gouvernement doit enfin faire confiance

aux maires qui connaissent

la réalité du terrain »

Est-ce que le fait que les musées concernés soient « à taille humaine » constitue selon vous une garantie de plus pour la sécurité ?

Mardi à Perpignan. Louis Aliot insiste : « Nos musées n’ont jamais été des clusters… » Photo ©Ville de PERPIGNAN

Nos musées sont les lieux où il est à l’évidence le plus facile d’expérimenter cette réouverture des lieux culturels et ceci la Ministre ne peut que le comprendre. J’invite d’ailleurs Madame Bachelot à venir se rendre compte par elle-même. Ce gouvernement doit enfin faire confiance aux maires qui connaissent la réalité du terrain, maîtrisent les équipements de leurs villes et qui ont toujours su s’adapter à cette crise.

Nous nous trouvons, dans notre pays, dans cette situation ubuesque où nos concitoyens ont une confiance très grande envers leurs maires alors qu’au sommet de l’état les maires sont ignorés pour ne pas dire parfois méprisés.

Quelles mesures particulières avez-vous mises en place, justement afin de garantir l’accès protégé du public aux sites concernés ?

Evidemment, nous avons mis en place une jauge particulière soit un visiteur pour 10m². Nous mettons également en place un système d’inscriptions pour gérer les flux en amont. Le reste du protocole sanitaire est connu. Il s’agit du sens de la visite, du gel hydro alcoolique… en un an, tout le monde a su mettre en place les mesures nécessaires. Encore une fois, nos musées n’ont jamais été des clusters.

Vous attendez vous à un bras de fer avec la préfecture ? Avec quelles conséquences ?

La préfecture a déposé un référé-suspension et elle est dans son rôle puisqu’elle obéit au gouvernement. Maintenant, c’est un juge administratif de se prononcer et je défendrai lundi cette décision à Montpellier. C’est normal. Je constate tout de même que voici quinze jours, en plein samedi après-midi, une manifestation de teuffers autorisée par la préfecture (la « Marche des Libertés » qui s’est tenue à Paris le 16 janvier était autorisée, mais pas la rave-party non-déclarée pour laquelle les forces de l’ordre sont intervenues, NDLR) et dont les organisateurs n’ont respecté aucune règle sanitaire élémentaire n’a pas causé la moindre réaction et surtout pas celle du gouvernement.

J’espère que d’autres maires

ouvriront aussi leurs musées »

Avez vous pris des contacts avec d’autres municipalités qui pourraient avoir envie de suivre votre exemple ?

J’espère que d’autres Maires ouvriront aussi leurs musées, oui. Mais vous savez là encore chaque élu connaît sa ville, ses spécificités. D’autres élus choisissent d’agir à leur manière. Perpignan a aussi cette spécificité d’être une ville de culture et notamment de Beaux-Arts. Picasso, Dali et bien d’autres grands artistes étaient ou sont des familiers, je dirais des amis de Perpignan.

Ouvrir nos musées, ouvrir aussi notre espace public aux artistes d’aujourd’hui, c’est aussi pour Perpignan redonner vie à son identité, à son histoire. Perpignan a assez souffert et ses habitants ont besoin de ce coin de ciel bleu.

Pensez-vous que les élus locaux n’ont pas été assez écoutés depuis un an, tout au long de cette crise sanitaire ?

Monsieur Castex, élu de nos propres cantons de montagne, qui se voulait le Premier Ministre des territoires est en réalité un haut fonctionnaire parisien, capable d’ouvrir les pistes de ski en fermant les remontées mécaniques ! Dans la gestion de cette crise, nous sommes en tout cas très loin du couple maire-préfet un temps prôné par le Président Macron et son Premier Ministre de l’époque Edouard Philippe et je le regrette profondément.

Encore une fois, l’enjeu est maintenant de savoir vivre avec ce virus, de le combattre bien sûr mais aussi de s’adapter. Les maires sont les mieux placés au quotidien pour prendre les mesures adéquates et cela quelles que soient nos étiquettes politiques. Parce que nous sommes sans cesse au contact des réalités, à l’écoute des habitants, nous les maires, sommes d’abord des élus de bon sens. Il est grand temps qu’on nous fasse confiance, oui…

Propos recueillis par Philippe MOURET

(*) Ouverture de 11h à 17 h des musées de la Ville : Musée d’art Hyacinthe RigaudCasa PairalMuseum d’Histoire Naturelle – Musée des Monnaies et Médailles Joseph Puig.

Opération « L’Art prend l’air »

Le patio de l’Hôtel de Ville et le patio de l’Hôtel Pams accueilleront des
expositions d’artistes perpignanais qui ne peuvent pas exposer depuis
maintenant un an en raison de la crise sanitaire du COVID 19.

Les street-artists seront par ailleurs invités à créer des œuvres sur des panneaux d’exposition installés le long du quai Vauban, Place Arago, Place de la République et Place Rigaud. Les artistes intéressés peuvent s’inscrire : 04.68.66.33.18 / 04.68 66.18.53. Par mail : perpignan.culture@mairie-perpignan.com.

Autre mesure de soutien à la culture perpignanaise, le maire de Perpignan annoncé la gratuité totale de la médiathèque et de toutes les bibliothèques de la Ville jusqu’à la fin de cette année 2021.

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Une lettre de Louis Aliot à Jean Castex

En ce 10 février, le maire de Perpignan vient d’adresser un courrier au Premier ministre (et maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales de 2008 à sa prise de fonctions à Matignon). En voici le texte :

Monsieur le Premier Ministre,

Lundi dernier, la Ministre de la Culture annonçait étudier la prochaine ouverture des musées, précisant que « celle-ci pourrait avoir lieu rapidement » et ceci après une année de fermeture en raison de la crise sanitaire que notre pays traverse.

Comme tous les Français mais aussi comme tous les élus locaux, j’ai accueilli ces propos comme un signe particulièrement positif alors que, voici une dizaine de jours à peine, votre gouvernement préparait nos compatriotes à un troisième confinement ou, du moins, à un durcissement très net des mesures sanitaires.

En tant que Maire de Perpignan, comme tous mes collègues Maires des Pyrénées-Orientales mais aussi de toute la France, j’ai toujours agi avec l’esprit de responsabilité que nous devons à nos concitoyens.

Dans cet état d’esprit, j’ai par exemple mis en place, en partenariat avec des laboratoires, un centre de dépistage massif, doté nos écoliers de masques adaptés, demandé à notre Police Municipale de veiller au respect du port du masque et des règles sanitaires en vigueur dans l’espace public ou encore mis en place un certain nombre d’actions de solidarité comme le portage de repas à domicile pour les plus isolés d’entre nous.

Mais parce que j’ai toujours considéré que nous devions apprendre à vivre avec ce virus et adapter nos modes de vie de façon responsable, j’ai aussi, en lien étroit avec Monsieur le Préfet des Pyrénées-Orientales dont je tiens à saluer la qualité du travail et de nos relations, mis en place un marché de Noël qui, encadré de façon rigoureuse, s’est parfaitement déroulé.

Cette semaine, dans un même esprit de responsabilité, et m’inscrivant dans les pas de Madame la Ministre de la Culture, j’ai décidé d’ouvrir à nouveau les musées de la ville de Perpignan et ceci pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, Perpignan est sanitairement prête à ouvrir en toute sécurité ses musées qui sont à taille humaine et dans lesquels il n’est donc pas difficile de mettre en place un protocole sanitaire tout à fait efficace.

De plus, comme vous le savez, notre médiathèque et nos bibliothèques, sont déjà ouvertes comme vous l’avez d’ailleurs vous-même autorisé.

J’ai aussi pris cette décision car, en tant que Maire, j’observe chaque jour, Monsieur le Premier ministre, que nos concitoyens souffrent de plus en plus des privations de liberté et autres restrictions qu’ils subissent depuis maintenant une année entière.

Si nous devons évidemment poursuivre ce combat contre le virus au moyen d’une campagne de vaccination, que nous espérons tous la plus efficace possible, par le maintien de gestes barrières nécessaires, nous devons également savoir nous adapter et apprendre à vivre avec cette menace sanitaire nouvelle qui risque de perdurer sous des formes diverses dans les années qui viennent.

Enfin, Monsieur le Premier Ministre, j’ai pris cette décision car, oui, je considère notre vie culturelle comme étant essentielle à la vie de la cité dont j’ai la responsabilité comme à la vie de la France en général.

Nous ne pouvons sans cesse nous prévaloir dans les mots de la richesse de notre tradition culturelle et l’empêcher de s’exprimer comme c’est le cas depuis un an.

Nous ne pouvons pas sans cesse en appeler à l’exception culturelle française et en même temps l’empêcher de vivre, de s’exprimer comme c’est aujourd’hui le cas comme dans aucun autre pays d’Europe.

Ainsi, l’Italie, pays pourtant ô combien durement touché par la crise sanitaire, vient d’ouvrir ses musées.
En Catalogne, juste de l’autre côté de nos Pyrénées, les théâtres, les musées accueillent également chaque jour le public, ceci ne posant pas de difficultés majeures.

Comment expliquer, Monsieur le Premier Ministre, que ce qui est possible ailleurs soit impossible en France ?
Comment l’Etat, si prompt à mettre en avant notre richesse culturelle, peut-il aujourd’hui continuer à empêcher toute vie artistique?

A ma décision de réouverture des musées de Perpignan, le représentant de l’Etat dans notre département -il est dans son rôle -a immédiatement répondu par un référé suspension qui sera jugé ce lundi 15 février par le Tribunal Administratif de Montpellier.
La Ministre de la Culture s’est félicitée de cette décision.

C’est la raison aussi pour laquelle je m’adresse à vous aujourd’hui.

Lors de votre prise de fonction, vous vous êtes présenté aux Français comme désirant être le « Premier Ministre des Territoires ».
A cette occasion, vous avez d’ailleurs mis en avant votre expérience de Maire de Prades ainsi que votre attachement à notre territoire des Pyrénées-Orientales. Vous avez alors créé chez les élus locaux mais aussi chez nos concitoyens un certain espoir d’être enfin écoutés, d’être enfin entendus par le gouvernement.

C’est donc à vous, Monsieur le Premier Ministre issu des territoires, que je m’adresse aujourd’hui.
Je vous demande de faire confiance à l’esprit de responsabilité du Maire que je suis.

Je vous demande donc de bien vouloir accorder au Maire de Perpignan le droit à l’expérimentation et ainsi de voir qu’il est possible de vivre en s’adaptant à cette situation sanitaire qui nous contraint.

A l’ouverture de nos musées dont je viens de vous évoquer les raisons et envisagée par la Ministre de la Culture elle-même, le Premier Ministre des territoires que vous êtes, ne peut répondre par la réponse sèche du recours en justice.

A l’esprit de responsabilité d’un Maire en contact quotidien avec la réalité du terrain, vous ne pouvez pas répondre par un acte de défiance.

Comptant, Monsieur le Premier Ministre, sur votre esprit d’ouverture, je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations respectueuses.

Louis ALIOT