Occitanie : « A Pôle emploi, nous faisons un travail de fourmi… »

"On est la première région de France en volume : plus de 84 627 formations, essentiellement parce que le conseil régional qui en finance beaucoup (45 000 environ), est très actif dans ce domaine et n'a jamais baissé la garde", explique Serge Lemaitre, directeur régional de Pôle emploi. Avec un chiffre qui parle de lui-même : 60,8 % des chômeurs ayant suivi une formation en 2018 "ont retrouvé un job dans les six mois, soit plus trois points par rapport à 2018". Photo : DR.

C’est l’Insee, l’institut de la statistique, qui le dit avec sa sobriété légendaire : « L’Occitanie compte 580 140 demandeurs d’emplois, soit un taux de chômage de 10,7 %, en baisse de 0,5 %, sur un an pour une population totale de 5,6 millions d’habitants. » Avec des chiffres aussi massifs, la satisfaction ne peut pas être totale pour le directeur régional de Pôle emploi. Pour autant, Serge Lemaître souligne que son établissement propose des indicateurs annuels encourageants.

« C’est toujours délicat de se dire satisfait d’un bilan annuel avec un nombre important de chômeurs mais, oui, en Occitanie, confie Serge Lemaitre, directeur régional de Pôle emploi, pour 2018, nous avons rempli les objectifs que nous assigne la convention annuelle tripartite avec les partenaires sociaux. On est au rendez-vous de tous les indicateurs. Nous avons enregistré, 411 077 retours à l’emploi, soit + 3,9 % sur une année. C’est-à-dire qu’ils ont travaillé comme salariés pendant au moins un mois. »

Avec un taux de satisfaction des chômeurs de 74,9 %. Vis-à-vis de leur conseiller, du suivi personnalisé et des informations concernant leur indemnisation. Ceux-ci sont interrogés par questionnaire tous les mois par Ipsos. Comme le sont les entreprises qui ont au moins déposé une offre dans l’année chez Pôle emploi et qui, elles aussi, en sont globalement satisfaites (74,5 %). L’ensemble de ces entreprises y avaient déposé 305 000 offres en 2018. « C’est un taux en hausse de 10 points en quatre ans, tant pour les chômeurs que pour les entreprises, dont trois points de plus depuis 2018″, souligne Serge Lemaitre.

Nous avons donné davantage de moyens aux agents. On a fait bouger nos processus. On a dégagé du temps pour les conseillers en le limitant pour les processus à faible valeur ajoutée (en automatisant certains calculs entre autres), et en le donnant davantage au suivi des demandeurs d’emploi. »

Serge Lemaitre, directeur Pôle emploi Occitanie.
CFA de l’Ariège, IFCAP – Formation de techniciens en fibre optique à Saint Paul de Jarrat (09) – janvier 2019

Les raisons ? « Nous avons donné davantage de moyens aux agents. On a fait bouger nos processus. On a dégagé du temps pour les conseillers en le limitant pour les processus à faible valeur ajoutée (en automatisant certains calculs entre autres), et en le donnant davantage au suivi des demandeurs d’emploi. Et pour les publics plus autonomes, ont été mis en place des services en ligne, sans forcément recourir à un agent. Le temps ainsi dégagé est davantage mis en direction des publics en difficulté. Nous avons plus de deux mille conseillers dans la région. Nous versons un peu plus de trois milliards d’euros par an aux demandeurs d’emplois indemnisés, qui sont au nombre de 370 000 en Occitanie. L’enjeu est de payer dans les délais. »

On a aussi créé des communautés, animées par des conseillers. Nous avons testé l’idée avec les cadres. C’est comme un réseau social façon Facebook mais réservé aux seuls cadres sur des thématiques comme la création d’entreprise. »

On a aussi créé des communautés, animées par des conseillers. Nous avons testé l’idée avec les cadres. C’est comme un réseau social façon Facebook mais réservé aux seuls cadres sur des thématiques comme la création d’entreprise. Cela permet également aux cadres en recherche d’emploi d’échanger entre eux. Les demandeurs sont isolés et sont en demande de bonnes pratiques. »

Serge Lemaitre, directeur Pôle emploi Occitanie. Photo : PE.

Il ajoute : « Nous faisons aussi évoluer nos accueils. Le projet s’appelle Agences de demain. On a testé l’idée dans trois d’entre-elles en Occitanie, demain elles seront douze à tester l’idée. Que vous soyez à Montpellier, Toulouse, Tarbes, etc. Nos agences sont toutes pareilles. Eh bien dans deux ans, chaque agence devra certes respecter certains grands principes d’agencement mais l’aménagement d’espaces, les espaces de travail, les matériels à disposition pourront être disponibles différemment d’une agence à une autre. Pour cela, on demande l’avis des demandeurs d’emploi. C’est une évolution très importante. Cela participe de la satisfaction des publics auxquels on propose des services de plus en plus nombreux, dont la formation. »

On est la première région de France en volume : plus de 84 627 formations, essentiellement parce que le conseil régional qui en finance beaucoup (45 000 environ), est très actif dans ce domaine et n’a jamais baissé la garde. »

La région Occitanie a formé énormément de chômeurs en 2018. « On est la première région de France en volume : plus de 84 627 formations, essentiellement parce que le conseil régional qui en finance beaucoup (45 000 environ), est très actif dans ce domaine et n’a jamais baissé la garde. Avec un chiffre qui parle de lui-même : 60,8 % des chômeurs ayant suivi une formation en 2018 « ont retrouvé un job dans les six mois, soit plus trois points par rapport à 2018 ». Il précise : « On atteint cet objectif parce que l’on a travaillé à améliorer l’achat de formations. On a travaillé sur les besoins des entreprises, en collaboration avec le conseil régional ; on a travaillé sur l’entrée en formation pour éviter des abandons ; on a préparé les demandeurs en amont ; on a ciblé des formations sur la numérisation des métiers, sur les métiers en tension…

Aller chercher les publics qui naturellement n’iraient pas sur certains emplois que les entreprises recherchent. Car ce sont des métiers qui n’attirent pas. »

Photo : Laurent Boutonnet/Région Occitanie.

Justement, de plus en plus de grandes entreprises disent avoir du mal à recruter. Dans certains métiers, c’est carrément mission impossible. Certains DRH se tournent carrément vers des chasseurs de tête pour trouver de simples informaticiens, des femmes de ménage ou des commerciaux… « C’est exact », commente Serge Lemaitre. « Répondre aux difficultés de recrutement est l’une de nos priorités pour 2019. Il y a deux grandes causes : d’abord, une grande inadéquation entre offre et demande. Pour y répondre, le volet le plus important, c’est la formation. C’est pour cela que le gouvernement va annoncer le PIC, le Plan investissement compétence avec les conseils régionaux, qui a déjà été amorcé. Ensuite, il faut aller chercher les publics qui naturellement n’iraient pas sur ces emplois que les entreprises recherchent. Ce sont des métiers qui n’attirent pas. »

Opération réussie #versunmetier

C’est pour cela que Pôle emploi a mis en place un dispositif baptisé #versunmetier. « C’est quoi ? Toutes les semaines, dans chaque agence Pôle emploi d’Occitanie, une demi journée sera consacrée sur un métier en tension. Il y aura un événement : job dating (on fait venir quelques entreprises à l’agence pour retravailler leurs besoins en allant jusqu’aux compétences, sans s’arrêter au CV), de la découverte de métiers de secteur ou de la promotion de formations en ligne sur notre site. Nous avons déjà fait 1 200 opérations de ce type. Et on en a programmer autant pour le premier trimestre 2019. »

De ce dispositif nouveau à celui déjà ancien de mettre davantage en avant les habiletés chez un candidat et non pas ses diplômes, il n’y a qu’un pas. « C’est une autre manière de recruter. Aller chercher des gens, c’est du travail de proximité. C’est un travail de fourmi. Pas une entreprise ne veut la même chose… »

Olivier SCHLAMA

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