Pyrénées de Lleida : L’offensive inédite des stations de ski espagnoles

Campagne de promotion, grands sportifs ambassadeurs… Les 11 stations des Pyrénées de Lleida font feu de tous bois pour attirer de nouveaux clients, notamment les Toulousains. Les explications de Juli Alegre Alcázar, directeur du puissant office de tourisme de Lleida (Espagne).

Juli Alegre Alcázar est le directeur du puissant office de tourisme de Lleida (Catalogne espagnole). Il n’y va pas par quatre chemins. « Nous voulons dépasser les 1,350 millions de forfaits vendus l’hiver dernier », dit-il. Et il a des arguments. Celui qui est à la tête du domaine « le plus grand d’Espagne » avec ses 11 stations de ski espagnoles dont Boí Taüll, qui vient d’être élue meilleure station de ski d’Espagne aux World Ski Awards, organisés dans la station emblématique de Kitzbühel (Autriche). Considérés comme les Oscars du ski, les World Ski Awards sont, depuis 2013, la seule initiative mondiale pour reconnaître, récompenser et célébrer l’excellence dans l’industrie du tourisme de neige.

Juli Alegre Alcázar.

Ce n’est pas le seul argument que Juli Alegre Alcázar déploie. « Nous savons que nombre de Catalans traversent régulièrement et depuis longtemps la frontière pour aller skier dans les Pyrénées françaises. Nous, nous employons à faire venir skieurs et familles françaises chez nous, entre Val d’Aran et Cerdagne en plein parc naturel. »

Nous avons investi 400 000 euros cette année pour une campagne de communication et nous nous sommes attachés les services de grands sportifs  comme des ambassadeurs experts, des porte-parole lors de conférences pour véhiculer une image jeune… »

Juli Alegre Alcázar, directeur de l’office de tourisme de Lleida.
Photo : Oriol Clavera, Baqueira-Beret. La Bonaigua. Val d’Aran-Pallars Sobi.

Comment ? En lançant une forte offensive commerciale et marketing. Une campagne de communication est lancée doublée d’une sensibilisation auprès des tours opérateurs français spécialisés, moyennant une belle enveloppe de 400 000 euros cette année. Et le consortium de stations (chiffre d’affaires total annuel : 400 millions d’euros dont 33 millions d’euros pour les forfaits, 2 800 emplois) ne rate pas un salon, à l’instar du salon international du tourisme à Paris. Ils se sont aussi « attachés les services de grands sportifs  comme des ambassadeurs experts de l’apinisme, de la montagne, etc., en tout cas des porte-parole ès qualité participant  là des conférences et véhiculant une image jeune. « Et, en dix ans, nous avons de plus investi cinq millions d’euros dans la modernisation de nos stations », s’enorgueillit le directeur de l’office du tourisme de Lleida.

Quelque 13 % des skieurs qui viennent chez nous sont des étrangers (Anglais, Allemands, Belges…) et 60 % de ces skieurs étrangers sont français. Ils viennent naturellement pour la qualité de la neige et celle de nos installations. Nous voulons en attirer davantage. »

Il explique que sa cible ce sont les « voisins français » : « Quelque 13 % des skieurs qui viennent chez nous sont des étrangers (Anglais, Allemands, Belges…) et 60 % de ces skieurs étrangers sont français. Ils viennent naturellement pour la qualité de la neige et celle de nos installations. Nous voulons en attirer davantage. Nous ne sommes qu’à une heure et demie de Toulouse! »   Une vendeuse d’un magasin de vêtements de ski de Font-Romeu réagit : « On entend de plus en plus parler de ces stations où la neige est bonne et où le soir on peut s’éclater. Peut-être je me laisserait tenter un jour, au moins pour voir vraiment comment c’est. Et si c’est dépaysant… »

Juli Alegre Alcázar poursuit : « Nous sommes depuis longtemps des stations dite des quatre saisons : quelle que soit la période où vous venez, vous avez dans nos stations, toutes les activités, notamment celles liées à la nature. De la pêche aux activités pour enfants, nous sommes très bien organisés et structurés. Nous avons la chance d’avoir un terroir magnifique ; la neige y est abondante dès le mois de novembre. » Ces stations revendiquent également une haute qualité de service.

Photo : station de Boí Taüll.

Ces stations de quatre saisons se disent en « avance sur les stations des Pyrénées françaises et qui plus est à l’ambiance festive » De quoi gommer le prix des forfaits de ski, en moyenne plus élevés que ceux des stations des Pyrénées françaises, 21 euros par jour pour la moins chère et 52 euros pour la grande et la plus chère.

Quel business garantit une activité aussi lucrative en montagne ? Aucune. »

C’est ici, « à deux pas de la frontière française » que l’on trouve nos 11 stations de ski, soit 500 km de pistes et plus de 26 000 logements », indique la dernière plaquette publicitaire. « Experts ou débutants peuvent pratiquer une large gamme de sports et d’activités de neige, du ski (nordique, de fond ou alpin) aux expériences les plus insolites. Entre ski, activités neige, cocooning et histoire, les Pyrénées de Lleida proposent une escapade hivernale différente. Les Français prêts à passer la frontière pourront apprécier la qualité des stations, profiter des cures thermales, goûter à la gastronomie catalane et découvrir le riche patrimoine culturel roman de la région. »

Photo : Espot Esqui.

Et le réchauffement climatique ? « C’est une réalité. Nous poursuivons nos investissements dans la production de neige artificielle. Nous pensons que nous n’avons rien à craindre pour les dix ans à venir. D’ailleurs, quel business garantit une activité aussi lucrative en montagne ? Aucune », souligne Juli Alegre Alcázar, directeur office de tourisme de Lleida qui oeuvre également pour que ces stations participent d’une manière ou d’une autre aux JO de 2024. Comme Font-Romeu (P.-O.) à quelques dizaines de kilomètre qui s’y emploie également. Et doit continuer à faire face à la concurrence rude de l’or blanc. Qui a commencé il y a des décennies avec Grandvalira, en Andorre, le plus grand domaine skiable d’Europe du Sud, avec 210 km de pistes…

Olivier SCHLAMA