Noël : Sur les traces des santons, des Pyrénées à Saint-Guilhem

La crèche de Sant Vicens fait rêver les perpignanais depuis plus de 70 ans ! Photo © SANT VICENS

Si la Provence reste la région emblématique de la création de santons, l’Occitanie peut aussi se vanter d’abriter de nombreux talents, capables de donner vie à l’argile et autres matières. Pour cette activité éminemment saisonnière, la période est difficile. Mais en fait, on peut les apprécier tout au long de l’année !

Commençons donc ce petit périple de Noël par les Pyrénées-Orientales. Première étape à Eus, entre la vallée du Conflent et le Canigou. Eus figure parmi les « plus beaux villages de France » et a la réputation d’être l’une des communes « les plus ensoleillées de France. »

C’est ici qu’en 1996, l’atelier Art d’Eus voit le jour. Issu du coup de foudre d’une plasticienne Anne Salvatella pour un lieu et une technique, le modelage. Sur le site d’Art d’Eus, elle explique : « Si le thème de la crèche s’imposait, la vie catalane du début du XXe siècle est source d’inspiration inépuisable. Au travers de documents, de photos, de témoignages se créent ces figurine dont la vêture et l’allure rappellent nos anciens. » Ainsi, entre les doigts de l’artiste renaissent les activités d’un village…

On ne saurait trop vous recommander une étape à Eus, pour y découvrir l’atelier, mais aussi tous les charmes de ce site d’exception. Et puis, à moins de 40 minutes de route, il y a l’incontournable crèche de Sant Vicens, à Perpignan, qui fête cette année son 71e anniversaire !

Des santons créés par Conrad Paris, un atelier qui fait partie du patrimoine

La crèche de Sant Vicens accueille une centiane de santons du fameux céramiste Conrad Paris Photo © SANT VICENS

C’est en effet une tradition de Noël depuis 1949 que cette crèche ou Pessebre en catalan,… On y retrouve une centaine de santons créés par le céramiste Conrad Paris (*) le « père des santons catalans » décédé en 2013, sur les 400 de la collection. Car cette crèche, c’est un véritable morceau du patrimoine catalan, tout comme les ateliers Sant Vicens eux-même :

C’est à la fin des années 30 que Firmin Bauby, décorateur, se rend acquéreur d’un mas viticole en périphérie de Perpignan pour y créer un centre de céramique. Malgré quelques difficultés, il peut compter sur les parrainages d’Aristide Maillol, Raoul Dufy et Albert Bausil pour que le premier four soit opérationnel dès 1943.

Jean Lurçat, Picasso, Salvador Dali…

Et parrallèlement aux activités artistiques de l’atelier (plus de 25 artistes y sont passés) Firmin Bauby (dont le frère, Denys, assure la direction administrative et commerciale des ateliers) tient à perpétuer la tradition familiale de la crèche, donnant ainsi naissance à un moment très attendu de la période de Noël à Perpignan.

Dans les ateliers de Sant Vicens, la tradition se perpétue… Photo © SANT VICENS

En 1950, c’est la rencontre entre Jean Lurçat et Firmin Bauby, sous le double signe de la céramique et de… la Catalogne ! Lurçat viendra dès lors pendant 15 ans en résidence dans le mas de Bauby pour se ressourcer et développer son oeuvre de céramiste. Ici, l’artiste produira des dessins exclusifs, et entamera une riche collaboration avec le chef d’atelier Gumersind Gomila, éditant de 1953 à 1965 des carreaux, plats, pichets, soupières, vases…

Une aventure familiale qui se poursuit de génération en génération

L’atelier de Perpignan recevra aussi Picasso à plusieurs reprises et Salvador Dali qui est passé par là lors de son « voyage triomphal » (1965) au-cours duquel il prononça son fameux discours définissant la gare de Perpignan comme « le centre de l’univers » lors de ce qu’il définit lui-même comme « une espèce d’extase cosmogonique… »

Si Firmin Bauby s’est éteient en 1981, Sant Vicens demeure une aventure familiale avec Paul (le fils de Denys) à la direction de Sant Vicens et des ateliers où, depuis 1998, sa propre fille Claire Bauby-Gasparian assure la relève… Ainsi, les beaux objets issus de la terre rouge argilo-calcaire de Catalogne ont encore de belles histoires à nous raconter !

L’art du décors, à Cuxac-d’Aude…

Allez ! A une petite heure de route de là, il faut découvrir les splendides créations de Jean-Baptiste Pibouleau. C’est à Cuxac-d’Aude que s’est installé l’atelier du Monde miniature de JB. qui propose des créations pour crèches, accessoires et décors divers, réalisés artisanalement.

Chacune des pièces réalisées ici est unique, entièrement pensée et réalisée par Jean-Baptiste. On peut découvrir sur le site tout l’art de la crèche qui doit permettre à chacun de composer de jolis décors. Mais le créateur peut aussi concevoir des variantes selon les envies exprimées, après une étude de sa part et un devis.

… et un musée à Saint-Guilhem-le-Désert

A une heure onze de là, il est toujours agréable de visiter Saint-Guilhem-le-Désert, (dans l’Hérault) ce village médiéval bâti en forme de nef, écrin idéal pour ce qui est sans doute la plus belle abbaye de l’Hérault : l’abbaye de Gellone (IXe-XIe siècle).

Dans une maison du douzième siècle des santons de taille humaine et un panorama de 11.000 heures de travail, vous permettront de comprendre quelle vie économique pouvait avoir le village de Saint-Guilhem-le-Désert il y a un siècle (et même un peu plus !) Et ici on fabrique également des santons, à la main, et toute une série de figurines permettant de reconstituer des scènes de manades camarguaises

La « Sainte-Famille » de la crèche de Sant Vicens. Photo © SANT VICENS

Avec chaque artisan, chaque santonnier, plus encore qu’une simple crèche, c’est un monde qui s’ouvre à vous. Face à une situation particulièrement difficile en raison de la crise sanitaire et de l’annulation de nombreuses foires de Noël, ces métiers qui font la richesse du patrimoine régional (et national) méritent bien d’être appréciés et soutenus… Pensez-y aussi au moment de placer la figurine de l’enfant Jésus dans votre crèche.

Philippe MOURET

Quand une artiste raconte les origines de la crèche provençale :

Enfant, Sylvie Bourgeois collectionnait les santons provençaux et les poupées folkloriques que son père lui ramenait chaque fois qu’il revenait d’un pays étranger. Née à Monaco, Sylvie Bourgeois est nouvelliste, romancière, scénariste (voir son blog). Après avoir travaillé pendant quinze ans dans la communication, elle se consacre depuis 2003, date de la publication de son premier livre « Lettres à un Monsieur » (éditions Blanche), à l’écriture de romans et de scénarios.

Une web-série de « Marcelline l’aubergine »

Elle est mariée avec le réalisateur Philippe Harel, avec qui elle a notamment co-écrit le scénario du film « Les Randonneurs à Saint-Tropez » (2008) ainsi que les scénarios d’« Une vie française » et d’« Un Homme inconsolable », adaptés de romans de l’écrivain toulousain Jean-Paul Dubois (Prix Goncourt 2019 pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. »).

Sylvie Bourgeois est connue aussi sous le nom de Cécile Harel avec lequel elle a signé le bouleversant « En attendant que les beaux jours reviennent » (2012). Et par ailleurs, elle réalise et produit depuis juillet 2017 une web-série « Marcelline l’aubergine » disponible sur YouTube. Elle y raconte dans un épisode les origines de la crèche et des santons de Provence :

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