Montpellier : Moustique, sida, plastique, atome, quatre défis pour un festival

Aedes albopictus, femelle de moustique-tigre (Aedes albopictus) est une espèce originaire d'Asie du Sud-Est et de l'Océan Indien. C'est son corps, noir tigré de blanc, qui lui a donné son nom. En zone tropicale, il peut inoculer une trentaine de virus, propageant le chikungunya, le virus du Nil occidental, le virus zika, l'encéphalite de Saint-Louis, la dengue.

Du 12 novembre 2018 au 17 novembre 2018, pour la première fois à Montpellier, un festival du film scientifique, baptisé Sud de Sciences, offre un moment unique avec projections et discussions avec des chercheurs sur des sujets de société et de recherche, comme le moustique, les origines du sida, le monde des atomes et la pollution du plastique dans les océans.

C’est une première et elle se déroule à Montpellier. Le Festival du film scientifique se déroule en deux temps. Les scolaires y ont participé les 12 et 13 novembre. Ensuite, ce vendredi et ce samedi 16 et 17 novembre, les chercheurs présenteront quatre films au grand public. Un moment d’échanges avec le public est prévu après chaque projection.

Projection du film Papouasie, Un dernier Eden, devant des collégiens par Laurent Pouyaud (Ird 6 umr ISEM) avec John Bandelier, directeur de l’Associatuion Kimiyo, un des organisateur du Festival. ©ARTE France – IRD – Mona Lisa productions / 2018.

C’est donc un moment privilégié pour découvrir des films scientifiques d’exception, généralement retenus par ailleurs lors de festivals de films scientifiques, comme Parisciences. Des longs métrages de qualité co-produits avec des boîtes de production de qualité comme Arte France, Mona Lisa Production, UniverSciences, AB Production, Beau comme une Image, Via Découvertes…

Que veut dire un moustique génétiquement modifié (OGM), pour empêcher sa prolifération ? Quels en sont les risques ? Que dire des insecticides ? La population peut nous aider à chercher dans la bonne direction… »

Frédéric Simard, directeur de recherche à l’IRD.

« Ce qui est intéressant, c’est, par exemple, pour ce qui concerne le moustique, de sortir de la problématique purement de santé publique, et de l’élargir à une question de société : quel est le rôle du moustique dans l’environnement ? » rebondit Frédéric Simard, directeur de recherche à l’IRD (Institut de recherche et développement) de Montpellier. Également directeur du laboratoire Mivegec sur les maladies infectieuses et vecteurs, il ajoute : « Beaucoup de gens se fourvoient sur la problématique du moustique ; beaucoup de fausses informations circulent sur ce sujet… piquant. »

Les gens fantasment volontiers sur les dangers et les solutions… »

Cage d’élevage de moustiques, CYROI.
Maely Daviles, stagiaire, observe les pontes de moustiques tigre (Aedes albopictus) élevés au laboratoire.

Le spécialiste sort de la langue de bois : « Les gens fantasment volontiers sur les dangers – ce n’est pas parce que l’on a été piqué que l’on va avoir une maladie grave – et on fantasme sur les solutions. Que veut dire un moustique génétiquement modifié (OGM), pour empêcher sa prolifération ? Quels en sont les risques ? Que dire des insecticides ? La population peut nous aider à chercher dans la bonne direction dans nos labos autour de solutions respectueuses de l’environnement, plus écolos. On n’est pas là pour imposer une solution mais que les gens se saisissent d’une problématique en connaissant les tenants et les aboutissants… Alors oui, ce festival a l’excellente idée de vouloir vulgariser des problématiques, au sens noble du terme », réaffirme Frédéric Simard.

Ce que nous souhaitons, c’est amener à réfléchir à des questions de société. Ce festival est une très belle occasion pour mettre ces sujets en discussion, via des films remarquables qui abordent des thématiques sociétales. »

Muriel Guedj, vice-présidente de l’université de Montpellier en charge de la culture scientifique.
Muriel Guedj. Photo : DR.

Muriel Guedj est enseignante-chercheuse. Vice-présidente à la diffusion de la culture scientifique et la valorisation des patrimoines historiques, elle dit : « Nous voulions organiser une manifestation qui rassemble à la fois le jeune public et le grand public. Nous avons tout ici : des chercheurs et des organismes à la pointe ; une expertise reconnue et des ressources que le grand public ne connait pas forcément. Ce que nous souhaitons, c’est amener à réfléchir sur des questions de société. Ce festival est une très belle occasion pour mettre ces sujets en discussion, via des films remarquables, qui abordent des thématiques sociétales. » Et la réussite est déjà au rendez-vous, « au-delà de nos espérances pour un galop d’essai ». Et ce, en corrélation avec les désirs des étudiants, très intéressés par les questions sociales, et qui investissent de plus en plus les formations en écologie, en environnement, à l’université de Montpellier, notamment.

Des projets d’élargissement dès la seconde édition

Muriel Guedj et les organisateurs attendent beaucoup du « regard critique des citoyens avertis pour aborder ces enjeux de société ». Pour donner, pourquoi pas, dès la seconde édition, l’an prochain, un nouvel élan, en augmentant le nombre de jours de ce festival ; en l’étendant au monde scientifique toulousain ou encore en étudiant la possibilité de partenariats avec d’autres festivals, comme naturellement avec Parisciences.

Six mille chercheurs à Montpellier notamment en agriculture, environnement et santé

Ce festival s’inscrit dans le contexte de la recherche locale, très riche et diversifiée, à l’image des quelque six mille chercheurs de la communauté scientifique montpelliéraine, avec une importante concentration dans les domaines de l’agriculture, de l’environnement et de la santé. « Chacun d’eux travaille en étroite collaboration au sein du consortium Montpellier université d’excellence (Muse), qui fédère les recherches sur le territoire pour répondre à trois défis sociétaux majeurs :  nourrir, protéger, soigner », expliquent les organisateurs.

Tous les films présentés ont été récemment produits ou co-produits par le CNRS et l’IRD implantés à Montpellier et sa région. Ils sont nés de la volonté régionale d’organismes de recherche présents à Montpellier comme le CNRS et l’IRD, avec l’Association Kimiyo et l’Université de Montpellier travaillant au sein du consortium Muse, Montpellier université d’excellence, porteur de ce festival.

Olivier SCHLAMA

  • Festival du film scientifique à Montpellier, Maison des étudiants Aimé-Schoenig, Rue Vendémiaire. Entre gratuite dans la limite des places disponibles. Le teaser du festival ICI

LES FILMS PROPOSÉS :