Montpellier : Tous menuisiers à la « MCo » !

De gauche à droite : Yoan Lapeyronie, l'un des deux fondateurs, Jonathan Mansuy et Laurent Grangé, deux sociétaires de la coopérative. Photo : DR.

La première menuiserie collaborative d’Occitanie, l’une des rares en France, avec Montreuil, Marseille ou Lyon, verra le jour à Montpellier mi-novembre. S’adressant autant aux professionnels du bois qu’aux amateurs voire aux débutants, la MCo, son surnom, accompagne le retour du bois dans les foyers.

Du bricoleur du dimanche à l’artisan chevronné. Il existe désormais un lieu unique qui n’a pas d’équivalent dans toute la région, sous cette forme-là : une menuiserie collaborative, en clair qui appartient à ses utilisateurs. Derrière ce mot-valise perce une idée très novatrice. Surnommée la MCo, prononcez la « aime ko », cette menuiserie pour tous est basée à Montpellier, dans le quartier Tournezy. Les tutos You Tube sur la création sur bois ont leurs limites, la mode du bois réinvestit les maisons, les envies de mobiliers naturels et chaleureux fleurissent… Ce lieu de 900 mètres carrés ouvrira donc d’ici mi-novembre avec beaucoup d’espoir sous le rabot, le temps que la trentaine de sociétaires – c’est une coopérative – aident à aménager les locaux et installent les machines. La menuiserie s’adresse, en horaires différenciés, aux professionnels et artisans et aux particuliers. Car c’est un lieu où se partagent les coûts de production, mais également les savoirs et les savoirs-faire.

Olivia Liesse, cofondatrice de la MCo : « Cette menuiserie collaborative répond à un vrai besoin »

« On a fait une étude de marché sur les 400 professionnels du bois dans l’Hérault, confie Olivia Liesse, cofondatrice de la MCo avec Yoann Lapeyronie. On a reçu 50 réponses, d’ébénistes, menuisiers, agenceurs, etc. tous ont été unanimes : notre menuiserie collaborative répond à un vrai besoin, y compris pour les amoureux des nouvelles technologies appliquées à ce secteur d’activité. Et c’est aussi grâce à ces réponses que l’on a pu valider tarifs et modèles de machines – fraiseuse numérique, plaqueuse de chant, deux scies à formats, deux toupies, dégauchisseuses… que l’on va proposer en utilisation partagée. »

Réappropriation de l’outil de production

Car le lieu, où va se mutualiser l’outil de production, aura de multiples utilisateurs. C’est une réappropriation de l’usine, à taille humaine. Réuni par la menuiserie, créée sous la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), la MCo a un budget de près de 400 000 euros. « Cette forme juridique nous a permis d’intégrer quatre formes de partenaires, précise Yoann Lapeyronie. Les salariés – les deux fondateurs – des utilisateurs, des acteurs de la filière bois dont les Compagnons du Devoir et des partenaires de soutien (investisseurs, familles, etc.). » La Menuiserie Collaborative a reçu des aides, notamment de la Région Occitanie. 

Au total, huit professionnels et dix amateurs pourront oeuvrer en simultané pour travailler le bois. « Nous allons proposer plusieurs formules. Il y aura, pour le professionnel en résidence, dont notre menuiserie sera sont seul atelier permanent, un loyer de 600 euros par mois, avec un accès illimité, des espaces de de stockage, etc. Il y aura aussi un abonnement annuel de 396 euros par an pour les artisans qui veulent utiliser nos machines et, enfin, un abonnement de 196 euros par an, pour les amateurs, permettant d’utiliser les établis, les outillages, les outils électroportatifs… A ce dernier tarif s’ajoutera la location horaire de certaines machines. » La vedette étant machine à commandes numérique est le nec plus ultra : fonctionnant avec un logiciel de dessin en 3 D notamment, ce centre d’usinage numérique, offre précision et rapidité d’exécution. Et permet d’usiner une foule de pièces rapidement. La location, elle, sera amortie par sa mutualisation. « Les artisans sont touchés par ce que j’appelle la précarité des chantiers ; c’est-à-dire qu’il n’ont pas toujours de visibilité à moyen terme pour leurs commandes. Notre menuiserie permettra de leur offrir des charges fixes ponctuelles : uniquement quand ils ont des commandes. » Ce qui change tout. Et de d’insister :  » Il n’est pas nécessaire d’être sociétaire pour être usager du lieu ou venir donner un coup de main. »

Tout a été pensé : sur les lieux, on bénéficiera du minimum nécessaire (colle, clous, certaines pièces…) et il sera possible de commander du bois via la coopérative,  grâce à ses partenariats commerciaux. Le bois étant, lui, issu de forêts durablement gérées. « Vraiment, ce lieu s’adresse aussi bien aux professionnels qu’aux amateurs sans équipements, qui pourront y réaliser ce qu’ils souhaitent », précise Yoann Lapeyronie. Et qui n’ont pas envie d’aller acheter du prêt à utiliser ou qui ne veulent plus bricoler, mal, sur leur terrasse en dégageant des tonnes de poussière. La MCo sera réservée aux professionnels de 8h à 17h. A partir de 17h, ce sera mixte : les professionnels pourront aider les amateurs éclairés. Quant aux stricts débutants, des ateliers de formation sont prévus, un soir par semaine, sous la forme de deux débutants pour un pro. Pour ceux qui sont déjà aguerris, un pro supervisera six ou sept bricoleurs. « Notre philosophie, indique encore Yoan Lapeyronie, c’est accompagner la profession vers la transition des métiers du bois vers le numérique. Pour en être là où nous en sommes, nous nous sommes inspirés de Bois et Compagnie, d’Atelier bois d’Assier et l’Atelier des Bricoleurs, qui ont été nos modèles. » Un compagnonnage version 3.0. Unique.

Olivier SCHLAMA